Recensement, identification, fichier électoral : trois opérations que l’on confond

Deux ministres ont réuni les responsables de médias à Kinshasa, le mercredi 30 septembre 2026, pour une raison précise : trois opérations différentes sont en cours en République démocratique du Congo, et le public les confond. Guylain Nyembo, ministre d’État au Plan, et Patrick Muyaya, ministre de la Communication et Médias, ont appelé la presse au professionnalisme et à la rigueur sur le deuxième Recensement général de la population et de l’habitat. Le coordonnateur du Bureau central du recensement a pris part à un échange de questions et réponses portant notamment sur la différence entre le recensement statistique, l’identification administrative et le fichier électoral, et sur celle entre la cartographie censitaire et le dénombrement. Le recensement statistique compte, il n’identifie pas Le recensement général de la population et de l’habitat produit des données agrégées : combien d’habitants, où, dans quels logements, avec quel accès aux services. Il ne délivre aucun titre à personne. Son produit est un chiffre, pas une carte. Il se déroule en deux temps qu’il ne faut pas confondre non plus. La cartographie censitaire, qui a démarré le 28 septembre à Kinshasa, consiste à géolocaliser les bâtiments, les ménages, les infrastructures et les voies d’accès, et à découper le terrain en zones de dénombrement. Le dénombrement, c’est-à-dire le comptage des personnes, est fixé à juillet 2027. L’opération est chiffrée à 192 millions de dollars . L’identification administrative délivre un titre L’identification de la population relève d’une autre logique : elle attache une identité à une personne et lui remet un document. C’est le domaine de l’Office national d’identification de la population, de la carte d’identité et de l’identifiant unique. Elle s’étend à la diaspora. Le lancement de la « Carte Okapi » a eu lieu le 28 septembre à Paris , avant Bruxelles. Un Congolais qui obtient cette carte n’a pas pour autant été recensé, et un ménage recensé en juillet 2027 n’en recevra aucun document. Le fichier électoral décide qui vote Le fichier électoral est la troisième opération, et la seule qui ouvre un droit. Il relève de la Commission électorale nationale indépendante, et il obéit à un calendrier qui lui est propre. Le scrutin présidentiel doit être convoqué quatre-vingt-dix jours avant l’expiration du mandat en cours , investi le 20 janvier 2024. S’inscrire sur les listes électorales n’est pas se faire recenser. Être recensé ne donne pas le droit de voter. Les trois fichiers ne communiquent pas automatiquement entre eux. Pourquoi la confusion coûte cher Un ménage qui croit qu’un agent cartographe vient l’inscrire sur une liste électorale peut refuser de lui ouvrir. Un électeur qui croit que le recensement le dispense de s’enrôler perdra son droit de vote. Et une opération statistique prise pour une opération politique devient contestable là où elle devait être neutre. Le dernier et unique recensement général du pays remonte à 1984. Quarante-deux ans de projections ont rendu incertain le dénominateur de presque toutes les politiques publiques, du taux de scolarisation à la couverture vaccinale. À lire aussi 192 millions USD pour recenser la population, le dénombrement fixé à juillet 2027 Identification de la diaspora : la « Carte Okapi » se prépare à Paris et Bruxelles Élections de 2028 : le calendrier, le fichier de 2023 et les 313 milliards inscrits au budget The post Recensement, identification, fichier électoral : trois opérations que l’on confond appeared first on BETO .