RDC : Vodacom veut porter à 670 millions USD ses investissements réseau pour accélérer la transformation numérique

La société Vodacom de la République Démocratique du Congo (RDC) et le Gouvernement congolais veulent renforcer leur partenariat autour de la connectivité, des infrastructures numériques et de l’inclusion financière.a as Réunis à Kinshasa, ce jeudi 8 octobre 2026, dans le cadre du Vodacom Impact Forum, les différents intervenants ont insisté sur la nécessité de créer un environnement favorable à l’investissement privé pour réduire la fracture numérique et accompagner la transformation de l’économie congolaise. Placée sous le thème « Connecter, inspirer, transformer : investir durablement pour connecter la RDC de demain », ce tte rencontre a permis à Vodacom RDC de présenter ses investissements, ses perspectives de développement ainsi que les actions menées à travers sa Fondation. Prenant la parole, le Directeur Général de Vodacom Congo, Khalil Al Americani, a rappelé que l’opérateur avait investi 2 milliards USD depuis son implantation en République Démocratique du Congo en 2002. L’entreprise revendique aujourd’hui 26,4 millions d’abonnés, dont 9,9 millions d’utilisateurs actifs de la data, ainsi que 247 millions USD versés au Trésor public au titre du dernier exercice fiscal. « Ces chiffres ne sont pas une finalité. Ils traduisent une responsabilité : continuer à connecter, continuer à investir, continuer à bâtir », a déclaré Khalil Al Americani.» L’opérateur entend poursuivre ses investissements dans les infrastructures de télécommunications. Au cours du dernier exercice financier, Vodacom Congo indique avoir déployé 500 nouveaux sites 4G et modernisé plus de 700 sites existants. Sa couverture nationale atteint désormais 46,1 % en 4G, 49,1 % en 3G et 61,3 % en 2G, tandis que la couverture fibre à Kinshasa s’établit à 45 %. L’entreprise affirme consacrer en moyenne 140 millions USD par an aux investissements dans son réseau et prévoit, à long terme, un programme de 670 millions USD, destiné à porter l’investissement total de l’opérateur à environ 2 milliards USD. Cette ambition exprimée par le responsable de la société Vodacom est toutefois confrontée à des défis liés à la qualité de service, à l’accès à l’énergie et au coût du déploiement des infrastructures dans un pays à l’immense superficie. « Notre réponse est claire : plus de capacité, plus de couverture et une meilleure expérience », a assuré le Directeur Général de Vodacom Congo. Pour y parvenir, l’opérateur plaide notamment pour une plus grande mutualisation des infrastructures et pour le renforcement du dialogue entre opérateurs, gouvernement et régulateur. Au-delà du déploiement du réseau, la question énergétique constitue l’un des principaux défis identifiés par Vodacom. « Connecter un pays-continent exige des ressources énergétiques considérables », a relevé Khalil Al Americani, indiquant que plus de 600 sites de Vodacom fonctionnent déjà grâce à des solutions d’énergie renouvelable. L’opérateur estime cependant que la poursuite de ses investissements dépendra également de la stabilité du cadre fiscal et réglementaire, de l’accès à une énergie fiable et de la sécurisation des infrastructures. « Ces défis appellent à la consolidation d’un climat des affaires stable, attractif et propice à l’investissement de long terme », a-t-il soutenu. M-Pesa, un levier d’inclusion financière L’autre axe majeur présenté lors du forum concerne les services financiers numériques. À travers Vodacash, M-Pesa compte désormais 10 millions de clients, dont 8 millions actifs chaque mois. Le service revendique plus de 1,5 milliard USD de valeur transactionnelle, 17 millions USD de transferts internationaux entrants, un portefeuille de prêts de 13 millions USD et 6 millions USD de paiements Visa. Pour Khalil Al Americani, M-Pesa dépasse désormais le simple cadre d’un service de paiement mobile. «« Il s’affirme comme un véritable pilier de l’inclusion financière, ouvrant à des millions de Congolais de nouvelles perspectives d’autonomie, d’échange et de participation à l’économie », a-t-il noté. La dimension sociale de cette transformation numérique a été développée par Pamela Ilunga, Directrice Générale adjointe de Vodacom Congo et présidente de la Fondation Vodacom. Son intervention a notamment mis l’accent sur l’éducation, la formation numérique, l’autonomisation des femmes, la santé et l’accompagnement des communautés vulnérables. À travers VodaEduc, la Fondation affirme avoir permis à des centaines de milliers d’élèves, d’étudiants et d’enseignants d’accéder à des contenus pédagogiques et à des opportunités d’apprentissage. Elle indique également avoir déployé 47 classes numériques, accompagné 325 jeunes à travers les sept éditions de la Bourse Exetat et soutenu près de 900 élèves grâce au programme de Bourse VodaEduc. Depuis 2023, près de 40.000 élèves auraient reçu des kits scolaires. Dans le domaine des compétences numériques, les programmes Je Suis Tech, Vodacom Digital Labs, développés avec KADEA, et Vodacom Corners ont permis à plus de 41.000 jeunes d’être formés notamment à l’intelligence artificielle, à la cybersécurité, au développement web et à la data science. « L’impact commence souvent par une personne, mais il ne s’arrête jamais à cette personne. Il se transmet. Il touche une famille. Puis une communauté. », a expliqué Pamela Ilunga. La Fondation Vodacom met également l’accent sur l’inclusion des jeunes filles dans les métiers technologiques. Le programme Code Like a Girl a déjà initié 4.442 jeunes filles au codage et à la programmation, tandis que l’Académie du Leadership Féminin, mise en œuvre avec l’UNFPA, doit accompagner près de 1.500 jeunes filles. Les septième et huitième éditions de la Bourse Exetat ont, par ailleurs, été entièrement consacrées aux jeunes filles, avec un accent particulier sur les filières STEM. Dans le cadre du programme Je Suis Cap, destiné aux femmes vivant avec un handicap, 1.687 femmes ont bénéficié de formations numériques et financières, d’un kit M-Pesa et d’un accompagnement vers l’autonomie économique. En trois ans, les bénéficiaires de ce programme ont réalisé plus de 18 millions USD de transactions M-Pesa, selon les données communiquées lors du forum. L’action de la Fondation couvre également le secteur de la santé. Avec le programme Bomoyi ya Mama na Mwana, mis en œuvre avec le Conseil National de la Couverture Santé Universelle et l’UNFPA, 5 maternités ont été réhabilitées et 205 sages-femmes formées. L’objectif annoncé est d’étendre le programme à 16 maternités d’ici 2027, tout en renforçant la formation des sages-femmes et l’accompagnement des femmes souffrant de fistules obstétricales. Dans l’Est du pays, notamment à Kalehe, la Fondation affirme avoir construit la Cité de l’Espoir, installé des ateliers de couture dans des camps de déplacés, distribué 59 abris d’urgence, accompagné plus de 1.000 familles avec des kits essentiels et construit 20 salles de classe d’urgence. Près de 400 bénéficiaires ont également été accompagnés dans des activités de relance économique. La Fondation indique en outre avoir permis à des familles séparées par les déplacements liés au conflit de maintenir le contact grâce à 19,8 millions de minutes d’appels gratuites. Le Gouvernement mise sur une RDC « numérisée à l’horizon 2030 » Présente à ce forum, la Première Ministre Judith Suminwa Tuluka a inscrit les ambitions de Vodacom dans la stratégie globale de transformation numérique portée par le Gouvernement. La Cheffe du Gouvernement a rappelé que cette transformation s’inscrit dans la vision du Président de la République visant à faire de la RDC un pays « numérisé à l’horizon 2030 ». Pour la Cheffe du Gouvernement, la RDC dispose de plusieurs atouts pour devenir un hub numérique en Afrique, notamment une population importante, jeune et en croissance ainsi qu’un marché des services mobiles particulièrement dynamique. Mais elle reconnaît la persistance de plusieurs contraintes, notamment la fracture numérique entre zones urbaines et rurales, le faible pouvoir d’achat, la pénétration encore limitée d’Internet et les difficultés liées au développement des infrastructures. « Face à ces défis, notre ambition est claire : bâtir un écosystème numérique qui n’oublie aucun Congolais, aucune Congolaise, en partant des grandes villes jusqu’aux coins les plus reculés du territoire de notre pays », a déclaré Judith Suminwa.» La Première Ministre a notamment évoqué le Projet de transformation numérique, soutenu par un financement de 400 millions USD de la Banque mondiale et 100 millions d’euros de l’Agence française de développement, selon les éléments communiqués lors de son intervention. Ce projet doit notamment contribuer au développement des dorsales transprovinciales en fibre optique, à la numérisation des services publics et au renforcement du Fonds pour le développement du service universel. Le Gouvernement entend également faire du cloud souverain l’un des piliers de sa politique numérique. « Les données de l’État et des congolais doivent être hébergées, sécurisées et valorisées sur notre propre territoire », a souligné Judith Suminwa. L’identification numérique des citoyens et le développement des solutions de paiement électronique figurent également parmi les chantiers évoqués. Au-delà des annonces et des chiffres, les trois interventions ont convergé vers un même constat : la transformation numérique de la RDC nécessitera une mobilisation durable du secteur privé, de l’État, du régulateur, des partenaires techniques et financiers et de la société civile. Pour Vodacom, la poursuite des investissements dépend notamment d’un environnement fiscal et réglementaire prévisible, d’un accès accru à l’énergie et d’une meilleure sécurisation des infrastructures. Pour le Gouvernement, l’enjeu est de créer les conditions permettant aux investissements privés de contribuer à la réduction de la fracture numérique tout en répondant aux priorités nationales en matière de souveraineté numérique, d’accès aux services publics et d’inclusion financière. « Ce partenariat repose sur des engagements réciproques. L’État s’engage à poursuivre l’assainissement du climat des affaires. Il attend en retour une amélioration sensible de la qualité du service », a déclaré la Première Ministre. Au final, le Vodacom Impact Forum aura placé la question de la connectivité au-delà du seul secteur des télécommunications. Pour les différents intervenants, l’enjeu est désormais de transformer les infrastructures numériques en leviers de productivité, d’inclusion financière, d’emploi, d’éducation et d’innovation. Avec une enveloppe d’investissement annoncée de 670 millions USD à long terme, un programme public de transformation numérique soutenu par des financements internationaux et une demande croissante de services numériques, la RDC cherche ainsi à accélérer la construction de son économie numérique, avec l’ambition affichée de ne laisser aucune partie du territoire à l’écart. Mitterrand MASAMUNA
Autres actualitésNationAccélérerInvestissementsNumériqueréseauTransformationVODACOM