Kigonze : des abris brûlent sur un site de déplacés que le bouclage avait déjà vidé

Un incendie a ravagé des abris au site de déplacés de Kigonze, dans le quartier Mudzi-Pela à Bunia, le mercredi 23 septembre vers 13 heures. Le site, qui accueillait environ 19 000 déplacés selon les évaluations locales, faisait l’objet d’une opération de bouclage depuis le dimanche précédent et s’était déjà largement vidé de ses occupants. Les auteurs de l’incendie n’ont pas été identifiés et aucune autorité n’a communiqué sur ses causes. Quatre jours, et un site presque vide La chronologie tient en quatre jours. Dimanche, une opération de bouclage commence sur le site. Lundi, des départs sont observés, dans un contexte marqué par des tirs et des interpellations. Mercredi à 13 heures, les premières flammes sont vues. Entre-temps, une partie importante des 19 000 personnes recensées a quitté les lieux, certaines familles trouvant refuge chez des proches, d’autres restant sans abri. Ce n’est pas le premier bouclage de Kigonze. Une opération de septembre s’était soldée par vingt-quatre interpellations et aucune arme retrouvée . Ce que disent les sinistrés Des riverains, des passants et des déplacés déjà partis se sont rassemblés à distance pendant que le feu prenait. Un homme d’une soixantaine d’années, revenu des champs, décrit ce qu’il a trouvé : « Je reviens du champ et je retrouve que nos abris sont en train d’être incendiés. J’y ai laissé mon vélo et mon matelas. » Un autre sinistré explique avoir payé lui-même la bâche qui couvrait son abri, partie dans les flammes. Certains sinistrés accusent les forces armées d’avoir allumé le feu pour chasser les occupants. Cette accusation n’est corroborée par aucune source indépendante à ce jour, et elle est rapportée ici comme ce qu’elle est : un soupçon exprimé par des personnes qui viennent de tout perdre. Les autorités provinciales n’ont fourni aucune explication sur l’origine du sinistre, ni sur les mesures prises pour protéger les personnes et leurs biens. Un site sans humanitaires L’association culturelle ENTE signale l’absence de structures de protection et d’organisations humanitaires sur le site, et fait état de la présence présumée d’éléments armés infiltrés parmi les déplacés. « La responsabilité pénale est individuelle et il faut épargner les civils innocents », rappelle son président national, Jean-Claude Ngadjole. C’est le principe qui sépare une opération de sécurité d’une punition collective, et c’est celui qui est en cause à Kigonze. Une province qui compte déjà ses déplacés par centaines de milliers L’Ituri reste sous état de siège, et les sites de déplacés y sont à la fois des refuges et des lieux suspects aux yeux des opérations militaires. Des tirs attribués à la Convention pour la révolution populaire ont perturbé les cours à Drodro et à Largu le 22 septembre , à une centaine de kilomètres de Bunia. Les déplacés de Kigonze viennent en grande partie de ces territoires. Ils avaient quitté leurs villages pour la périphérie de la capitale provinciale. Ils en repartent aujourd’hui sans avoir de destination. À lire aussi Kigonze : vingt-quatre déplacés interpellés, aucune arme trouvée Ituri : des tirs devant une école à Drodro, quatre mois après le cessez-le-feu de la CRP The post Kigonze : des abris brûlent sur un site de déplacés que le bouclage avait déjà vidé appeared first on BETO .