Le cas de Kabila est-il inédit ?

Mayoyo Bitumba Tipo-Tipo, Kinshasa 1985 Depuis la prise des commandes du mouvement politico-militaire AFC/M23, supplétif du Rwanda, par l’ancien président Joseph Kabila, les partisans du président en exercice Félix Tshisekedi jouent les vierges effarouchées, ameutant la terre entière pour qu’elle condamne Kabila. Souffrant apparemment d’amnésie historique dans un réflexe émotif, ils s’imaginent qu’on est en présence d’un cas inédit. Pourtant, il existe en Afrique d’anciens chefs d’Etat ou présidents ayant (re)pris la tête de groupes rebelles après leur départ du pouvoir. Président du Congo-Brazzaville de 1963 à 1968, Alphonse Massamba-Débat a créé une faction armée dans le maquis de la région du Pool dans les années 1970 avant d’être arrêté et exécuté en 1977 par son putschiste de successeur, le président Marien Ngouabi. Après avoir été renversé par son ancien ministre de la Défense Hissène Habré en 1982, Goukouni Oueddei, président du Tchad depuis 1979, a replié ses forces au nord du pays et repris la tête d’une rébellion, appuyée militairement par la Libye de Muammar Kadhafi, déclenchant une longue guerre civile dans les années 1980. Pour la petite histoire, la guerre civile ci-dessus avait poussé les Nations Unies à prendre en charge et à dispatcher les étudiants tchadiens dans les universités d’autres pays africains. Cinq d’entre eux avaient atterri dans ma promotion au Département de Langue et Littérature Anglaises à l’Université de Lubumbashi (UNILU). Président du Congo-Brazzaville (1977-1979) puis Premier ministre dans les années 1990 sous Pascal Lissouba, Jacques Joachim Yhombi-Opango a pris une part active à la guerre civile de 1997 à la tête des milices et forces loyalistes opposées à Dénis Sassou-Nguesso. Après avoir été renversé en 2013 par la coalition rebelle Seleka, essentiellement constituée de membres de la minorité musulmane, François Bozizé, président putschiste de la Centrafrique depuis 2003, est retourné au pays pour participer aux élections de 2020. Après avoir vu sa candidature rejetée par la cour constitutionnelle, il s’est allié avec ses anciens ennemis de Seleka pour former la Coalition des Patriotes pour le Changement (CPC) dont il a pris la tête pour renversé le pouvoir de Faustin Archange Touadera, son dernier Premier ministre devenu président élu. Les mercenaires russes de Wagner et les forces rwandaises ont sauvé son pouvoir de justesse. Basé à Kaga Bandoro au centre du pays comme fonctionnaire international des Nations Unies, j’étais un témoin privilégié de cette saga car c’est là qu’était née la CPC. Les partisans de Tshisekedi, qui se taisent dans toutes les langues quand ce dernier recourt à une milice tribale pour intimider et terroriser ses adversaires en flagrante violation de l’article 190 de la Constitution, doivent raison gardée. En redevenant un seigneur de guerre, l’ancien président Kabila apporte l’équilibre de la terreur nécessaire à l’organisation d’un dialogue inclusif qui baliserait la voie de sortie de crise. Mayoyo Bitumba Tipo-Tipo Ecrivain & ancien Fonctionnaire International des Nations Unies 20 octobre 2026