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RDC : au lac Munkamba, Shabani annonce une commission mixte sur les limites entre les deux Kasaï

Beto.cd · Rédaction Kinshasa · 29 septembre 2026 · Source originale

Le vice-Premier ministre, ministre de l’Intérieur, Sécurité, Décentralisation et Affaires coutumières, Jacquemain Shabani Lukoo Bihango, a tenu lundi 28 septembre une séance de travail au bord du lac Munkamba, dans le territoire de Kabeya-Kamwanga, au Kasaï-Oriental. Il y a réuni Joseph Moïse Kambulu N’Konko et Jean-Paul Mbwebwa Kapo, gouverneurs du Kasaï-Central et du Kasaï-Oriental, sur le conflit de limites administratives qui oppose leurs deux provinces. Selon la cellule de communication du ministère, il a annoncé la mise en place prochaine d’une commission mixte composée d’experts de l’Institut géographique du Congo et d’autres services techniques, chargée d’examiner les limites contestées et de proposer des solutions. Le différend porte sur la zone frontalière autour du lac, entre le territoire de Dimbelenge, au Kasaï-Central, et celui de Kabeya-Kamwanga, au Kasaï-Oriental, ainsi que sur certaines zones du territoire de Dibaya. Les deux gouverneurs ont dit leur volonté commune d’une résolution pacifique. Le ministère identifie les différends fonciers et agricoles comme cause principale des tensions, les communautés s’accusant mutuellement d’empiétement pendant les périodes de culture et de récolte. La séance s’inscrit dans une itinérance sécuritaire dans le Grand Kasaï, préparée le 24 septembre à Kinshasa avec le caucus des députés de l’espace . Le vice-Premier ministre a rejoint Kananga à une heure du matin, pour y lancer la vulgarisation des textes relatifs aux comités locaux et provinciaux de sécurité, régis par le décret n° 22/44 du 6 décembre 2022. Le lac Munkamba est nommé dans la loi de 2015 La Constitution du 18 février 2006 dispose, à son article 2, que les limites des provinces et celles de la ville de Kinshasa sont fixées par une loi organique. Ce texte existe : la loi organique n° 15/006 du 25 mars 2015 portant fixation des limites des provinces et de la ville de Kinshasa, adoptée par l’Assemblée nationale le 9 janvier 2015. Son article 11 attribue Kananga comme chef-lieu au Kasaï-Central, son article 12 Mbuji-Mayi au Kasaï-Oriental. Et l’article 12, qui décrit les limites du Kasaï-Oriental, nomme le lac : « Une droite jusqu’au point le plus méridional du Lac Munkamba ; La rive orientale du lac Munkamba jusqu’au point le plus septentrional de la rive ». Lue à la lettre, cette description fixe la limite du Kasaï-Oriental sur la rive orientale du lac, ce qui place le plan d’eau du côté du Kasaï-Central. La loi décrit les limites de façon littéraire, par cours d’eau, confluents, lignes de crête et droites joignant des points géographiques. Elle ne publie ni coordonnées exhaustives, ni plan annexé. Dans les passages consultés, elle ne prévoit aucun bornage, aucun délai pour y procéder, aucune saisine de l’Institut géographique du Congo et aucune procédure de règlement des contestations. C’est le cœur du problème que la commission annoncée devra affronter. Le bornage est réclamé depuis 2014 L’annonce du 28 septembre n’est pas une première. Le 21 janvier 2014, une mission conjointe de la Monusco et des sociétés civiles des deux Kasaï demandait déjà que les experts de l’Institut géographique soient appelés à implanter des bornes conformément aux textes légaux. Les 4 et 6 septembre 2022, une réunion préparatoire à Mbuji-Mayi recensait une vingtaine de conflits entre les deux provinces, dont neuf entre Kabeya-Kamwanga et Dibaya, et désignait nommément les secteurs du lac Mukamba, de Mpemba, de Ndomba et de Lubi ; des commissions d’experts devaient descendre sur le terrain avant une bipartite. Le 3 juillet 2025, trois communautés du territoire de Katanda signaient à Kinshasa un pacte de paix après plus de quarante ans de différends de délimitation, et leurs chefs coutumiers demandaient expressément l’expertise de l’Institut géographique pour un bornage clair. Le contentieux est ancien et il est pluriel. Dès 2009, quatorze conflits frontaliers étaient recensés entre Kabeya-Kamwanga et Kamiji d’un côté, Dimbelenge et Dibaya de l’autre, et un affrontement champêtre près de Dibaya faisait quatre morts. En janvier 2010, une septième incursion dans le groupement Bakwa Kanjinga, à 40 kilomètres à l’ouest de Mbuji-Mayi, se soldait par huit habitants déportés et des maisons pillées. Le gouvernement central connaît le dossier : il avait déjà annoncé des missions dans douze provinces pour résoudre les conflits de limites administratives . Ce que le bornage donne ailleurs Le procédé a été appliqué ailleurs, avec des résultats inégaux. En décembre 2014, un expert de l’Institut géographique participait à une rencontre entre délégués du Maniema et de la Province orientale : aucun accord, discussions suspendues. En juillet 2017, une commission de onze membres, dont deux représentants du ministère de l’Intérieur et trois experts de l’Institut, partait de Kisangani pour une semaine de relevés entre la Tshopo et l’Ituri, ses conclusions étant transmises au ministre pour décision. En août 2022, cinq bornes étaient implantées entre les territoires de Wamba, dans le Haut-Uele, et de Mambasa, en Ituri, et l’accord signé le 19 août ; une semaine plus tard, des habitants du groupement Babonde en détruisaient deux, estimant que le tracé avait élargi Mambasa à leur détriment. Ailleurs encore, les différends de terre et de pouvoir coutumier ont tourné à la tuerie, comme dans le conflit Teke-Yaka . Un institut sans moyens, un ministère qui cartographie avec des données ouvertes L’Institut géographique du Congo n’a pas les moyens du mandat qu’on lui confie. En août 2015, annonçant la carte officielle des vingt-six provinces, son directeur général précisait qu’elle ne montrerait que les limites provinciales, les villes et les territoires, sans les secteurs, chefferies et villages, et rappelait que la cartographie exige beaucoup de moyens et de financement. En avril 2023, une controverse publique portait sur la cession du bâtiment de l’institut à Lingwala, à Kinshasa, dans le cadre d’un partenariat public-privé avec une firme indienne, avec pour enjeu explicite la sauvegarde des documents cartographiques qui déterminent les frontières du pays. Le constat le plus net vient du ministère de l’Intérieur lui-même. Sa page « Provinces et territoires » précise que les tracés publiés sont « issus de données ouvertes à titre indicatif », provenant de geoBoundaries et d’OpenStreetMap, et que « seuls les textes officiels font foi ». Le ministère chargé de la décentralisation publie donc les limites provinciales du pays à partir de données collaboratives, faute de référentiel officiel cartographié accessible. Aucun mécanisme légal pour trancher entre deux provinces La loi n° 08/012 du 31 juillet 2008 portant principes fondamentaux relatifs à la libre administration des provinces, modifiée par la loi n° 13/008 du 22 janvier 2013, ne contient aucun article traitant des différends de limites entre provinces. Elle confie à la Cour constitutionnelle les conflits de compétence entre l’État et les provinces, ce qui est autre chose, et encadre les accords de coopération avec les provinces limitrophes. Il n’existe donc pas de juge ni de procédure pour arbitrer un tracé contesté entre deux provinces. D’où le recours, à chaque flambée, à une commission mixte ad hoc arbitrée par le ministre de l’Intérieur. C’est exactement le schéma annoncé au lac Munkamba. Une région qui sort d’une crise majeure Le contexte donne au dossier son poids. Le territoire de Dimbelenge, où les textes officiels situent le lac Munkamba, avait été investi par les miliciens de Kamuina Nsapu le 28 septembre 2016. Dans son rapport du 3 juillet 2018 sur la situation au Kasaï, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme retenait plusieurs milliers de morts sans pouvoir établir de chiffre exact, 1,4 million de déplacés et 35 000 réfugiés en Angola, après avoir documenté au moins 42 fosses communes. Les déplacés du Kasaï ont mis des années à retrouver un abri , et les victimes ont marché à Kananga pour réclamer justice et réparations . Un contentieux de limites laissé sans tracé opposable dans cette région ne relève pas de la formalité administrative. Sur la séance du lac Munkamba elle-même, la cellule de communication du ministère de l’Intérieur est à ce jour la seule source. Aucune agence ni aucun organe institutionnel consulté n’en a rendu compte au 29 septembre. À lire aussi Grand Kasaï : conflits coutumiers, frontières, déficit de policiers, Shabani prépare sa tournée avec les députés Des missions du gouvernement dans 12 provinces pour résoudre les conflits des limites administratives Procès Kamuina Nsapu : les victimes ont marché à Kananga pour réclamer justice et réparations The post RDC : au lac Munkamba, Shabani annonce une commission mixte sur les limites entre les deux Kasaï appeared first on BETO .

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