Peuple lâche, cupide et incivique
« L’état d’esprit d’un peuple est la première richesse d’une nation », a pu dire un leader politique asiatique. Cette sagesse populaire se révèle aujourd’hui à travers plusieurs pays. C’est le cas notamment de la Suisse, du Grand-Duché de Luxembourg et du Singapour. La liste n’est pas exhaustive. Voilà des pays qui ne sont pas des «scandales géologiques». Ils n’ont pas d’or. Ils n’ont pas de diamant. Pas de cuivre. Ni cobalt. Ils n’ont que la combativité et l’inventivité de leur peuple respectif. Que signifie la lâcheté, la cupidité et l’incivisme ? Ils veulent dire respectivement : manque de courage, désir immodéré de l’argent et manque de dévouement à l’intérêt général. Ce sont là malheureusement les traits qui caractérisent nos professionnels de la politique. Des hommes et des femmes obnubilés par l’ambition au point d’ignorer que la première mission de l’Etat est de rendre service à la collectivité. A quelques rares exceptions près, des Congolais ont fait mine, lundi 12 octobre, d’être surpris par la naissance d’une nouvelle « rébellion congolaise » conçue et parrainée par le président rwandais Paul Kagame. Cette dernière organisation supplante le « Mouvement du 23 mars » et « l’Alliance Fleuve Congo ». Le nouveau groupe politico-militaire est dirigé par l’ancien président « Joseph Kabila », secondé notamment par Bertrand Bissimwa, Corneille Nangaa, Emmanuel Rusangisa, alias Sultani Makenga. « Kabila » tombe donc le masque. C’est tout sauf une surprise Nous sommes un peuple lâche, cupide et incivique. Le 17 mai 1997, « fatigués » tant du régime du Maréchal que de la longue transition démocratique commencée le 24 avril 1990, les ex-Zaïrois ont ouvert un grand boulevard aux troupes rwando-ougandaises de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre, AFDL. Deux semaines après, la population a commencé à houspiller le nouveau maître du pays « d’avoir vendu le pays aux étrangersé. Le 16 janvier 2001, la terre entière apprenait l’assassinat du président Laurent-Désiré Kabila. La nouvelle fut annoncée, en primeur, par des officiels rwandais. Dans un tweet qui sera supprimé, l’ancien patron de Hewa Bora Airlines, mieux connu sous son prénom de « Stavros » rapportait, l’année dernière, que deux heures après l’attentat contre le Mzee, il reçoit un appel téléphonique de Kigali. Selon lui, le correspondant n’était autre que le général James Kabarebe. Celui-ci l’a chargé de transmettre le message suivant au ministre Jeannot Mwenze Kongolo : « Le président Kagame souhaite que vous puissiez prendre la tête de l’Etat. » Mission accomplie. Quelques minutes plus tard, l’ancien patron de HBA reçoit un appel de Mwenze : « Auriez-vous un avion disponible pour aller chercher le général-major Kabila à Lubumbashi ? » La réponse suite est connue. Dès le 17 janvier 2001, le ministre Dominique Sakombi-Inongo annonce la désignation de « Joseph Kabila » pour assurer l’intérim en qualité de chef de l’Etat. A en croire le ministre de la Communication, la décision aurait été prise par le « gouvernement du salut public « . En dehors de quelques protestations timides émanant de quelques partis politiques, le personnel politique n’a pas osé chahuter cette passation de pouvoir aux allures dynastiques. La lâcheté a parlé. Joseph Kabila a foulé le sol congolais en janvier 1997. Il était âgé de 25 ans. Qu’a-t-il fait de ses vingt-cinq années ? Mystère ! L’opinion congolaise a attendu jusqu’au 16 décembre 2002 pour apprendre quelques bribes de la biographie du nouveau chef de l’Etat. Le comble intervient lors de la cérémonie d’investiture organisée le 26 janvier sous la co-présidence de Benoît Lwamba Bindu, président à la Cour suprême, et Floribert Luhonge Kabinda Ngoy, procureur général de la République. Ces deux autorités judiciaires ont un signe particulier : ils sont natifs du Nord Katanga. Il ne s’agit nullement de stigmatiser les Balubakats. Les faits parlent d’eux-mêmes. LD Kabila étant Mulubakat, on imagine que les deux hauts magistrats avaient compris qu’en adoubant le fils putatif l’impérium restait au Nord Katanga. Dans son réquisitoire d’investiture, le PGR Luhonge surprend l’assistance : « Attendu en outre, que Monsieur Joseph Kabila, auquel les institutions judiciaires de la République ne reconnaissent aucun antécédent judiciaire … qu’il suit de ce qui précède, qu’aucune cause d’empêchement à accéder et à exercer les hautes charges de chef de l’Etat n’a été décelée dans son chef. Aucune cause d’empêchement? En vérité, les deux autorités judiciaires n’ont nullement fait mener une en quête de moralité sur le nouveau Président, né à l’étranger où il a grandi. Luhonge et Lwamba avaient-ils reçu des promesses d’une rétribution? Sans doute. Nous sommes des inciviques. Depuis le mois de novembre 2021, la RDC est agressée par le Rwanda de Kagame. Par esprit partisan, on entend fuser des critiques de nature à affaiblir la cohésion interne. D’aucuns font passer leur détestation des dirigeants actuels avant l’intérêt national. D’autres réclament le dialogue national pendant que le pays est en guerre. Ne faudrait-il pas éteindre le feu qui ravage la maison commune et de renvoyer plus tard le règlement des comptes politiques? On le sait, « Joseph Kabila » a revêtu les habits de seigneur de guerre. Il a pris la tête de la nouvelle rébellion « made in Rwanda », dénommée « Front pour la refondation de la nation », FRN. Selon des sources, des dizaines d’inciviques congolais se bousculent à Kigali pour rejoindre le « commandant Hyppo », espérant que celui-ci fera une promenade de santé à l’image de l’AFDL en 1996-1997. On semble oublier que le contexte à changer. « Fatshi » est un bretteur. La RDC dispose désormais d’une armée dissuasive. A la page 419 du livre collectif « Dico rebelle », publié en 2003, aux éditions Michalon à Paris, on trouve la lettre « K » comme Kabila. On peut lire notamment : « Comme le Rwanda, le Congo Brazzaville et l’Ouganda, la RDC est présidée par un ancien rebelle. Les Congolais ont dû attendre le 16 décembre 2002, soit près de deux ans après son avènement au pouvoir, le 26 janvier 2001 pour découvrir une biographie officieuse, diffusée par l’AFP. Selon l’AFP, Joseph Kabila serait né le 5 juin 1972 à Lulenge. Il a été « nommé » général-major en 1998. En clair, « Kabila » n’est pas un soldat professionnel. Il sait appuyer sur la gachette. Dans son ouvrage « Histoire du Congo – les quatre premiers Présidents « , Célestin Kabuya Lumuna Sando écrit notamment : « Joseph Kabila est né à Hewa Bora, en plein maquis de son père, le 04 juin 1971. Pour des raisons évidentes de clandestinité, il est aussi appelé Kabange, Mtwale, Hyppolite ». Devrait-on parler d’imposteur? Après avoir cogéré la RDC pendant dix-huit ans avec son parrain Kagame, l’homme aux multiples lieux de naissance et identités se découvre à nouveau la vocation de « Libérateur » comme au bon vieux temps de l’AFDL. Des Congolais cupides et inciviques sont prêts à le suivre. A leur risque et péril… Baudouin Amba Wetshi