Le Mali cherche à se réconcilier

Au Mali , la semaine nationale de la réconciliation prend fin ce lundi. Elle avait débuté le 16 septembre dernier.
Cet événement, dont la première édition a eu lieu en 2022, à l'initiative du ministère malien de la Réconciliation, vise à renforcer le vivre-ensemble et le tissu social dégradé depuis la crise de 2012 entre les peuls et les dogons. Il est placé cette année sous les thèmes : Education, culture et réconciliation : bâtir une citoyenneté résiliente pour la paix au sein de l'AES et de la sous-région.
La réconciliation entre les Dogons et les Peuls, dans le centre du pays, en est un bon exemple. Ces deux communautés, qui ont toujours vécu ensemble en parfaite harmonie, se sont en effet opposées et continuent de s'opposer à certains endroits, à travers des affrontements armés, mettant à mal les liens séculaires qui les unissaient.
Dans ce grin à l'ombre d'un manguier du quartier des pêcheurs, encore appelé "Bozo Kin", le dimanche, jour de repos, permet à Barou, originaire de la région de Mopti et du centre du Mali, ainsi qu'à ses amis, de se retrouver autour du thé pour aborder divers sujets.
Barou, maraîcher, et toute sa famille, ont quitté en 2012, le cercle de Youwarou, zone inondable située dans le delta intérieur du fleuve Niger, pour regagner Bamako. C'était au début du conflit armé entre agriculteurs dogons et éleveurs peuls.
Quatorze ans après, Barou estime que l'accès à la terre et aux pâturages ne peut pas être les seules raisons de la mésentente entre les deux communautés.
"Nous avons vécu à Youwarou, à Bankass ou encore à Koro, raconte-t-il, mais nous n'avions jamais vu cela auparavant. Certains de nos parents peuls ont vu leurs villages détruits, alors qu'ils ne connaissent que le métier de l'élevage et méconnaissent tout des causes profondes de ces violences. C'est pareil chez les Dogons . Je crois qu'il y a des interférences extérieures qui ont aggravé les tensions entre les deux communautés. Maintenant, il nous faut nous asseoir autour d'une même table, en tant que Maliens, pour débattre de nos problèmes, afin de ne plus revivre de conflits communautaires dans notre pays."
Mais pour son ami Kandjou, boucher et originaire du village de Kani Gogouna, dans la région de Bandiagara, dans le pays dogon,
ce sont les populations locales qui sont derrière ces tensions. Ce dernier dit avoir pris les armes en 2012 pour protéger son village et ses environs en étant membre d'un groupe d'autodéfense.
"Ce sont les fils du terroir qui sont à la manœuvre et qui alimentent ce conflit communautaire, affirme le jeune homme. Ce sont essentiellement nos frères. C'est simple, il suffit que les groupes djihadistes leur proposent une forte somme d'argent pour cibler tel ou tel village, à tel moment, en fonction des déplacements des populations. Certains y gagnent beaucoup. Lorsque c'est ainsi, il est difficile d'y mettre un terme. Un chef de famille peut, par exemple, se retrouver avec deux ou trois de ses fils qui sont impliqués dans ces violences, sans qu'il ne soit au courant de rien."
A Bankass ou à Koro, des initiatives locales portées par les communautés ont favorisé, en avril dernier, le retour de dizaines de familles de déplacées, afin de promouvoir la paix et la réconciliation nationale entre les communautés.
Mais les autorités locales alertent sur la nécessité de doter d'eau potable et de vivres les sites prévus pour les accueillir.