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À Luofu, 860 élèves en première ligne d’une épidémie sans vaccin

Beto.cd · Rédaction Kinshasa · 22 septembre 2026 · Source originale

À l’école primaire Bungenye, à Luofu, dans le territoire de Lubero, la parade du matin ne sert plus seulement à compter les présents. Depuis la rentrée de septembre, les 860 élèves et leurs enseignants y passent en revue quatre gestes : se laver les mains au savon, ne pas toucher une personne malade, reconnaître les signes d’alerte, prévenir sans attendre quand quelque chose d’inhabituel arrive dans une maison du quartier. Un cas de maladie à virus Ebola due à la souche Bundibugyo a été confirmé dans la zone de santé voisine de Kayna, au Nord-Kivu. Le bureau régional de l’Organisation mondiale de la santé pour l’Afrique a raconté cette mobilisation scolaire dans un reportage publié le 22 septembre. Sœur Claudine Kasoki, 43 ans, dirige l’établissement. C’est elle qui a transformé le rassemblement quotidien en moment de prévention, avec des messages tenus courts pour être répétés par des enfants. « Tout commence dans la communauté avec une seule personne malade », explique-t-elle devant ses élèves, citée par l’OMS. « Une détection rapide peut empêcher qu’un cas suspect apparu dans le voisinage n’atteigne nos écoles et ne se transforme en une chaîne de transmission plus difficile à maîtriser. » Avec une dizaine d’autres responsables d’établissements de Luofu, elle a intensifié les échanges depuis la confirmation du cas. Une fièvre inhabituelle, un décès soudain, une maladie inexpliquée dans une famille : ce sont les trois signaux que les écoles ont appris à faire remonter. À Kirumba, l’administration scolaire sert de relais À moins de dix kilomètres de Kayna, Richard Paluku, directeur sous-provincial de la Division éducative, a été formé à l’identification et au signalement des événements sanitaires inhabituels. Il fait le lien entre les écoles, les familles et les services de santé. « Nous sommes les yeux de toute la communauté scolaire », dit-il. « Avec les responsables scolaires et les parents, nous avons planifié les activités d’hygiène dans toutes les écoles locales. Nous les visitons régulièrement pour nous assurer que les messages de prévention sont transmis et bien compris. » Une souche contre laquelle il n’existe ni vaccin homologué ni traitement Ce dispositif scolaire n’est pas un supplément de précaution. Il est, en l’état, l’outil principal. L’épidémie déclarée le 15 mai 2026 est due au virus Bundibugyo. La page de l’OMS consacrée à cette épidémie le formule en une phrase, dans un texte publié en anglais : « No licensed vaccine or specific treatment exists for Bundibugyo virus disease. » L’Ervebo, utilisé depuis 2019 dans les précédentes épidémies congolaises, est homologué contre la souche Zaïre, et son autorisation ne couvre pas celle qui circule aujourd’hui. BETO a détaillé cet écart le 18 septembre . Quand il n’y a ni vaccin ni molécule dont l’efficacité soit établie, la chaîne de transmission se coupe par l’isolement, et l’isolement dépend de la vitesse à laquelle l’alerte part. C’est-à-dire d’une directrice d’école, d’un chef de quartier ou d’un parent. Ce que Kayna a autour d’elle Le cas confirmé à Kayna s’inscrit dans une province qui porte aujourd’hui la dynamique de l’épidémie. Selon le rapport de situation numéro 128 du Centre d’opérations d’urgence de santé publique, arrêté au 19 septembre, le Nord-Kivu compte 1 402 cas confirmés et 850 décès, soit une létalité de 60,6 %, la plus élevée des provinces à volume significatif, et seize zones de santé touchées sur trente-quatre. Au niveau national, le cumul est de 7 672 cas confirmés et 3 699 décès, pour une létalité de 48,2 %. La prise en charge, elle, est saturée. À la même date, 376 patients étaient hospitalisés dans la province, dont 218 seulement dans des structures normées, pour une capacité de 228 lits. Aucun lit n’était disponible à Butembo ni à Katwa, et 42 % des malades étaient pris en charge hors des structures prévues pour cela. Le détail de cette saturation est ici . Autrement dit, chaque alerte donnée tôt à Luofu ou à Kirumba se traduit, en aval, par un lit qui n’aura pas à être trouvé dans un réseau qui n’en a plus. À l’hôpital de Kayna, la mémoire de 2018-2020 Le docteur Kambale Siwako dirige l’hôpital général de référence de Kayna. Il était intervenant de première ligne pendant l’épidémie de 2018-2020, celle qui avait frappé la même région. Des dispositifs de lavage des mains ont été installés à l’entrée, le personnel a été formé à reconnaître les signes d’alerte, les circuits de notification ont été testés et des équipements de protection sont disponibles. « Les précédentes crises sanitaires nous ont appris qu’une épidémie peut survenir à tout moment », explique-t-il. « Aujourd’hui, nous avons davantage de connaissances et de moyens pour réagir rapidement. L’OMS nous a appuyés dans la réhabilitation du centre de traitement pour la prise en charge des patients atteints par le virus Bundibugyo. » Les rumeurs, l’autre front La confirmation du cas a fait circuler des inquiétudes et des rumeurs dans les communautés, dans une région déjà marquée par les conflits armés, les déplacements de population et une succession d’urgences sanitaires. Les équipes ont renforcé la communication sur les risques et l’engagement communautaire, avec l’appui d’une mission multidisciplinaire soutenue par l’OMS et par la Commission européenne, au titre de la protection civile et des opérations d’aide humanitaire. « Nous devons renforcer les gestes de prévention, notamment le lavage correct des mains au savon et éviter tout contact avec une personne suspectée d’être atteinte de la maladie », explique le docteur Pablo Kanyamihigo, responsable de la communication sur les risques et de l’engagement communautaire à la Division provinciale de la santé du Nord-Kivu. L’épidémie a été déclarée le 15 mai. Le directeur général de l’Institut national de recherche biomédicale situe son début probable en janvier ou février, soit trois à quatre mois pendant lesquels le virus a circulé sans être vu. Ce retard est la faiblesse que la riposte cherche à ne pas répéter. C’est à cette aune qu’il faudra lire les prochains bulletins : non pas au nombre de séances de sensibilisation tenues dans les cours d’école de Luofu, mais au délai entre la première alerte communautaire et le prélèvement, et au nombre de zones de santé du Nord-Kivu qui passent de seize à dix-sept. The post À Luofu, 860 élèves en première ligne d’une épidémie sans vaccin appeared first on BETO .

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