À Demba, des militaires tranchent des dossiers civils, et l’administration dit avoir écrit sans réponse

Dans le territoire de Demba, au Kasaï-Central, des militaires déployés localement tranchent des affaires qui relèvent des juridictions civiles et des autorités coutumières. C’est ce que dénonce l’organisation Demba Union fait la force, qui vise la 21e région militaire, dans une dénonciation rapportée par Radio Okapi le mardi 23 septembre. L’administrateur adjoint du territoire, interrogé par la même radio, confirme avoir saisi la hiérarchie militaire sans obtenir de suite. Trois types de dossiers qui ne sont pas militaires La dénonciation est précise sur la nature des affaires concernées : des conflits de pouvoir coutumier, des affaires de dettes entre particuliers et des cas de mariages précoces. Aucun de ces trois contentieux ne relève de la compétence d’un militaire. Le premier appartient aux chefferies et, en cas de litige, aux juridictions coutumières et à l’administration du territoire. Le deuxième relève du tribunal de paix. Le troisième relève du parquet, puisque le mariage d’un mineur est une infraction pénale. « Les militaires qui sont ici à Demba commencent à statuer sur certains dossiers civils qui ne les concernent pas », déclare Ami Panu, coordonnateur de Demba Union fait la force, dans des propos recueillis par Radio Okapi. L’organisation signale par ailleurs des perceptions illégales et d’autres abus, et décrit un climat de peur dans la population. L’administration dit avoir écrit, et attendre Ce qui distingue ce dossier d’une simple plainte associative, c’est que l’autorité civile le confirme. « Nous avons lancé des messages officiels auprès de la hiérarchie militaire pour qu’elle puisse retirer les militaires, mais sans suite favorable », déclare à Radio Okapi Jean-Pierre Kabue, administrateur adjoint du territoire de Demba. Autrement dit, l’administration du territoire a demandé par écrit le retrait de ces éléments et n’a pas été entendue. De leur côté, les autorités militaires affirment suivre le dossier et menacent de sanctions tout militaire impliqué dans les faits dénoncés, selon la même source. Un Kasaï sans guerre Le point qui donne à cette affaire sa portée est géographique. Demba n’est pas dans l’est du pays. Le Kasaï-Central n’est pas sous état de siège, contrairement à l’Ituri et au Nord-Kivu, où le régime est prorogé de quinze jours en quinze jours et où les administrateurs civils ont été remplacés par des officiers. À Demba, rien de tel n’a été décrété. Les compétences civiles y demeurent civiles en droit. Ce qui est décrit relève donc d’une pratique, pas d’un régime d’exception, et c’est ce qui la rend contestable devant la hiérarchie comme devant le parquet. À lire aussi État de siège : une nouvelle prorogation de quinze jours en Ituri et au Nord-Kivu Haut-Katanga : enquête ouverte après l’assassinat du président de la Cour d’appel The post À Demba, des militaires tranchent des dossiers civils, et l’administration dit avoir écrit sans réponse appeared first on BETO .