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Le panel de l’UA à Kinshasa, après avoir consulté à Goma une administration que l’Union africaine dit nulle

Beto.cd · Rédaction Kinshasa · 9 octobre 2026 · Source originale

Les anciens chefs d’État Uhuru Kenyatta, Mokgweetsi Masisi et Sahle-Work Zewde sont arrivés le jeudi 8 octobre 2026 à Kinshasa, où ils ont rejoint l’ancienne présidente centrafricaine Catherine Samba-Panza, arrivée la veille au soir. Selon la cellule de communication de la Présidence, le panel de facilitateurs doit être reçu par le président Félix Tshisekedi, qui entend lui exposer les avancées du processus de paix et les « actes de bonne foi » posés par le gouvernement. Kinshasa est la troisième étape de cette séquence. La première était Goma, le 5 octobre . La seconde, Kigali, le 7. Ce que le communiqué de l’Union africaine dit de Goma Le document est public. Publié le 7 octobre par le département Affaires politiques, paix et sécurité de l’Union africaine, il rend compte de consultations tenues le 5 octobre à Goma. La délégation y était conduite par Sahle-Work Zewde, ancienne présidente de l’Éthiopie et vice-présidente du panel, accompagnée d’Uhuru Kenyatta et de Mokgweetsi Masisi. Ni Olusegun Obasanjo, président du panel, ni Catherine Samba-Panza n’en faisaient partie. Le communiqué nomme cinq interlocuteurs consultés : la MONUSCO, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires, le Comité international de la Croix-Rouge, le mécanisme de vérification conjointe élargi, et l’AFC et le M23. L’énumération est plate : le mouvement y figure comme un interlocuteur parmi cinq, sans qualification de son statut et sans qu’il soit fait mention d’une quelconque administration à Goma. Sur le fond, le panel appelle à un engagement de bonne foi dans le processus de Doha, à l’observation stricte des engagements de cessez-le-feu et au plein soutien des mécanismes de vérification. Il demande la protection des civils, en particulier des femmes et des filles, la prévention des violences sexuelles et la redevabilité des auteurs, ainsi qu’un accès humanitaire sûr et sans entrave et la protection des écoles. Deux clauses du texte ressemblent à des précautions. Le panel réaffirme « la souveraineté, l’unité et l’intégrité territoriale » de la République démocratique du Congo. Et il indique que ses conclusions seront transmises au médiateur de l’Union africaine et au gouvernement de la RDC, et non aux parties à égalité. Ce que l’Union africaine avait écrit dix mois plus tôt Le 29 décembre 2025, à Addis-Abeba, le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, réuni au niveau ministériel, a adopté un communiqué dont le paragraphe 11 déclare les structures administratives parallèles établies dans les zones tenues par des groupes armés nulles et dépourvues de tout effet juridique. Le même texte exige, à son paragraphe 9, le retrait immédiat et complet de l’AFC et du M23 d’Uvira et de toutes les zones occupées de l’est. C’est aussi ce communiqué qui fonde le mandat du panel. Son paragraphe 13 demande aux facilitateurs de proposer des mesures urgentes de désescalade. Le Conseil de sécurité des Nations unies dit la même chose. La résolution 2808, adoptée le 19 décembre 2025 sous le chapitre VII, invite les signataires de l’accord-cadre de Doha à achever d’urgence les protocoles restants et à démanteler les administrations parallèles illégitimes. Elle exige par ailleurs que la Force de défense rwandaise cesse immédiatement d’apporter son soutien au M23 et se retire du territoire congolais. Le panel a donc consulté, dans une ville occupée, un acteur dont l’organisation qui le mandate avait déclaré l’administration nulle en droit dix mois plus tôt. Ce que les experts de l’ONU disent de ce que cet acteur recherche Le rapport du Groupe d’experts des Nations unies transmis au Conseil de sécurité le 30 juin 2026 décrit l’AFC et le M23 comme une structure politico-militaire dotée d’une administration parallèle et porteuse d’un projet politique de long terme. Les experts écrivent que le mouvement cherche une reconnaissance officielle à travers les processus de négociation régionaux. Le même rapport chiffre : environ 30 000 combattants, et 14 000 à 18 000 soldats rwandais déployés au Nord-Kivu et au Sud-Kivu à la fin de 2025, sans retrait notable depuis. Il détaille l’administration mise en place : centralisation des recettes publiques, reprise en main locale de la SNEL et de la REGIDESO, remplacement de la SONAS par une structure privée, réorganisation du territoire en trois zones de défense. C’est ce qui donne son poids à la question posée par la visite du 5 octobre. Une consultation menée sur le terrain occupé est-elle un instrument de désescalade, comme le mandat le prévoit, ou un pas vers la reconnaissance que le mouvement recherche ? Les deux clauses de précaution du communiqué indiquent que l’Union africaine se l’est posée. Un précédent congolais, en février 2025 La question n’est pas neuve en RDC. Le 12 février 2025, une délégation de la Conférence épiscopale nationale du Congo et de l’Église du Christ au Congo avait été reçue à Goma par les responsables de l’AFC et du M23, dont Corneille Nangaa, dans le cadre du Pacte social pour la paix et le vivre ensemble. La polémique avait été immédiate et publique. La presse congolaise avait posé la question de la légitimation en ces termes, et l’UDPS comme l’Union sacrée de la nation s’y étaient opposées. Monseigneur Donatien Nshole avait répondu que « la solution à cette crise n’est pas militaire ». La délégation s’était ensuite rendue à Kigali. La séquence du panel est la même, dans le même ordre. Selon la présidence rwandaise, relayée par la presse d’État rwandaise, Paul Kagame a reçu le 7 octobre au Village Urugwiro Sahle-Work Zewde, Uhuru Kenyatta, Mokgweetsi Masisi et Yackoley Kokou Johnson, représentant du médiateur de l’Union africaine. Les discussions auraient porté sur le processus conduit par l’Union africaine et sur les causes profondes du conflit. Ce que Kinshasa met sur la table Les actes de bonne foi que la Présidence annonce vouloir exposer sont, pour plusieurs d’entre eux, documentés. Le 7 août 2026, quinze détenus ont été remis à l’AFC et au M23 en territoire de Rutshuru, le Comité international de la Croix-Rouge agissant comme intermédiaire neutre. C’était la première application de l’engagement pris le 17 avril à Montreux, sur un mécanisme qui porte, selon des sources proches du processus de Doha, sur 311 personnes réclamées par l’AFC et le M23 et 166 détenus liés au gouvernement congolais. En juillet, le gouvernement a annoncé un mécanisme de désarmement, de démobilisation et de cantonnement volontaires des FDLR, dont le plan a été présenté à Genève les 12 et 13 août devant le mécanisme conjoint de coordination de la sécurité. Depuis septembre, 122 anciens combattants des FDLR et leurs dépendants ont été rapatriés au Rwanda avec l’appui de la MONUSCO. Sur la vérification, Kinshasa a envoyé trois officiers des FARDC siéger au mécanisme à Goma , et le mécanisme élargi a déployé ses deux premières missions, à Minembwe au Sud-Kivu en août et à Masisi au Nord-Kivu en septembre. L’état d’avancement, lui, a été donné au Conseil de sécurité le 29 septembre par le chef de la MONUSCO : deux protocoles sur huit . Le même jour, le représentant de la RDC aux Nations unies dénonçait une gestion administrative, territoriale et démographique qu’il a qualifiée de criminelle dans les zones occupées, et évoquait des transplantations de populations rwandaises . Kinshasa a aussi porté devant le Conseil la frappe de drone du 28 septembre à Pinga, attribuée à la Force de défense rwandaise, qui a fait cinq morts et huit blessés graves. Pendant la visite, les combats Le 5 octobre, jour des consultations de Goma, les affrontements s’intensifiaient dans le sud du territoire de Masisi dès cinq heures du matin, dans le groupement d’Ufamandu Ier. Des reprises de localités étaient revendiquées par les Wazalendo à Nyakigano, Nkokwe et Kashovu, et dans le groupement de Nyamaboko Ier. Radio Okapi précisait ne pas pouvoir établir de façon indépendante qui contrôlait ces localités. Des habitants quittaient Ngungu, Rubaya et Katoyi. Le tableau humanitaire présenté au Conseil de sécurité le 29 septembre donne la mesure de ce que les facilitateurs sont venus regarder : 6,1 millions de déplacés internes, 26,5 millions de personnes en insécurité alimentaire aiguë, 1 537 violations des droits humains documentées depuis juin dont 88 % à l’est, et 382 victimes de violences sexuelles liées au conflit, dont 257 femmes et 122 filles. 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