Bukavu : cinq morts à Nyalukemba, trente-deux en onze jours, vingt-quatre équipes de contrôle à Kinshasa

Cinq personnes sont mortes, dont trois enfants, dans un incendie de nuit survenu le 20 septembre sur l’avenue Irambo 1, au quartier Nyalukemba, commune d’Ibanda, à Bukavu. Plusieurs maisons ont été réduites en cendres. C’est le deuxième incendie mortel du quartier en moins d’un an, et le bilan des onze derniers jours dans la ville monte à trente-deux morts. Entre-temps, le feu a mis 1 600 étudiants à la rue à Kisangani, détruit plus de cinquante maisons à Goma en quarante-huit heures et frappé Beni trois fois en deux semaines. Le 11 septembre, le Conseil des ministres a décidé le déploiement de vingt-quatre équipes de contrôle. À Kinshasa. Dix-neuf jours, quatre villes La séquence commence dans la nuit du 2 au 3 septembre au quartier Cahi, à Bukavu. L’école primaire Uhuru et l’Institut Fariala brûlent. Plus de 500 élèves se retrouvent sans classe. Le président de la structure citoyenne du quartier, Shukuru Lwekyya, déclare à Radio Okapi le 4 septembre que « la société civile du quartier Cahi appelle la population à renforcer sa vigilance et demande aux autorités compétentes de mener des investigations sérieuses afin d’établir l’origine de ces incendies », et qu’« une attention particulière doit être accordée à la sécurisation des établissements scolaires et des habitations ». Les deux écoles, précise le même reportage, n’étaient raccordées ni au réseau électrique ni à des cuisines. Dans la nuit du 5 au 6 septembre, soixante-dix maisons sont ravagées sur l’avenue Mulengeza, au quartier Panzi, commune d’Ibanda. Aucun mort. Le 6 septembre, Radio Okapi établit le compte de la semaine : environ 700 maisons consumées à Bukavu en sept jours. Le jeudi 10 septembre, sur les avenues Funu B et Kasheke, au quartier Chimpunda, le feu part d’une maison d’habitation et gagne deux écoles, les complexes scolaires Furaha et Ujamaa. Les élèves meurent d’asphyxie et dans les bousculades de la fuite. Vingt-cinq blessés sont admis aux urgences. Un bilan provisoire de vingt-neuf morts circule le 11 septembre ; vingt-sept élèves sont inhumés le lundi 14 septembre au cimetière Ruzizi. Plus de 500 maisons ont brûlé, et plus de 2 000 personnes se retrouvent dehors. « Plus de deux mille personnes se trouvent encore à l’extérieur à l’heure où nous parlons. Parmi elles, de nombreux enfants et des personnes âgées figurent dans ce nombre, qui reste estimatif et pourrait être supérieur », dit le 11 septembre un notable de la zone, Bienfait Ngolombe. Le même 11 septembre, Goma compte quatre incendies en quarante-huit heures : Majengo le mercredi soir, huit parcelles au quartier Kasika dans la commune de Karisimbi et une habitation à Katindo le jeudi, Nyabushongo le vendredi à midi. Plus de cinquante maisons détruites. La cause avancée par les sources locales est connue et répétée : des courts-circuits électriques. Le 12 septembre, l’intendance de l’Université de Kisangani brûle. Environ 1 600 étudiants se retrouvent sans abri, et beaucoup sans papiers. « Plusieurs étudiants ont tout perdu, certains même leurs diplômes. Personnellement, il ne me reste que le pantalon et le tricot que vous voyez sur moi », raconte le maire de l’intendance, Chrispin Gbiande Bengangba. L’origine du sinistre est inconnue. Le 18 septembre, une station de radio et plusieurs bâtiments sont touchés à Beni. C’est le troisième incendie de la ville en deux semaines. Le 20 septembre, le feu revient à Bukavu. Avenue Irambo 1, au quartier Nyalukemba, dans la commune d’Ibanda, cinq personnes meurent : trois enfants, un mineur et un adulte. Plusieurs maisons sont réduites en cendres. Onze jours après les écoles Furaha et Ujamaa, la ville compte trente-deux morts. Ce qui éteint le feu à Bukavu : des jeunes du quartier et la Croix-Rouge Le mode d’extinction est documenté, et il est le même d’une année sur l’autre. Nyalukemba, le quartier qui a brûlé le 20 septembre, avait déjà enterré des enfants. Le 18 octobre 2025, trois enfants d’une même famille y meurent, avenue Kayabu 2. Six habitations sont ravagées. Ce sont des jeunes du quartier, avec des moyens rudimentaires, qui combattent les flammes ; les véhicules anti-incendie sont absents. Huit jours plus tard, dans la nuit du dimanche 26 octobre 2025, quatorze personnes périssent près de l’église Funu Nuru, avenue Maendeleo, au quartier Mosala. Elles dormaient. Les corps sont calcinés et méconnaissables. Le chef de quartier, Patrick Lubala, décrit à Radio Okapi la méthode employée : « Il y a 7 maisons totalement incendiées et 4 détruites pour éviter la propagation des flammes. Nous sommes en train d’évacuer les morts jusqu’à la morgue de l’hôpital provincial de Bukavu. » Quatre maisons abattues à la main pour couper la route au feu, faute de lance à incendie. Sur place, ce sont les volontaires de la Croix-Rouge et les jeunes du quartier qui intervenaient. Le cumul, lui, est porté par la société civile. Le 6 septembre 2026, le président du Parlement citoyen des jeunes pour la démocratie et la bonne gouvernance, Amani Lwamba, chiffre à 2 831 le nombre de maisons incendiées dans l’ensemble du Sud-Kivu depuis février 2025, et décrit « une entité qui est en train de s’effondrer ; où plus de 7 000 personnes se retrouvent aujourd’hui sans abri à cause de la destruction de leurs maisons ». Il ajoute : « Les enfants viennent de perdre tout ! Les parents ont vu disparaître tous leurs investissements, et ils n’ont plus aucun espoir d’une intervention. » Vingt-quatre équipes de contrôle, déployées à Kinshasa Le Conseil des ministres du 11 septembre 2026 a traité du sujet. Le ministre de la Communication et des Médias, porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, en a rendu compte ainsi : « Le Président de la République a attiré l’attention du Gouvernement sur la recrudescence préoccupante des incendies dans la ville de Kinshasa. » Le vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, a accompagné la mesure d’une formule : « Nos inadvertances peuvent faire de nous des victimes. » La mesure elle-même est un déploiement de vingt-quatre équipes de contrôle dans les établissements recevant du public de la capitale, sous la supervision de la Protection civile : salles de fêtes, écoles, églises, marchés, bars, restaurants, boîtes de nuit, stades. C’est le prolongement d’un dossier que BETO suit depuis l’incendie de Lingwala et les normes de 1944 qui régissent encore les salles de fête de Kinshasa . Bukavu et Goma, les deux villes où le feu a fait le plus de morts et de sans-abri en septembre, ne sont pas dans le périmètre de ce déploiement. Elles sont occupées par l’AFC/M23, la coalition armée que soutient le Rwanda, Goma depuis janvier 2025 et Bukavu depuis février 2025. C’est ce que nomme Amani Lwamba dans son appel du 6 septembre : « Nous demandons au Gouvernement congolais de se rappeler que la population de Bukavu est bien une population congolaise. Il est urgent de mettre en place un mécanisme d’assistance humanitaire à travers les organisations compétentes. Il est possible d’intervenir pour aider cette population. » Une cause nommée à Goma, inconnue à Bukavu À Goma, les quatre feux de la mi-septembre sont attribués à des courts-circuits électriques. À Bukavu, la mention qui revient de reportage en reportage est « origine inconnue » : inconnue au quartier Nyalukemba en octobre 2025, inconnue au quartier Mosala huit jours plus tard, inconnue au quartier Cahi en septembre 2026. C’est précisément cette répétition qui a conduit la société civile de Cahi à demander des investigations, et le détail des deux écoles brûlées le 3 septembre pèse dans sa demande : ni raccordement électrique, ni cuisine. À Kisangani, où la ville n’est pas occupée, l’origine de l’incendie de l’intendance universitaire est également inconnue. Le 17 septembre, ce que réclamait la société civile de Bukavu n’était plus du matériel. « L’émotion reste toujours vive et nécessite l’appui psychologique », déclarait Hypocrate Marume, membre du collectif de la société civile. Les 27 élèves sont enterrés au cimetière Ruzizi depuis le 14 septembre, les plus de 2 000 sinistrés du 10 septembre attendent toujours des couvertures et des abris. Trois jours après cet appel, cinq personnes de plus mouraient avenue Irambo 1. The post Bukavu : cinq morts à Nyalukemba, trente-deux en onze jours, vingt-quatre équipes de contrôle à Kinshasa appeared first on BETO .