RDC : le Trésor public accélère ses levées de fonds en dollars, avec un taux de 8 % sur deux ans

Le Gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC) poursuit sa stratégie de financement sur le marché intérieur avec une nouvelle émission d’Obligations du Trésor de 40 millions de dollars, assorties d’un taux d’intérêt annuel de 8 %. Cette opération intervient dans un contexte marqué par la forte prédominance des titres libellés en devises dans le financement de l’État. Le Trésor public de la République démocratique du Congo (RDC) poursuit ses opérations de mobilisation des ressources sur le marché financier intérieur. Pour son émission du 20 octobre 2026, le Gouvernement a fixé un objectif de levée de 40 millions de dollars américains à travers des obligations du Trésor libellées en devises, rémunérées au taux annuel de 8 % et assorties d’une échéance de deux ans, soit le 20 octobre 2028. Selon le communiqué du ministère des Finances rendu public pour ce faire, les investisseurs intéressés sont appelés à soumettre leurs offres auprès de la Banque Centrale du Congo (BCC). Le montant effectivement mobilisé dépendra des soumissions reçues et retenues à l’issue de l’adjudication. À travers cette opération, les autorités congolaises entendent continuer à mobiliser l’épargne disponible sur le marché intérieur pour répondre aux besoins de financement de l’État. Cette stratégie permet au Gouvernement de diversifier ses sources de financement, tout en sollicitant les ressources des acteurs économiques et financiers opérant dans le pays. Une demande soutenue pour les titres publics en dollars Cette nouvelle émission intervient dans le prolongement de l’adjudication du 13 octobre 2026, qui a permis au Trésor public de lever 76,8 millions de dollars, dépassant de 16,8 millions de dollars l’objectif initial de 60 millions. Les offres soumises par les investisseurs avaient atteint environ 76,82 millions de dollars, correspondant à un taux de couverture de 128 %. Les six soumissionnaires ayant participé à l’opération ont vu leurs offres intégralement retenues. Les titres concernés étaient également assortis d’un taux d’intérêt annuel de 8 %, avec une échéance fixée au 13 octobre 2028. Cette performance traduit l’existence d’une demande pour les instruments de dette publique libellés en dollars. Elle ne suffit toutefois pas, à elle seule, à mesurer la profondeur du marché intérieur ni la capacité du Trésor à maintenir durablement ce niveau de mobilisation. Pour les investisseurs, les Obligations du Trésor constituent un placement rémunéré, tandis que pour l’État, elles représentent une source de financement assortie d’une obligation de remboursement du principal et de paiement des intérêts à l’échéance prévue. Les émissions en devises prennent le dessus sur celles en francs congolais Les données disponibles à fin septembre 2026 confirment la place prépondérante des émissions en devises dans la stratégie de financement intérieur du gouvernement. Selon la note de conjoncture économique de la Banque Centrale du Congo, publiée le 2 octobre 2026, les adjudications de titres publics libellés en dollars ont permis de mobiliser 1,5275 milliard de dollars depuis le début de l’année, soit 117,5 % de l’objectif fixé pour les neuf premiers mois de 2026. À l’inverse, les émissions en francs congolais ont rapporté 357 milliards de CDF, soit environ 154,5 millions de dollars, représentant seulement 24,6 % de l’objectif prévu pour la même période. L’écart entre les deux catégories de titres met en évidence la capacité du Gouvernement à mobiliser davantage de ressources en devises qu’en monnaie nationale. Cette situation soulève néanmoins des questions sur l’approfondissement du marché domestique en francs congolais et sur la place que pourrait occuper l’épargne nationale dans le financement de l’économie. Au 30 septembre 2026, l’encours des titres publics atteignait 7.611,4 milliards de francs congolais, dont environ 83 % étaient libellés en dollars américains. Cette structure montre que le financement de l’État sur le marché intérieur reste fortement dépendant des instruments en devises. Si ces derniers permettent de mobiliser des montants importants, ils impliquent également une gestion rigoureuse des engagements financiers futurs, notamment en matière de disponibilité des devises et de remboursement du capital. Pour les finances publiques, l’enjeu ne consiste donc pas uniquement à atteindre, voire dépasser, les objectifs de mobilisation. Il s’agit aussi de garantir que les ressources empruntées contribuent au financement des priorités publiques, tout en préservant la capacité de remboursement du Trésor. À moyen terme, le développement d’un marché plus équilibré entre titres en dollars et titres en francs congolais pourrait contribuer à élargir la base des investisseurs et à renforcer le financement de l’État en monnaie nationale. La poursuite des adjudications devra ainsi être appréciée à l’aune de trois paramètres : les montants effectivement mobilisés, le coût du service de la dette et l’utilisation des ressources collectées. Autant d’indicateurs essentiels pour évaluer la contribution du marché intérieur au financement durable du budget congolais. Olivier KAFORO