Pour lutter contre le terrorisme, le Burkina Faso décide de rétablir la peine de mort

Le gouvernement du Burkina Faso en avait émis l’idée en Conseil des ministres, le 4 décembre dernier. Près d’un an après, le parlement de transition a voté, à l’unanimité, un nouveau code pénal qui rétablit la peine de mort, pourtant abolie depuis mai 2018.
Les actes de terrorisme, d’espionnage, de trahison, ou encore le parricide et l'importation de produits périmés ou prohibés, ayant entraîné la mort, sont passibles de la peine capitale. Selon le ministre burkinabè de la Justice, ce rétablissement de la peine de mort pourrait freiner l’enrôlement par les groupes terroristes.
Ousmane Diallo, chercheur principal sur le Sahel au bureau régional d'Amnesty International pour l'Afrique de l'Ouest et du centre, semble ne pas être surpris par ce choix qui s’inscrit, selon lui, dans une dynamique d’un retour à la fermeté, après deux ans d’un discours qui porte sur les valeurs traditionnelles.
"Le fait de rétablir la peine de mort peut amener à des excès, notamment à des violations du droit à la vie, sans pour autant résoudre les problèmes que les autorités burkinabè disent vouloir résoudre avec son rétablissement."
Ousmane Diallo estime qu' "il est important, pour tous les Etats, pas seulement pour le Burkina Faso, de renforcer leur système judiciaire" .
La dernière exécution au Burkina Faso remonte à 1988, l’année de naissance d’ Ibrahim Traoré . Le capitaine burkinabè qui, d’après Ahmed Newton Barry, ex-président de la commission électorale, ne parvient pas à vaincre les groupes djihadistes. “Malheureusement, chaque jour, dans un village, des gens sont tués par les groupes terroristes ; les militaires, les VDP tombent."
Pour ce journaliste en exil, le pouvoir burkinabè est fragile.
"Quand on est fort, on ne va pas instituer la mort comme étant un garant de son propre pouvoir. Quand on est fort, on ne projette pas la mort comme étant un mode de gouvernement adressé à son propre peuple, étant entendu que, d'ailleurs, les gens y meurent déjà parce qu'on n'a pas attendu le retour de la peine de mort pour exécuter de façon extra-judiciaire."
Ousmane Diallo, lui, dit craindre pour la vie des dissidents si la peine de mort venait à être appliquée. Il explique sur la DW qu' "à l'heure actuelle, d'éminents défenseurs des droits humains ont été accusés de complot contre la sécurité de l'Etat. Je pense notamment à maître Guy Hervé Kam, mais aussi à beaucoup d'autres. Donc, le danger ne s'applique pas seulement au lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, mais à des dizaines de personnes potentiellement au Burkina Faso" .
Guy Hervé Kam est privé de liberté depuis 2024, sans procès. Le lieutenant-colonel Damiba, lui, a été extradé du Togo en janvier dernier. Il est reproché aux deux hommes, respectivement, un complot contre la sûreté de l’Etat et une tentative de putsch.