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RDC : face aux critiques de Joseph Kabila, Doudou Fwamba défend la soutenabilité d’une dette publique à 18,55 milliards USD

Zoom Eco · Kiala Curnis · 10 octobre 2026 · Source originale

Au lendemain de la déclaration de l’ancien président Joseph Kabila, qui affirme que la dette publique congolaise a « explosé » au-delà de 18 milliards de dollars américains, le Ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi, oppose une lecture fondée sur les indicateurs macroéconomiques. Il défend une politique d’endettement destinée à financer le développement, tout en mettant en avant l’évolution du PIB, des réserves de change et du budget de l’État depuis 2019. Le débat sur la gestion des finances publiques en République démocratique du Congo (RDC) prend une tournure politique. Dans une réaction à la déclaration de Joseph Kabila du vendredi 9 octobre 2026, le Ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi, récuse l’idée selon laquelle l’augmentation de la dette publique constituerait nécessairement un fardeau pour l’économie congolaise. Pour le Ministre, la question ne se limite pas au volume de la dette. Elle doit également être appréciée au regard de la capacité de l’État à mobiliser des ressources, à financer ses infrastructures et à honorer ses engagements sans compromettre la stabilité macroéconomique. « Assainir la dette publique est une chose ; utiliser celle-ci comme un levier de financement des infrastructures et des priorités du Gouvernement tout en maintenant sa soutenabilité […] résulte de la cohérence de l’action publique et d’une vision stratégique. », soutient-il. Cette prise de position intervient après le message à la nation de Joseph Kabila, qui a dénoncé une dette publique ayant, selon lui, « explosé » à plus de 18 milliards de dollars américains. L’ancien Chef de l’État affirme avoir transmis, en 2019, une économie débarrassée du poids de la dette héritée des régimes précédents. Plus de 18 milliards de dollars de dette Les données officielles citées dans le débat confirment que l’encours de la dette publique congolaise a atteint 18,55 milliards de dollars en septembre 2026, selon la Direction générale de la dette publique (DGDP). Ce montant comprend environ 11,46 milliards de dollars de dette extérieure et 7,09 milliards de dollars de dette intérieure. Pour Doudou Fwamba, ce niveau doit être rapporté à la taille de l’économie nationale. Il avance un endettement inférieur à 20 % du produit intérieur brut (PIB), qu’il juge compatible avec la poursuite des investissements publics, en comparaison avec la moyenne de 60 % du PIB qu’il attribue aux pays d’Afrique subsaharienne. L’argument du Ministre repose sur une distinction essentielle : le montant de la dette ne suffit pas, à lui seul, à déterminer si un pays est surendetté. Il faudrait également examiner la capacité de remboursement, le coût des emprunts, leur échéancier, la structure de la dette et les ressources effectivement disponibles pour assurer le service de la dette. Un endettement relativement faible par rapport au PIB peut ainsi offrir des marges de financement. Mais celles-ci ne deviennent un avantage durable que si les emprunts sont mobilisés dans des conditions soutenables et contribuent à renforcer les capacités économiques du pays. Pour défendre le bilan économique des autorités actuelles, le Ministre des Finances oppose les principaux indicateurs de 2019 à ceux de 2026. Selon les chiffres avancés dans sa réaction, le PIB nominal de la RDC serait passé d’environ 50 milliards de dollars en 2019 à 120 milliards en 2026. Les réserves de change seraient, quant à elles, passées de 1,3 milliard à 8 milliards de dollars, tandis que le budget de l’État aurait progressé de 4 milliards à 18 milliards de dollars. Doudou Fwamba évoque également une réduction du déficit du compte courant, passé de 3,2 % du PIB en 2019 à 1,3 % en 2024, ainsi qu’un accès retrouvé aux marchés financiers internationaux et l’existence de trois programmes formels avec le Fonds monétaire international (FMI). Ces indicateurs traduisent, selon le Ministre, un changement d’échelle de l’économie congolaise et une amélioration de la capacité de l’État à mobiliser des financements. Toutefois, leur interprétation appelle une nuance : la progression du PIB nominal et du budget, notamment, ne mesure pas à elle seule l’amélioration du pouvoir d’achat, la croissance réelle de la production ou l’efficacité des dépenses publiques. De même, l’augmentation des réserves de change doit être appréciée au regard des besoins d’importation et des engagements extérieurs du pays. L’enjeu consiste donc à transformer les progrès macroéconomiques affichés en résultats durables pour les entreprises, les ménages et les infrastructures. L’héritage économique de Joseph Kabila au cœur de la controverse La réponse de Doudou Fwamba dépasse la seule question de l’endettement. Elle remet en cause le bilan économique et social des dix-huit années de pouvoir de Joseph Kabila, entre 2001 et 2019. Le Ministre rappelle qu’en 2019, les réserves de change s’établissaient à environ 1,3 milliard de dollars et le budget de l’État à quelque 4 milliards de dollars. Il attribue également l’absence de programme formel avec le FMI à cette époque à des problèmes de gouvernance et de transparence, notamment dans la publication de contrats conclus avec des entreprises publiques du secteur minier. Sur le plan social, il oppose à cet héritage les politiques et réalisations mises en avant par les autorités actuelles : gratuité de l’enseignement primaire, gratuité de la maternité, dispositifs de couverture sanitaire pour certaines catégories professionnelles et investissements dans les infrastructures. Le Ministre des Finances cite notamment les routes, les universités, les pistes d’atterrissage et les bâtiments administratifs territoriaux parmi les secteurs où des efforts de reconstruction sont engagés. Cette confrontation des bilans illustre la dimension politique du débat. Elle ne dispense cependant pas d’évaluer chaque politique sur la base de résultats vérifiables, de leur couverture effective et de leur impact sur les conditions de vie de la population. Le véritable test : transformer la dette en richesse durable Au-delà de la polémique entre les deux camps, la question centrale demeure celle de l’utilisation des ressources empruntées. La dette publique peut contribuer au développement lorsqu’elle finance des infrastructures productives, améliore l’accès à l’énergie, réduit les coûts logistiques, soutient la transformation locale des ressources naturelles et élargit la base fiscale. À l’inverse, son accumulation devient problématique lorsque les emprunts financent principalement des dépenses sans retombées économiques durables ou lorsque leur coût augmente plus vite que les recettes publiques. Pour la RDC, la soutenabilité de la dette dépendra notamment de sa capacité à accroître les recettes intérieures, à améliorer l’exécution des investissements, à maîtriser les coûts d’emprunt et à garantir la transparence dans la gestion des fonds publics. La progression de la dette intérieure mérite également une attention particulière. Son financement peut contribuer au développement du marché financier national, mais un recours trop coûteux ou trop important aux ressources bancaires locales peut renchérir le crédit et limiter les financements disponibles pour les entreprises privées. Dans ce contexte, la transparence sur les emprunts contractés, les projets financés, les échéances de remboursement et les résultats obtenus constitue un élément essentiel pour apprécier la pertinence de la stratégie gouvernementale. Dialogue national : l’appel de Doudou Fwamba à l’unité Dans sa réaction, le ministre inscrit enfin la reconstruction économique dans une perspective politique plus large. Réaffirmant son soutien au président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, il appelle les congolais à participer à l’effort de reconstruction nationale et au processus de dialogue annoncé. Il invite également les groupes armés à déposer les armes et à privilégier la voie du dialogue pour mettre fin aux violences, particulièrement dans l’est du pays. Au final, la confrontation entre Joseph Kabila et Doudou Fwamba met en évidence deux lectures opposées de la trajectoire économique de la RDC. Mais au-delà des arguments politiques, la crédibilité de la stratégie d’endettement se mesurera à une question concrète : les ressources mobilisées permettront-elles d’accélérer le développement, d’améliorer les conditions de vie et de renforcer durablement la capacité du pays à rembourser ses engagements ? C’est à cette aune que devra être jugée la soutenabilité de la dette publique congolaise. Olivier KAFORO

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