La précarisation du métier d'enseignant au Niger

Au Niger , on assiste, depuis plusieurs années, à un recul de la présence masculine dans le secteur de l'enseignement. Alors que les hommes y ont longtemps été fortement représentés, le métier d'instituteur ou de professeur est en train de se féminiser, en raison notamment de la faiblesse des salaires qui attire moins les hommes.
Nous sommes à l'heure des cours dans cet établissement primaire de Niamey. La voix de l'institutrice, Khadija, se mêle à celle de ses élèves. Comme elle, de plus en plus de femmes choisissent aujourd'hui le métier d'enseignante.
Sur 1 783 candidats inscrits au concours d'entrée des Ecoles normales d'instituteurs en 2026, seuls 100 sont des hommes.
Gado Kadidja est institutrice à Niamey. Pour elle, les femmes choisissent l'enseignement "d'abord par vocation". Mais elle ajoute : "il faut reconnaître que dans beaucoup de cas, nous n'avons pas le choix, car la femme doit s'occuper des travaux domestiques dans son foyer. Elle n'a pas assez de temps pour faire de longues études dans des universités et d'autres grandes écoles. Ce sont toutes ces raisons qui font que la femme fait le choix simple d'embrasser le métier d'enseignant."
Les hommes, de leur côté, délaissent de plus en plus ce métier pour des raisons avant tout économiques, selon Mohamed Yatan, instituteur à Niamey.
"L'enseignement est un métier noble, mais qui ne nourrit pas son homme, déclare Mohamed Yatan. Aujourd'hui, la rémunération des enseignants, particulièrement celle des contractuels, est extrêmement faible. Ce qui fait que pour les hommes qui assurent la responsabilité économique du foyer, dès qu'une opportunité se présente, ils partent vers des secteurs à revenus plus élevés. Il y a aussi que, dans les zones d'insécurité, ce sont les hommes enseignants qui sont les plus ciblés."
Face à une telle disproportion, Laoual Amadou Rouphai, planificateur en sciences de l'éducation, insiste sur la nécessité de retrouver un équilibre entre les hommes et les femmes dans le domaine de l'enseignement :
"Dans nos sociétés africaines, l'éducation des enfants, c'est l'homme et la femme , rappelle-t-il . Mais en milieu urbain, dans une école, on trouve 40 femmes pour un seul homme. Je pense que si on veut bien former nos enfants, dorénavant, dans le concours de recrutement, il faut qu'on prenne 100 hommes et 100 femmes. L'État doit aussi rehausser les salaires de l'enseignement. Parce qu'aujourd'hui, au niveau du primaire, le salaire est de 74 000 francs CFA. Est-ce qu'on peut prendre en charge une famille avec cela ?"
Au plan national, les femmes représentent aujourd'hui plus de 51 % des enseignants au Niger. Les trois quarts d'entre elles travaillent dans les centres urbains, au détriment des zones rurales. Enfin, un autre signe de la précarisation de cette profession est que les femmes représentent entre 70 % et 80 % des enseignants contractuels.