Kinshasa : plus de 400 zones de collecte et de transfert des déchets lancées

Le gouvernement provincial de Kinshasa a lancé mardi 29 septembre un projet de construction de plus de 400 zones de décharge pour lutter contre l’insalubrité, selon un communiqué de l’Hôtel de Ville rapporté par l’Agence congolaise de presse. Le projet s’inscrit dans le programme d’action « Kinshasa Ezo Bonga » porté par le gouverneur Daniel Bumba et il est piloté par le ministre provincial des Infrastructures et Travaux publics, Alain Tshilungu. Les images diffusées par le ministère provincial des Infrastructures, Travaux publics, Affaires foncières, Urbanisme et Habitat lèvent une ambiguïté du communiqué. La banderole posée sur le premier site inauguré porte l’intitulé exact du dispositif : « Zones de collecte et de transfert des déchets ménagers ». Il ne s’agit donc pas de décharges au sens de sites d’élimination, mais de points de regroupement en amont de la chaîne. Chaque site se présente comme une plateforme bétonnée ceinte de murs aux couleurs du programme, équipée de bennes ouvertes, de lampadaires solaires et de portails rétractables, avec une présence de gardiennage. Le communiqué ne dit ni le coût du projet, ni son financement, ni son calendrier, ni la répartition des sites entre les vingt-quatre communes, ni le mode de gestion retenu, ni la fréquence d’enlèvement des bennes. Ces éléments restent à établir. Ce qui est déjà documenté, en revanche, donne la mesure de ce que quatre cents sites devront absorber. Une ville qui jette entre 8 400 et 15 000 tonnes par jour Il n’existe pas de chiffre unique. ONU-Habitat, dans son profil de la ville fondé sur des données de 2017, retient 8 400 tonnes par jour, calculées sur 0,7 kilogramme par habitant et douze millions d’habitants, avec un taux de collecte organisée de 25 %. La Banque mondiale, dans le document du projet qu’elle a approuvé le 28 avril 2026, écrit que « 12 000 à 15 000 tonnes de déchets sont produites chaque jour, dont 98 % sont déversés ou brûlés à l’air libre ». Entre les deux évaluations, le taux de gestion effective de Kinshasa passe de 25 % à 2 %. Les deux institutions font autorité ; l’écart peut traduire une dégradation réelle, un changement de définition, ou les deux. La population n’est pas mieux établie. ONU-Habitat parlait de douze millions d’habitants en 2017 et projetait près de vingt millions à l’horizon 2030. La Banque mondiale écrit quinze millions dans un document et dix-sept millions dans un communiqué de la même opération, à quelques mois d’écart. Le dernier recensement général de la population congolaise date de 1984. Tous ces chiffres sont des estimations, et la croissance de la ville est évaluée à 5 % par an en moyenne depuis 1960. La composition des déchets, elle, est connue : 65 % d’organiques, 15 % de plastiques, 7 % de métaux, 6 % de textiles, avec un taux d’humidité de 60 à 70 %. Un seul site final, et il est à l’arrêt Kinshasa ne dispose aujourd’hui que d’un seul site d’élimination final : le centre d’enfouissement technique de Mpasa, dans la commune de la N’sele, à environ 35 kilomètres du centre-ville. La Banque mondiale le qualifie de « site unique de la ville » et constate que « l’activité d’enfouissement est à l’arrêt » en raison de la dégradation des infrastructures. L’étude d’impact environnemental et social remise en mars 2024 pointait un obstacle matériel qui précède tout le reste : le pont Mfusu, sur la route d’accès, est sur le point de s’effondrer et ne laisse plus passer les gros véhicules. La reconstruction de cet ouvrage avait été mise en concurrence dès février 2023. Le dimensionnement prévu pour Mpasa est de 1 109 tonnes par jour sur treize ans, de 2024 à 2037. Rapporté à la production quotidienne de la ville, cela couvre moins d’un sixième de ce qu’elle jette. Le site avait été envahi par des constructions anarchiques avant d’être rendu au contrôle de l’État en décembre 2024. Quant aux 61 stations de transfert installées dans les années 2010, ONU-Habitat note que « peu d’équipements peuvent encore être utilisés ». Ce sont, par leur fonction, les ancêtres directs des zones de collecte et de transfert inaugurées cette semaine. La quatrième relance en vingt ans Le projet vient après une série. Le Programme d’assainissement urbain de Kinshasa, financé par l’Union européenne, a couru de 2007 à 2010. Lui a succédé le PARAU, financé par la même Union européenne jusqu’en août 2015, au rythme d’un million de dollars par mois. C’est ce programme qui a construit le centre de Mpasa et installé les 61 stations de transfert, évacué 9 000 à 11 000 tonnes de déchets par semaine, employé 140 agents et étendu la couverture de trois à neuf communes sur vingt-quatre. Ses résultats mesurés sont l’argument le plus fort en faveur d’une politique de déchets à Kinshasa : une réduction des zones inondables de 40 % et une baisse des maladies d’origine hydrique de 50 à 70 %. Ce que dit ONU-Habitat de la suite est aussi net : « maintenant que le projet est terminé, la gestion des déchets solides est devenue déplorable par manque de ressources financières ». En août 2016, la Régie d’assainissement et des travaux publics de Kinshasa avait relancé une collecte porte-à-porte dans neuf communes, financée par une contribution de 5 000 francs congolais par mois et par parcelle ; aucun bilan public n’en a été tiré. En octobre 2019, le président Félix Tshisekedi lançait à Bandalungwa l’opération « Kinshasa Bopeto », volet salubrité d’un programme provincial alors évalué à plus de deux milliards de dollars. Une task force présidentielle de salubrité travaille aujourd’hui sur le même dossier. Le 28 avril 2026, la Banque mondiale a approuvé 250 millions de dollars pour transformer la gestion des déchets à Kinshasa et créer des emplois. Comment les 400 zones de décharge annoncées par l’Hôtel de Ville s’articulent avec cette opération, le communiqué ne le dit pas. Ce que coûtent les déchets à Kinshasa Le lien entre immondices, caniveaux obstrués et inondations est établi par plusieurs voies. Une étude du Programme des Nations unies pour le développement publiée en avril 2023, menée sur 703 personnes, retient que « l’eau ne peut pas s’écouler parce que les gens ont bloqué les voies d’évacuation avec des constructions anarchiques et le blocage des caniveaux », et recense 169 morts à Kinshasa lors des inondations de décembre 2022. Les communes les plus exposées, selon cette enquête, sont Kalamu, Mont-Ngafula et Limete. Les bilans récents sont lourds. En avril 2025, les inondations de Kinshasa ont fait 43 morts selon le bilan gouvernemental révisé du 9 avril. L’Organisation mondiale de la santé, dans son bilan national du 8 juillet 2025, recensait environ 1,5 million de personnes affectées dans vingt zones de santé, 105 centres de santé détruits ou endommagés, plus de 200 écoles et 16 marchés touchés, et à Kinshasa 10 649 déplacés dont plus de 5 000 hébergés sur le site de Kinkole. Une deuxième vague, les 13 et 14 juin 2025, a fait au moins 29 morts. En février 2026, deux personnes mouraient encore à Mont-Ngafula lors de pluies diluviennes. La santé publique suit la même pente. L’OMS a recensé en RDC, pour la seule année 2025, plus de 71 200 cas présumés de choléra et 2 070 décès, qualifiant l’épisode de plus grave épidémie de choléra en un quart de siècle. Sur la semaine du 16 au 22 février 2026, Kinshasa concentrait 431 cas, soit 30 % du total national, et 14 décès, soit 32 %, répartis sur dix-neuf zones de santé, avec cinq foyers, Limete, Kingabwa, Kalamu II, Binza Ozone et Kingasani, totalisant plus de 80 % des infections. L’OMS met en cause l’accès limité à l’eau potable et la vulnérabilité des quartiers précaires, sans mettre explicitement en cause les déchets solides. Les questions que le communiqué laisse ouvertes Trois points décideront du sort du projet. Le premier est l’enlèvement. Une benne est un contenant, pas un traitement : sans une rotation de camions qui la vide, un point de regroupement devient une décharge sauvage officialisée, et clôturée. Le communiqué ne dit pas combien de camions serviront les quatre cents sites, ni à quelle cadence. Le deuxième est l’aval de la chaîne : quatre cents sites de collecte n’ont de sens que si un site final fonctionne, et le seul que possède la ville est à l’arrêt faute d’un pont. Le troisième est le financement du fonctionnement, qui a manqué à chacun des programmes précédents. Le gouverneur Daniel Bumba a multiplié les chantiers visibles depuis sa prise de fonctions, de l’éclairage public de la route Nzolana à l’arrivée de cinquante camions anti-incendie , en passant par le remplacement de constructions anarchiques par un marché moderne . Sur l’insalubrité, la ville n’a jamais manqué de lancements. Elle a manqué de la ligne budgétaire qui les fait durer. 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