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Corridor de Lobito : Kinshasa prévient qu’un rail allant seulement de la mine au port « ne ferait que reproduire le passé »

Beto.cd · Rédaction Kinshasa · 25 septembre 2026 · Source originale

Le Corridor de Lobito a eu droit à deux paragraphes dans le discours prononcé le 23 septembre à New York par la Première ministre Judith Suminwa Tuluka devant le débat général de la 81ᵉ session de l’Assemblée générale des Nations unies. Le premier salue. Le second avertit. « Un corridor qui raccourcirait seulement le chemin de la mine au port ne ferait que reproduire le passé », a déclaré la cheffe du gouvernement, qui représentait Félix Tshisekedi. Les soutiens que Kinshasa cite « Le Corridor de Lobito doit devenir l’un des instruments de cette ambition », dit d’abord le discours. Suit la liste des appuis que la RDC reconnaît : l’Angola, la Zambie, les États-Unis d’Amérique, l’Union européenne, la Banque africaine de développement, les institutions financières et le secteur privé. Quatre chantiers sont énumérés : la réhabilitation des liaisons ferroviaires, la modernisation des infrastructures, la facilitation des échanges et les investissements énergétiques. Leurs effets attendus sont eux aussi nommés : désenclaver les territoires, réduire les coûts logistiques, stimuler le commerce régional. Sur le financement, le discours ne chiffre rien. Du côté américain, l’ambassade des États-Unis à Kinshasa présente le tronçon congolais comme soutenu par un milliard de dollars, alors que le document de la Société financière de développement parle d’une lettre d’intérêt et non d’un prêt . L’avertissement Le paragraphe suivant retourne l’éloge. « Mais notre vision va bien au-delà de l’exportation accélérée des matières premières », enchaîne le discours, avant la phrase sur le chemin de la mine au port. La conclusion est posée en termes d’objectif : « Le Corridor de Lobito doit devenir une véritable colonne vertébrale de l’industrialisation régionale », avec des investisseurs et des partenariats que la Première ministre veut « transparents, durables et mutuellement avantageux ». L’avertissement s’inscrit dans un développement plus large sur les minerais critiques. « La République démocratique du Congo refuse donc le modèle ancien qui cantonne les pays producteurs à l’extraction brute, tandis que la transformation, la recherche, la technologie et l’essentiel des profits se concentrent ailleurs », dit le texte, qui formule ensuite l’ambition en trois mots : « Nous ne voulons plus être seulement le sous-sol de l’économie mondiale ; nous entendons en devenir un atelier, un laboratoire et un partenaire souverain. » Un cadre mondial proposé à l’ONU Le discours porte une proposition institutionnelle. La RDC demande l’élaboration, sous l’égide des Nations unies, en partenariat avec l’Union africaine et en concertation avec les pays producteurs, transformateurs et consommateurs, d’un « Cadre mondial pour des chaînes de valeur des minerais critiques justes, traçables et résilientes ». Fondé sur la souveraineté des États producteurs, il devrait garantir la traçabilité des minerais, la responsabilité des acteurs économiques, la protection des travailleurs et des communautés, et un partage plus équitable de la valeur par la transformation locale et le transfert de technologies. Deux formules résument la position congolaise sur le sujet. « On ne bâtira pas une économie décarbonée avec des minerais ensanglantés. » Et, sur le travail des enfants dans les mines, dont le discours fixe l’objectif à « zéro enfant dans les mines » : « Le premier test d’une chaîne responsable n’est pas le véhicule électrique à l’arrivée ; c’est l’enfant qui ne descend plus dans la mine au départ. » Ce que la transformation locale suppose Le discours énumère les engagements que la RDC prend chez elle : transparence des contrats, des revenus extractifs et des bénéficiaires effectifs, renforcement du cadastre minier, mécanismes de traçabilité, lutte contre la fraude, formalisation de l’exploitation artisanale, encadrement des négociants, organisation des coopératives et sécurisation des zones d’exploitation. Ces chantiers ont des échéances déjà publiques. La validation de la RDC par l’Initiative pour la transparence des industries extractives est attendue le 1ᵉʳ octobre . Côté investissements, Kinshasa a mis en place un guichet unique pour les investissements miniers dans le cadre du partenariat avec les États-Unis . Et Kinshasa accueille du 22 au 25 novembre la première édition de Makutano Mining, forum panafricain consacré à l’industrialisation des pays producteurs . Le discours ne dit pas quelle part du trafic du corridor devrait être constituée de produits transformés, ni à quelle échéance, ni quels sites de transformation congolais seraient raccordés au rail. Ce sont ces trois éléments qui permettront de vérifier si le corridor devient la colonne vertébrale annoncée ou le raccourci que le texte dit refuser. 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