Ituri: des tirs devant une école à Drodro, quatre mois après le cessez-le-feu de la CRP

Des coups de feu ont été tirés mardi 22 septembre au matin à Drodro et à Largu, dans le territoire de Djugu, en Ituri, perturbant les cours dans plusieurs établissements. Selon des sources sécuritaires locales citées par Radio Okapi, plusieurs dizaines d’éléments armés de la Convention pour la révolution populaire s’étaient d’abord regroupés sur le terrain de football de l’Institut Tibanga, une école conventionnée catholique de Drodro, avant que les détonations ne soient entendues. Ces tirs interviennent le lendemain du lancement d’une opération des forces armées contre ce même groupe, et quatre mois après le cessez-le-feu qu’il avait lui-même décrété. Les mêmes sources indiquent que ces tirs visaient à dissuader des élèves déplacés de poursuivre leur scolarité, et à les pousser à regagner les sites de Djangi et de Rhoo. Des défenseurs locaux des droits de l’homme se disent préoccupés par la présence d’hommes armés aux environs de Drodro, de Maze et de Largu, dans une zone qui connaissait une relative accalmie depuis plusieurs mois. Aucune victime n’est signalée à ce stade. Aucun décompte d’établissements ni d’élèves concernés n’a été publié, et aucune des personnes citées n’est nommée : les attributions sont collectives, sources sécuritaires locales, observateurs, société civile. C’est l’état de la matière disponible ce mercredi matin. La veille, vingt-cinq personnes enlevées sur un site minier Ces tirs ne surviennent pas dans un calme. Dans la nuit de dimanche à lundi, le site minier de Nyampala, au nord-est de Bunia, a été attaqué et vingt-cinq personnes enlevées : six ressortissants chinois, des civils congolais et quatre militaires des forces armées. Le lundi 21 septembre, l’armée a lancé une opération contre les positions présumées de la Convention pour la révolution populaire à Nyampala, Liko et Luna, avec des tirs d’armes lourdes. Aucun bilan n’a été communiqué. La mission des Nations unies a renforcé ses patrouilles dans la zone. Les tirs de Drodro et de Largu sont survenus le lendemain. Un cessez-le-feu décrété le 14 mai, rompu depuis C’est le point que la chronologie rend visible. Le 14 mai 2026, la Convention pour la révolution populaire décrétait un cessez-le-feu unilatéral effectif à partir de minuit et annonçait son adhésion au processus de paix gouvernemental, rejoignant la CODECO, le FPIC, la FRPI et Chini ya Tuna parmi les signataires des actes d’Aru. Huit jours plus tard, le 22 mai, une vingtaine de ses combattants attaquaient une position de l’armée à Liri, près de Sumbuso. Sept à huit d’entre eux y ont été tués. Le 29 juillet, le groupe investissait sans combat le centre de Lenga, chef-lieu de la chefferie des Bahema Badjere, une vidéo montrant plus d’une cinquantaine d’hommes armés devant le bureau de la chefferie. Le 4 août, trois de ses combattants étaient tués à Djugu. Le 9 août, deux militaires étaient tués dans une attaque qui lui était attribuée. Les 11 et 12 août, des affrontements dans le groupement de Gina donnaient lieu à des bilans contradictoires, au moins onze morts selon des sources locales, aucune perte selon le commandement militaire. Quatre mois après l’annonce, le cessez-le-feu n’a donc jamais tenu plus de huit jours d’affilée. Qui dirige ce groupe La Convention pour la révolution populaire est dirigée par Thomas Lubanga Dyilo, premier homme jamais condamné par la Cour pénale internationale. Arrêté en 2005, condamné en 2012 à quatorze ans de prison pour l’enrôlement d’enfants soldats en Ituri, libéré en 2020 après avoir purgé sa peine, il est retourné au maquis en mars 2025 à la tête de cette nouvelle formation. Le fait que des tirs aient été signalés devant un établissement scolaire, dans un territoire où cet homme a été condamné pour avoir enrôlé des enfants, ne relève pas de la coïncidence symbolique : c’est le même territoire, les mêmes chefferies, et une partie des mêmes populations déplacées. Une école de plus dans un décompte déjà lourd Drodro et Rhoo abritent des sites de déplacés de la chefferie des Bahema Nord. L’Ituri reste sous état de siège, prorogé de quinze jours en quinze jours , et les opérations contre ce groupe s’y succèdent depuis deux ans, de Mambasa à Djugu . À l’échelle nationale, 1 131 écoles étaient fermées et 491 578 enfants hors du système scolaire à la rentrée . Chaque matinée de cours perdue à Drodro s’ajoute à ce total sans que personne ne la compte. The post Ituri: des tirs devant une école à Drodro, quatre mois après le cessez-le-feu de la CRP appeared first on BETO .