A quoi sert l’Union Africaine?
Titre provocateur ? Nullement ! Après deux jours de consultations à Goma, le panel des facilitateurs de l’Union Africaine s’est rendu mercredi 7 octobre au Rwanda pour s’entretenir avec Paul Kagame. « Le M23, c’est Kagame », disait l’ex-chef du contre-espionnage rwandais Patrick Karegeya. Celui-ci fut assassiné le 31décembre 2013 à Johannesburg. Revenons au chef-lieu de la province du Nord Kivu. Les cinq anciens chefs d’Etat envoyés par l’UA (la Centrafricaine Catherine Samba-Panza, l’Ethiopienne Sahle-Work Zewde, le Botswanais Mokgweetsi Masisi, le Kenyan Uhuru Kenyatta et le Nigérian Olusegun Obasanjo) ont exhorté la coalition M23/RDF/AFC « en débandade », apprend-t-on, d’observer strictement le cessez-le-feu. Un conseil imbuvable pour les autorités congolaises. Après Goma, les cinq envoyés spéciaux de l’organisation continentale se sont rendus à Kigali. Ils auraient répété le même message de « respect strict du cessez-le-feu ». Pas un mot sur la Résolution 2773, votée le 21 février 2025, par le Conseil de sécurité. Résolution ordonnant au maître de Kigali de retirer ses «janissaires» déployés dans les deux provinces du Kivu. Combien sont-ils? Des experts avancent le chiffre d’au moins dix mille hommes. Des soldats en quête des prétendus FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda). Coïncidence ou pas, on apprenait au cours de la soirée de mercredi que l’armée rwandaise aurait commencé à retirer ses armes lourdes notamment à l’aéroport de Goma. Connaissant l’acteur Kagame et son système de manipulation, la prudence reste de rigueur. Une certitude : l’armée rwandaise (RDF) est sur la défensive. Est-ce pour cette raison que les panélistes de l’UA estiment que « la paix durable passe par le dialogue politique » ? Faut-il dialoguer avec Kagame qui rêve d’une nouvelle intégration de ses concitoyens dans les institutions Congolaises? Faut-il de nouveaux brassages et mixages? Non, merci. Flashback. En avril 2016, à huit mois de l’expiration du second mandat de « Joseph Kabila », en bonne africaine subsaharienne la présidente de la Commission de l’UA s’est cru en droit de désigner le Togolais Edem Kodjo comme facilitateur d’un « dialogue national ». Finalité: former un gouvernement d’union nationale. Pour Dlamini Nkosazana Zuma, il suffisait de donner « de quoi manger » aux opposants pour « sauver le fauteuil » de « l’ami Kabila « . Question : l’Union Africaine observe-t-elle ses propres principes proclamés tant dans son Acte constitutif du 26 mai 2001 que dans la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance ? La réponse est : Non ! Cinq années après l’agression de la partie orientale de la RDC par le Rwanda de Kagame, la présidence de la Commission de l’UA dirigée par Mahamoud Ali Youssouf n’ose pas rappeler au pays agresseur les principes du droit international. C’est le cas notamment du « respect des frontières existant au moment de l’accession à l’indépendance ». Que dire des « principaux objectifs » de l’UA que sont : promouvoir la paix, la sécurité et la stabilité en Afrique? Que dire également de la non-ingérence et de la non-assistance aux groupes armés contenues notamment dans l’Accord-cadre d’Addis Abeba du 24 février 2013 ? Un accord signé sous l’égide de l’Onu et de l’UA par onze pays. A savoir: Afrique du Sud, Angola, Burundi, Congo-Brazzaville, RCA, Ouganda, Rwanda, Soudan du Sud, Tanzanie, Zambie et la RDC. N’en déplaise au panel des facilitateurs de l’UA, le Rwanda de Kagame convoite les provinces congolaises du Nord Kivu et du Sud Kivu. Et ce sous prétexte que l’ancienne puissance coloniale aurait cédé des « terres rwandaises » au Congo-Belge. Aucun dialogue ne pourra de ce fait de convaincre le satrape rwandais de respecter l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation. Ce dernier ne connait que le langage de la force. Fort heureusement, l’armée congolaise de 2026 n’est plus celle de 1996-1997. La nouvelle armée a désormais une puissance de feu dissuasive, comme le disait le juriste Hans Morgenthau : « (…) l’homme et l’Etat sont fondamentalement agressifs et ne peuvent être dissuadés que par l’agressivité des autres ou par un système d’équilibre des forces ». (P.-Gonidec et R. Charvin, Relations internationales, Paris 1981, Ed. Montchrestien. p. 402. Seule la force pourrait dissuader Kagame. Et non des palabres à l’africaine. Paul Kagame s’est trompé énormément en attaquant la RDC. Sans qu’il y ait eu la moindre provocation. Nombreux sont aujourd’hui, des Congolais qui estiment que le moment décisif est arrivé pour mener la « lutte finale » à ce « mouton noir » qui déstabilise la Région des Grands Lacs. Et briser définitivement le cycle des « rébellions congolaises ourdies de toutes pièces à partir de Kigali ». Baudouin Amba Wetshi