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Neuf buts et un long silence : Ndaye Mulamba, ou ce que coûte parfois un maillot des Léopards

CongoNews Analyse · 10 septembre 2026 · Rédigé par IA, relu et validé par la rédaction avant publication.

En 1974, l'attaquant zaïrois Ndaye Mulamba inscrivait neuf buts en une seule Coupe d'Afrique des nations, un record que nul n'a égalé depuis. Quelques mois plus tard, l'humiliation du Mondial allemand refermait brutalement l'âge d'or des Léopards. Retour sur une trajectoire qui éclaire, mieux que bien des discours, le rapport ambigu du pays à ses champions.

Il y a, dans la vie d'une sélection nationale, un rituel discret que le grand public remarque à peine : l'attribution des numéros. Un chiffre cousu dans le dos, tiré au sort ou négocié, parfois hérité d'un aîné. Rien de plus banal en apparence. Et pourtant, ce petit acte administratif transforme un joueur en représentant, et un homme en fragment de mémoire collective. Certains numéros survivent à ceux qui les ont portés. D'autres s'effacent avec eux, sans que personne s'en aperçoive.

L'histoire congolaise offre à ce sujet un cas d'école, aussi éclatant que douloureux : celle d'un attaquant né vers 1948 dans le Kasaï, qui, en l'espace de quelques semaines de l'année 1974, est devenu l'homme le plus célèbre du pays après le chef de l'État lui-même, avant de disparaître presque entièrement du champ de vision national. Il s'appelait Ndaye Mulamba.

**Un pays qui se rêve en vitrine**

Pour comprendre 1974, il faut se replacer dans l'atmosphère du Zaïre de cette période. La politique dite d'authenticité battait son plein : changement de nom du pays et du fleuve, abandon des prénoms chrétiens, abacost, réécriture volontariste du récit national. Le régime de Mobutu Sese Seko cherchait des preuves visibles de la grandeur retrouvée, et le sport constituait un support idéal. Il parle sans traducteur, il se joue devant des caméras étrangères, il produit des images que ni l'économie ni la diplomatie ne fournissent aussi facilement.

Le football congolais, lui, n'avait pas attendu l'État pour exister. Les clubs de Kinshasa et du Katanga possédaient déjà une culture solide, des rivalités enracinées, un public exigeant. La sélection avait remporté la Coupe d'Afrique des nations en 1968, sous le nom de Congo-Kinshasa, et le TP Mazembe avait dominé la scène continentale à la fin des années soixante. Le talent était là ; le pouvoir a simplement décidé de s'en emparer et de l'exhiber.

C'est dans ce contexte qu'une génération exceptionnelle se rassemble sous la direction du technicien yougoslave Blagoje Vidinić : le gardien Kazadi Mwamba, le capitaine Kidumu Mantantu, les défenseurs Mwepu Ilunga et Tshimen Bwanga, les offensifs Mayanga Maku et Kembo Uba Kembo. Et, parmi eux, ce buteur au démarrage sec, formé dans les terrains poussiéreux des quartiers, révélé sous les couleurs kinoises, dont plusieurs récits rapportent qu'il ne figurait pas parmi les certitudes du sélectionneur au moment de partir pour Le Caire.

**Le Caire, mars 1974**

La CAN 1974 se déroule en Égypte. Le tournoi, à l'époque, réunit huit équipes ; il se gagne en une poignée de matches, sans marge d'erreur. Les Léopards traversent la compétition avec une autorité qui frappe les observateurs, et Ndaye Mulamba y devient une évidence. Il marque, encore, et encore. La finale contre la Zambie s'achève sur un score de parité, deux buts partout ; le règlement d'alors impose un match d'appui deux jours plus tard. Ce soir-là, Ndaye inscrit les deux buts de la victoire zaïroise.

Au total, neuf réalisations en une seule édition. Un demi-siècle plus tard, le chiffre n'a jamais été égalé sur un tournoi unique. Il faut préciser que des travaux statistiques ultérieurs ont discuté l'attribution exacte d'une de ces réalisations, et que les archives africaines de cette époque comportent des zones d'incertitude ; la Confédération africaine de football continue néanmoins de créditer neuf buts à l'attaquant congolais, et c'est ce chiffre qui figure dans la mémoire commune.

Le retour à Kinshasa relève du triomphe romain. Le pays est en fête, le régime récupère l'exploit, les promesses de récompenses pleuvent. Le Zaïre sera, dans quelques semaines, la première nation d'Afrique subsaharienne à disputer une Coupe du monde. Et, la même année, en octobre, Kinshasa accueillera le combat de boxe entre Mohamed Ali et George Foreman, événement planétaire soigneusement orchestré. L'année 1974 devait être celle où le pays s'installait durablement sur la carte du monde.

**Le naufrage allemand**

La suite est connue, et elle fut cruelle. En Allemagne fédérale, les Léopards tombent dans un groupe redoutable. Défaite d'entrée face à l'Écosse, deux buts à zéro, avec des motifs d'espoir malgré tout. Puis vient le match contre la Yougoslavie : neuf buts encaissés, le gardien remplacé après une vingtaine de minutes dans des conditions qui ont nourri les commentaires pendant des décennies, Ndaye Mulamba expulsé au cours d'une séquence confuse dont les versions divergent encore. Enfin le Brésil, trois à zéro, et cette image qui allait résumer, injustement, tout un continent aux yeux du public européen : un défenseur zaïrois s'échappant du mur pour dégager le ballon avant l'exécution d'un coup franc adverse.

L'Europe a longtemps ri de cette scène en y voyant une ignorance des règles. Les intéressés ont, plus tard, donné d'autres explications : geste d'exaspération, tentative de perturber l'adversaire, manière détournée d'exprimer une colère liée aux primes promises et non versées. Les témoignages recueillis au fil des années par des journalistes et des historiens du sport convergent au moins sur un point : l'ambiance dans la délégation s'était fortement dégradée, et l'argent en constituait le nœud. Le détail exact de ce qui s'est joué dans les vestiaires demeure toutefois difficile à établir avec certitude.

Ce qui est plus assuré, c'est ce qui n'a pas eu lieu au retour. Pas de fête, pas de reconnaissance, pas de reconversion organisée. Une génération que l'on avait montrée au monde entier s'est retrouvée renvoyée à elle-même, plusieurs de ses membres traversant ensuite des années difficiles. Divers récits, invérifiables dans leur détail, évoquent des sanctions ou des mesures de rétorsion visant certains joueurs ; il est en tout cas manifeste que le régime, ayant tiré du triomphe tout ce qu'il pouvait en tirer, s'est désintéressé de l'échec et de ceux qui le portaient.

**L'effacement**

La trajectoire ultérieure de Ndaye Mulamba tient en quelques lignes qui serrent le cœur. Le buteur poursuit sa carrière, s'essaie à l'entraînement, quitte le pays. Au milieu des années quatre-vingt-dix, il est agressé en Afrique du Sud, une attaque dont il conservera de lourdes séquelles physiques et, selon plusieurs comptes rendus, des troubles de la mémoire. Il vit ensuite dans une précarité durable, loin de Kinshasa, tandis que son nom continue de circuler dans les palmarès sans que grand monde sache où se trouve l'homme.

Des initiatives ponctuelles de soutien, portées le plus souvent par des journalistes, d'anciens joueurs ou des associations de supporters, ont ramené périodiquement son cas dans l'actualité. Il est décédé en janvier 2019, en Afrique du Sud, à un âge où beaucoup de ses contemporains européens de 1974 vivaient de conférences, de droits d'image et de pensions confortables.

**Ce que le numéro engage**

Il serait facile de conclure par une morale sur l'ingratitude des puissants. La leçon est plus large. Le sport congolais a produit, à intervalles réguliers, des exploits qui dépassaient largement les moyens matériels du pays : en football, mais aussi en judo, en boxe, en athlétisme, en sports collectifs moins médiatisés. Ce qui a presque toujours manqué, ce n'est ni le talent ni la ferveur populaire, c'est l'institution : la structure qui accompagne un athlète avant, pendant et surtout après, qui archive, qui forme, qui verse les primes convenues sans qu'il faille en faire un feuilleton.

Chaque fois qu'une délégation nationale s'aligne, quelle que soit la discipline, et que les numéros sont distribués, cette question ressurgit en filigrane. Le chiffre dans le dos est un contrat symbolique : le joueur engage son corps et son nom, la nation est censée engager sa mémoire. Le premier terme du contrat a rarement fait défaut. Le second reste, aujourd'hui encore, à honorer sérieusement.

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