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Transport fluvial : l’interdiction des baleinières en bois suffira-t-elle à réduire les naufrages mortels ?

Beto.cd · Rédaction Kinshasa · 18 octobre 2026 · Source originale

Interpellé vendredi 16 octobre au Sénat sur la recrudescence des accidents mortels dans les différents modes de transport en République démocratique du Congo, le vice-Premier ministre chargé des Transports, Voies de communication et Désenclavement, Jean-Pierre Bemba Gombo, a annoncé l’interdiction de navigation des baleinières en bois à compter du 15 novembre prochain. Cette décision intervient dans un contexte marqué par des naufrages récurrents sur les voies navigables du pays, causant régulièrement des pertes en vies humaines. Répondant à une question d’actualité du sénateur Faustin Luanga, le ministre a dressé un tableau préoccupant du secteur des transports. Il a notamment évoqué le vieillissement et l’insuffisance des infrastructures, le déficit chronique d’entretien, la faible interconnexion entre les différents modes de transport et le manque d’équipements de sécurité. Autant de faiblesses qui mettent en évidence les limites d’une réponse reposant uniquement sur l’interdiction d’un type d’embarcation. Une interdiction face à des risques multiples Les baleinières en bois occupent une place importante dans le transport fluvial congolais, particulièrement dans les régions où les routes sont inexistantes, impraticables ou difficilement accessibles. Elles assurent le déplacement des populations et l’acheminement des marchandises entre plusieurs localités enclavées. Leur interdiction pourrait donc avoir des conséquences sur la mobilité des habitants et les échanges commerciaux, en l’absence de solutions de remplacement adaptées. Au-delà des caractéristiques des embarcations, la sécurité de la navigation dépend également du respect des capacités de chargement, de l’état des équipements, de la qualification des équipages et de l’application des règles de circulation. L’absence ou l’insuffisance de contrôles peut exposer les passagers à des risques importants, y compris à bord d’embarcations construites avec d’autres matériaux. Dans ces conditions, la mesure annoncée par Jean-Pierre Bemba pose une question centrale : le gouvernement dispose-t-il des moyens nécessaires pour contrôler efficacement les embarcations qui circulent sur les nombreux cours d’eau du pays ? Son application nécessitera notamment une surveillance des ports et des points d’embarquement informels, ainsi que des mécanismes de sanction suffisamment dissuasifs. Le défi des alternatives et du contrôle L’autre enjeu concerne les solutions proposées aux transporteurs et aux populations. Le remplacement des baleinières en bois par des embarcations répondant à des normes de sécurité plus exigeantes suppose des investissements que tous les exploitants ne sont pas nécessairement capables de supporter. Sans dispositif d’accompagnement, l’interdiction pourrait entraîner une réduction de l’offre de transport ou favoriser la poursuite clandestine de certaines activités. À moins d’un mois de l’entrée en vigueur annoncée de cette interdiction, plusieurs éléments restent à préciser, notamment les catégories exactes d’embarcations concernées, les modalités de contrôle, les éventuelles mesures transitoires et les solutions de remplacement. L’efficacité de la décision dépendra autant de sa mise en application que de la capacité des autorités à traiter les autres causes des accidents fluviaux. La répétition des drames montre néanmoins que les naufrages ne concernent pas exclusivement les baleinières en bois. Le 23 septembre, le naufrage du MV MJP sur le lac Tanganyika avait fait 39 disparus et 36 rescapés, selon un premier bilan officiel. Le 4 octobre, une barge du Global Express avait également sombré lors de manœuvres à quai, à Kinshasa. Ces accidents illustrent la nécessité de renforcer la sécurité de l’ensemble du transport fluvial et lacustre. Le gouvernement prévoit toutefois des mesures d’accompagnement. Lors d’une rencontre avec les armateurs, le 7 octobre, Jean-Pierre Bemba a annoncé la mise à disposition de plans techniques pour la construction de péniches métalliques, des mécanismes de financement et l’acquisition envisagée d’une centaine de péniches pour renforcer la flotte de l’ONATRA. Il a également exclu tout moratoire. À ce stade, le calendrier de livraison et le financement effectif de ces nouvelles unités restent à préciser. L’interdiction des baleinières en bois pourrait ainsi constituer une étape importante dans la modernisation du transport fluvial congolais. Mais sa capacité à réduire durablement les naufrages dépendra surtout du respect des normes de sécurité, de la régularité des contrôles et de la disponibilité d’embarcations de remplacement. Au-delà de l’échéance du 15 novembre, le véritable défi pour les autorités sera de garantir simultanément la sécurité des passagers et la continuité des déplacements sur les voies navigables du pays. Odon Bakumba The post Transport fluvial : l’interdiction des baleinières en bois suffira-t-elle à réduire les naufrages mortels ? appeared first on BETO .

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