RDC : la CORAP veut placer les communautés au cœur de la transition énergétique

La Coalition des organisations de la société civile pour le suivi des réformes et de l’action publique (CORAP), en partenariat avec Rainforest Foundation UK (RFUK) et la campagne Notre Terre Sans Pétrole, a ouvert, mardi 22 septembre à Kinshasa, une table ronde consacrée à la transition juste en République démocratique du Congo. Les échanges s’appuient notamment sur un Livre blanc proposant une vision fondée sur les réalités territoriales, les droits des communautés et une meilleure gouvernance des ressources naturelles. Alors que la RDC est régulièrement présentée comme un « pays-solution » face aux défis climatiques et énergétiques mondiaux, les organisations de la société civile veulent désormais poser une question centrale : qui bénéficie réellement de cette position stratégique et des ressources mobilisées au nom de la transition énergétique ? C’est dans cette perspective que la CORAP, Rainforest Foundation UK et la campagne Notre Terre Sans Pétrole ont lancé à Kinshasa un débat national autour de la transition juste. Pendant deux jours, les participants examinent notamment les propositions contenues dans un Livre blanc élaboré par les organisations initiatrices, avec l’ambition de contribuer à l’émergence d’une vision congolaise de la transition. Le « pays-solution » face à ses propres défis La RDC dispose d’importantes ressources naturelles qui lui confèrent une place particulière dans les discussions internationales sur le climat et la transition énergétique. Ses forêts, ses ressources en eau ainsi que ses minerais stratégiques sont régulièrement présentés comme des atouts majeurs dans la lutte contre le changement climatique. Mais derrière cette reconnaissance internationale, les organisations de la société civile mettent en avant une réalité plus contrastée dans plusieurs territoires du pays, marquée notamment par la déforestation, la pollution, l’insécurité alimentaire et énergétique, ainsi que les conséquences sociales et environnementales des activités extractives. « Nous parlons de la transition juste parce que la RDC se vend partout dans le monde comme un pays-solution. La grande question que nous nous posons est de savoir si cette solution est pour qui et pourquoi ? », s’est interrogé Emmanuel Musuyu, secrétaire exécutif de la CORAP. Selon lui, l’exploitation des ressources naturelles ne permet pas encore de répondre suffisamment aux attentes des communautés locales, notamment en matière de partage des bénéfices, de participation aux décisions et de reconnaissance de leurs savoirs. Pour les initiateurs de la table ronde, l’enjeu consiste ainsi à fédérer les différentes initiatives existantes afin de parvenir à une stratégie nationale susceptible de donner davantage de cohérence aux politiques et actions liées à la transition. Les communautés au cœur de la transition Le Livre blanc défend une approche de la transition juste qui place les communautés locales au centre du processus. Il met notamment l’accent sur leur participation à la prise de décision, la reconnaissance de leurs connaissances et de leurs droits, ainsi que la protection de leurs moyens de subsistance. Cette vision englobe également les enjeux de justice sociale et environnementale, de gouvernance des ressources naturelles et de souveraineté territoriale. Présent à la table ronde, Joseph Malassi, directeur de cabinet adjoint de la ministre déléguée chargée de la Nouvelle économie du climat, a insisté sur la nécessité de faire en sorte que les Congolais bénéficient directement des ressources mobilisées dans le cadre de la transition climatique et énergétique. « Être pays-solution ne doit pas signifier que la RDC apporte des solutions au monde pendant que ses propres populations restent privées des bénéfices associés à ces ressources », a-t-il déclaré, citant notamment l’accès à une énergie propre, la création d’emplois décents et le développement des infrastructures. Pour le représentant du Gouvernement, la transition juste ne devrait donc pas se limiter à accompagner une décarbonation pensée ailleurs. Elle devrait également constituer une opportunité de transformation économique et territoriale de la RDC, tout en garantissant la protection des droits des communautés. Six études de cas pour documenter les réalités Pour alimenter la réflexion, le Livre blanc s’appuie sur six études de cas couvrant plusieurs secteurs et territoires du pays. Il s’agit notamment de l’exploitation pétrolière à Muanda, des barrages et de l’accès à l’électricité à Inga, des minerais stratégiques dans le Katanga, des projets carbone et des forêts en Équateur, des énergies renouvelables dans le Virunga, ainsi que de la conservation et des moyens de subsistance dans le parc de l’Upemba. À travers ces différents cas, les auteurs cherchent à mettre en évidence les écarts entre les ambitions affichées autour de la transition climatique et énergétique et les réalités vécues par les populations directement concernées. Vers une feuille de route nationale Au terme de cette analyse, quatre principaux axes sont proposés : repenser l’écologie politique congolaise à partir des réalités du terrain, fédérer les initiatives existantes, documenter les revendications des communautés et renforcer le plaidoyer en faveur de réformes concrètes. Ces propositions concernent notamment les réponses à apporter à la pollution, à la destruction des territoires, aux conséquences sanitaires des activités extractives ainsi qu’aux déplacements forcés des populations. La table ronde de Kinshasa se présente ainsi comme une étape vers la définition de priorités communes. Les échanges devraient contribuer à l’élaboration d’une feuille de route destinée à alimenter le processus de mise en place d’une stratégie nationale de transition juste, inclusive, participative et adaptée aux réalités de la RDC. Christian T. ÉZÉCHIEL The post RDC : la CORAP veut placer les communautés au cœur de la transition énergétique appeared first on BETO .