Santé mentale, un centre pour s'occuper des plus vulnérables

"À l'écoute de l'expérience vécue : des voix authentiques pour un réel changement", c'est le thème, cette année, de la Journée mondiale de la santé mentale . Une journée célébrée chaque 10 octobre.
Ce thème met en avant l'importance de faire entendre la voix des personnes vivant avec des problèmes de santé mentale, pour guider les décisions et améliorer leur accompagnement.
En Côte d'Ivoire , les personnes souffrant de ce genre de pathologie sont souvent confrontées au manque de structures, mais aussi aux préjugés et à l'isolement. À Bouaké, l'Arche est l'unique centre d'accueil du pays pour les personnes souffrant de déficience intellectuelle de manière permanente.
"Si demain je ne vis pas, je sais que c'est eux qui vont garder mon enfant, jusqu'à la fin de sa vie. Donc c'est à cause de ça que je l'ai envoyé ici."
Ahou Albertine Kouadio a placé son fils Alexandre à l'Arche, un centre situé à Bouaké et qui accueille à vie des personnes atteintes de déficience intellectuelle. Un lieu sûr, à l'abri du rejet et des violences qui frappent ceux que l'on traite parfois de "sorciers" en Côte d'Ivoire.
Les personnes qui y sont accueillies sont âgées de 8 à 60 ans et souffrent de différents handicaps intellectuels.
"Le handicap intellectuel est peu connu, ce qui fait qu'il y a beaucoup de préjugés" explique Célestin N'Goran, directeur de l'Arche, qui revient sur la stigmatisation dont sont victimes les enfants porteurs d'un handicap .
Selon lui "ces personnes sont appelées les enfants serpents, les enfants génies, les enfants sorciers, avec toute sortes de théories et de préjugés. Et il y a un langage employé qu'ils appellent "accompagner", c'est-à-dire voilà, aller jeter les enfants quelque part, ou les déposer auprès d'une rivière, les abandonner jusqu'à ce qu'ils puissent décéder."
Les personnes accueillies à l'Arche participent à diverses activités : apprentissage de l'alphabet, coloriage, ou maraîchage. Le centre effectue également un suivi régulier dans les familles, explique Marine Tardy Kouamé, assistante sociale.
" Nous essayons de voir si les parents qui viennent nous confier leurs enfants, si ces enfants à la maison, ils arrivent à suivre ce que nous leur apprenons ici" précise-t-elle.
Marine Tardy Kouamé insiste asussi sur le fait qu'il s'agit " de permettre à ces parents-là d'accepter leurs enfants tels qu'ils sont. Il y a aussi des parents qui sont à la maison avec leurs enfants, c'est de faire des activités pour permettre à ces parents-là de ne pas avoir honte de leurs enfants dans leurs quartiers, de permettre à ce que le voisinage puisse aussi accepter ces enfants-là."
Depuis qu'Alexandre est à l'Arche de Bouaké, Ahou Albertine Kouadio est moins inquiète pour son fils. "Je suis heureuse quand il est ici" assure-t-elle.
A ce jour, 31 personnes vivent sur place et près de 100 viennent régulièrement participer à des activités. Plus de 80 millions de personnes vivent avec un handicap en Afrique, selon l'Onu, qui déplore un cruel manque d'action pour leur intégration.