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Le Congo, matière première du futur

Congo Independant · B.A.W. · 12 octobre 2026 · Source originale

Depuis le début du XXe siècle, une part du Congo est impliquée dans plusieurs grandes avancées dans le monde. L’implication du Congo est essentielle au progrès mondial, compte tenu de ses contributions historiques et actuelles en ressources comme le caoutchouc, l’uranium, le coltan et le cobalt, que ce soit pour l’industrie, l’atome, le numérique ou la voiture électrique. Et cela pourrait continuer pendant encore plusieurs siècles. D’autres raconteront l’histoire du futur et le Congo sera au bas de la page. Il faudra donc aussi raconter cette histoire du futur que notre pays aura permis au monde de vivre. Le 6 août 1945, Hiroshima entre dans l’ère atomique avec de l’uranium provenant du Congo. Le gisement de Shinkolobwe, dans la région du Katanga, contenait un minerai à très forte teneur en uranium. C’est Edgar Sengier, président de l’Union minière, qui a compris l’importance de ce gisement. Il a donc envoyé 1 200 tonnes de minerai vers l’île de Staten Island, avant même que les États-Unis n’entrent dans la guerre. C’est avec cet uranium, quelques années plus tard, que la bombe sera fabriquée et larguée sur Hiroshima. Le monde entre dans une nouvelle ère grâce à une ressource tirée du Congo. Le Congo, lui, reste au bas de la page. La version congolaise de cette histoire doit aussi être racontée. Hiroshima, c’est l’une des plus grandes pages du siècle dernier. Shinkolobwe, beaucoup moins, même au Congo. On retiendra des repères marquants de l’histoire congolaise, Berlin, Léopold, le 30 juin 1960, Lumumba, Mobutu. Mais il y a une autre histoire qui traverse le Congo, celle des découvertes et des transformations du monde. Plusieurs avancées qui nous ont permis de produire, de nous battre, de communiquer ou de nous déplacer ont aussi quelque chose à voir avec le Congo. Le caoutchouc avant l’uranium Avant l’uranium, c’était le caoutchouc. Le développement du vélo, puis de la voiture, à la fin du XIXe siècle, a créé un besoin énorme en caoutchouc. Des pneus, des câbles, des machines, des accessoires, tout nécessitait du caoutchouc. Le régime de l’État indépendant du Congo en a profité pour mettre en place une prédation sur la population. Des villages étaient soumis à des objectifs de production, la violence n’était jamais loin et les gains allaient aux Européens. Le Congo, grâce au corps de ses travailleurs, a permis au monde d’avancer dans sa course à l’industrialisation. Avec l’uranium, l’histoire ne s’arrête pas à Hiroshima. Après les bombes sur Hiroshima et Nagasaki, c’est la guerre froide qui arrive. La bombe devient une arme, une menace, un moyen de pression, un moyen de communication. Une partie de cette nouvelle histoire commence avec l’uranium tiré du Congo, à l’époque sous le joug belge. Le 30 juin 1960, le Congo est indépendant, il a un drapeau, un gouvernement, un pays. Mais ses richesses, elles, ont déjà une histoire. Le caoutchouc sous les roues des premières voitures, l’uranium pour créer la bombe, le cuivre pour nous faire avancer dans l’électricité. Le Congo, lui, sera indépendant après avoir fait partie de plusieurs histoires racontées par d’autres. Le XXIe siècle n’échappe pas à cette règle, seulement les matières diffèrent. Le coltan extrait du Kivu est utilisé dans la confection de certains téléphones, le cobalt extrait du Katanga et du Lualaba sert à confectionner de nombreuses batteries, et le lithium de Manono est convoité par de nombreuses sociétés, des pays et des investisseurs. Que ce soit dans le téléphone, la batterie ou la voiture électrique, le Congo est dans la vie de plusieurs milliards de personnes grâce à quelques provinces. En voyant le tableau dans sa globalité, on se rend compte que le XIXe siècle avait besoin de caoutchouc, il a trouvé le Congo. Le XXe siècle avait besoin d’uranium, il a trouvé le Congo. Le XXIe siècle a besoin des minerais du numérique et de la transition énergétique, il trouve encore le Congo. Les matières changent, mais le pays reste au même endroit dans l’histoire du progrès mondial. On devrait changer certaines phrases qu’on dit sur le Congo. Les pays veulent sauver le Congo, l’aider à se développer, à se stabiliser, etc. Combien de fois le Congo a-t-il aussi permis au monde d’avancer, de se relier, de réduire une partie de son empreinte carbone ? Pourquoi le Congo est-il toujours dans cette phrase comme celui qu’on vient sauver ? Revendiquer notre souveraineté On a extrait du Congo le caoutchouc, l’uranium, le cuivre, le coltan, le cobalt. Mais il reste encore une matière première qu’on extrait de lui. Sauf que celle-ci n’a pas besoin d’être déplacée. Le récit. Les scientifiques ont défini les époques, les ONG ont défini les catégories, les ambassades ont expliqué ce qui se passe au Congo, les médias ont défini ce dont on se souviendra du Congo. Guerre, violences, minerais, corruption, victimes. Tous ces mots peuvent définir le Congo, mais ils définissent aussi le Congo que l’on voit. Quand on ne pense à un pays que pour ce qu’on peut y prendre, son histoire finit par devenir une ressource comme les autres. Notre pays exporte du cobalt, du cuivre, du coltan, mais nous exportons aussi nos guerres et notre pauvreté à travers des rapports, des articles, des documentaires et des études. Les malheurs des Congolais peuvent faire vivre certaines activités, tandis que les Congolais, eux, continuent à vivre dans la misère. Il faut donc revendiquer notre souveraineté sur notre histoire. Nous avons un Code minier qui réglemente l’exploitation de nos minerais. Le Congo doit aussi avoir sa place dans l’histoire du monde, c’est tout simplement une exigence de vérité historique. Quand on parle d’Hiroshima, on doit penser à Shinkolobwe. Quand on évoque le caoutchouc, nous devons raconter ce que les Congolais subissaient pour le produire. Il faut penser à Kolwezi quand on voit des voitures électriques à Montréal, Paris ou Shanghai, et parler de Manono avec ceux qui y vivent. Le Congo, un figurant de sa propre contribution Lorsqu’on vend un minerai, on conclut un accord commercial. Mais cette vente ne résume ni l’histoire des Congolais qui l’ont extrait ni ce que ce minerai a permis de créer dans le reste du monde. Si le Congo a permis au monde de progresser, alors les Congolais doivent avoir leur place dans ce récit. Le Congo devra se battre dans les laboratoires, les manufactures, les universités, les maisons d’édition et les médias comme il se bat dans ses mines. Il devra transformer son cobalt pour en tirer plus d’argent, former ses ingénieurs pour pouvoir construire, appuyer ses historiens, ses chercheurs, ses journalistes et ses écrivains pour raconter son histoire à sa façon. Les minerais du Congo ont servi à fabriquer la bombe atomique, des appareils de communication et des voitures électriques. Le prochain siècle dira si notre pays continuera seulement à fournir des minerais, ou si les Congolais participeront davantage à la conception, à la fabrication et à la prise de décision. Le Congo a donné ce qu’il avait sous sa peau, mais reste trop souvent un figurant dans le récit de sa propre contribution. C’est assez. Le Congo doit être le protagoniste de son histoire. Joël Kamala Mwindo Auteur et essayiste

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