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Financement des entreprises : le paradoxe des banques congolaises face à l’abondance des liquidités

Beto.cd · Rédaction Kinshasa · 18 octobre 2026 · Source originale

Les banques commerciales opérant en République démocratique du Congo disposaient de 3 601,13 milliards de francs congolais (CDF) d’avoirs en monnaie nationale auprès de la Banque centrale du Congo (BCC) au 9 octobre 2026, contre 3 560,1 milliards une semaine auparavant. Selon les données de l’institut d’émission relayées samedi 17 octobre par l’Agence congolaise de presse (ACP), cette progression de 1,15 %, soit environ 41 milliards CDF supplémentaires, témoigne d’une augmentation des liquidités détenues par les établissements bancaires auprès de la Banque centrale. Sur ce montant, 2 151 milliards CDF correspondent aux réserves obligatoires imposées aux banques, tandis que les réserves nettes s’établissent à environ 1 450,1 milliards CDF. Ces ressources ne constituent toutefois pas une enveloppe directement disponible pour financer les entreprises. Les établissements bancaires doivent notamment conserver suffisamment de liquidités pour honorer leurs engagements envers les déposants et respecter les exigences prudentielles. La BCC signale par ailleurs l’absence d’opérations sur le marché interbancaire depuis juin, dans un contexte de liquidité relativement abondante. Des liquidités importantes, mais un crédit encore coûteux Cette situation met en évidence l’une des difficultés structurelles du système financier congolais : l’existence de liquidités bancaires ne garantit pas automatiquement un accès facile au crédit. Les données publiées par la BCC indiquent qu’en août 2026, le taux débiteur moyen des crédits en monnaie nationale atteignait 22,58 %, contre 21,01 % en juillet. À ce coût s’ajoutent, selon les établissements et les contrats, des commissions, des frais de dossier et d’autres charges susceptibles de renchérir le financement des activités économiques. Pour les petites et moyennes entreprises, les obstacles dépassent la seule question des taux d’intérêt. Dans son rapport sur les perspectives de financement du développement de la RDC, publié en 2025, la Banque africaine de développement (BAD) identifie notamment l’insuffisance des garanties, la qualité parfois limitée des dossiers de demande de crédit, l’importance de l’économie informelle et les faiblesses du système judiciaire. Ces facteurs accroissent les risques perçus par les banques et peuvent les conduire à imposer des conditions de financement difficiles à satisfaire pour les entrepreneurs. La Banque centrale elle-même avait déjà relevé ce paradoxe dans son rapport sur la politique monétaire en 2023. Elle y expliquait que, malgré un système bancaire disposant de liquidités importantes, l’offre de crédit demeurait rationnée en raison des risques et des incertitudes économiques. Le problème ne réside donc pas uniquement dans la quantité de ressources disponibles, mais également dans la capacité des entreprises à présenter des projets bancables et dans celle des banques à évaluer et à financer ces projets à des conditions soutenables. Le financement des PME, un défi pour la croissance économique L’accès limité au financement bancaire constitue un frein potentiel à l’investissement productif, à la modernisation des équipements et au développement des entreprises locales. Dans un environnement où les entrepreneurs doivent déjà supporter des coûts élevés d’électricité, de transport et de fonctionnement, le prix du crédit peut réduire davantage leurs capacités d’expansion. Cette situation concerne particulièrement les petites entreprises qui ne disposent pas de garanties immobilières suffisantes ou d’une comptabilité formalisée. Pourtant, les banques commerciales jouent déjà un rôle important dans le financement du secteur privé. Selon les documents budgétaires du gouvernement, les entreprises privées représentaient en moyenne 66,47 % des crédits accordés à la clientèle entre 2022 et 2024. Ce constat invite à nuancer l’idée d’une absence de financement bancaire : l’enjeu porte davantage sur son accessibilité, sa répartition entre les différentes catégories d’entreprises et son coût. L’amélioration de l’accès au crédit suppose ainsi plusieurs évolutions complémentaires, notamment le renforcement des mécanismes de garantie, une meilleure formalisation des activités économiques, la fiabilisation des informations financières des emprunteurs et le développement de produits adaptés aux besoins des PME. À ces réformes s’ajoute la nécessité de favoriser des financements à plus long terme, particulièrement pour les investissements industriels et agricoles. La progression des avoirs bancaires auprès de la BCC illustre donc une réalité importante : la disponibilité de liquidités dans le système bancaire ne suffit pas à garantir le financement de l’économie réelle. Pour les autorités monétaires comme pour les établissements de crédit, le défi consiste à créer les conditions permettant de transformer davantage de ressources financières en investissements productifs, tout en préservant la stabilité du système bancaire et la sécurité des dépôts. Odon Bakumba The post Financement des entreprises : le paradoxe des banques congolaises face à l’abondance des liquidités appeared first on BETO .

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