Soudan : armes chimiques, visa refusé, Washington met la pression sur al-Burhan

La pression internationale monte autour du chef de l’armée soudanaise, Abdel Fattah al-Burhan. Alors que de nouvelles allégations sur l’existence d’un programme d’armes chimiques au sein de l’appareil militaire soudanais alimentent les appels à une enquête indépendante, un autre front s’est ouvert avec Washington autour de son visa pour participer à l’Assemblée générale des Nations unies à New York. Le dossier des armes chimiques, particulièrement sensible, revient au premier plan après de nouvelles révélations de presse. Le Washington Post a publié début septembre une enquête fondée sur des documents, vidéos et échanges présentés comme provenant de l’appareil militaire soudanais. Selon le quotidien américain, ces éléments suggéreraient l’existence d’un programme clandestin impliquant notamment des munitions contenant du chlore. Des experts consultés par le journal ont toutefois souligné qu’une vérification définitive nécessiterait un accès aux sites concernés et aux témoins. Khartoum rejette ces accusations. Les autorités soudanaises affirment respecter la Convention sur l’interdiction des armes chimiques et soutiennent que leurs stocks de chlore sont destinés à des usages civils, notamment au traitement de l’eau. Le Soudan avait déjà annoncé en mai 2025 la création d’une commission nationale chargée d’enquêter sur les accusations américaines. L’enjeu dépasse désormais la seule bataille diplomatique. Une enquête internationale indépendante pourrait chercher à déterminer si des substances chimiques ont effectivement été utilisées pendant le conflit, mais aussi leur éventuelle provenance, les lieux de fabrication ou de stockage et, le cas échéant, la chaîne de commandement susceptible d’avoir autorisé leur emploi. Pour al-Burhan, cette controverse intervient au moment où ses relations avec Washington connaissent une nouvelle zone de turbulence. Selon Reuters, les États-Unis n’avaient toujours pas délivré le visa permettant au chef de l’armée soudanaise de se rendre à New York pour l’Assemblée générale de l’ONU, poussant Khartoum à saisir les Nations unies. Le secrétariat de l’ONU a indiqué avoir soulevé la question auprès des autorités américaines. D’après les sources citées par Reuters, la question du visa serait liée non pas directement aux accusations d’armes chimiques, mais au processus de cessez-le-feu. Sa délivrance serait notamment associée à l’acceptation par al-Burhan d’une proposition américaine prévoyant une trêve de 90 jours. L’armée soudanaise avait auparavant exprimé des réserves sur cette initiative. Ces deux dossiers distincts convergent néanmoins vers un même résultat : l’accentuation de la pression internationale sur la direction militaire soudanaise, alors que la guerre déclenchée en avril 2023 entre les Forces armées soudanaises et les Forces de soutien rapide (RSF) continue d’alimenter une crise humanitaire majeure. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a également appelé récemment à demander des comptes aux États étrangers qui alimentent le conflit par des livraisons d’armes et d’autres formes de soutien militaire. Plus de 14 millions de personnes ont été déplacées depuis le début de la guerre, selon les données rapportées par Reuters. Sur le plan international, l’embargo sur les armes imposé par le Conseil de sécurité reste actuellement centré sur le Darfour. Le mécanisme des sanctions comprend également des interdictions de voyager et des gels d’avoirs visant les personnes désignées. Pour al-Burhan, la séquence est donc particulièrement délicate : pression américaine en faveur d’un cessez-le-feu, différend sur son accès à l’Assemblée générale et retour au premier plan des accusations liées aux armes chimiques. Mais sur ce dernier dossier, la prudence reste indispensable. Les nouvelles informations publiées constituent des éléments justifiant des investigations approfondies, mais elles ne remplacent pas une enquête internationale indépendante capable d’établir matériellement les faits et d’identifier d’éventuelles responsabilités individuelles. C’est cette étape qui pourrait déterminer si l’affaire reste sur le terrain des accusations et des sanctions diplomatiques ou débouche sur une procédure de reddition de comptes. Rédaction The post Soudan : armes chimiques, visa refusé, Washington met la pression sur al-Burhan appeared first on BETO .