Deux jours de feu à Kolwezi : les creuseurs sans zones, la ville sans souffle

Kolwezi, chef-lieu de la province du Lualaba, vit une deuxième journée consécutive de colère des creuseurs artisanaux. Ce mardi 20 octobre, ils ont érigé des barricades et brûlé des pneus, contraignant les commerces et les écoles à fermer.
À l’origine de la colère, un sentiment d’asphyxie économique. Les creuseurs artisanaux dénoncent ce qu’ils considèrent comme la multiplication des contrôles et la fermeture de plusieurs centres de traitement et comptoirs d’achat de minerais. Or, sans ces maillons, leur production ne trouve plus preneur.
Pour des milliers de familles dépendantes d’un métier informel, privées de filières d’écoulement, la perte de revenus est immédiate et brutale.
Le cœur du litige tient à l’accès à la ressource. Selon les creuseurs artisanaux, les promesses du gouvernement de créer 33 zones d’exploitation artisanale (ZEA), censées leur offrir un cadre légal, restent lettre morte.
Les quartiers périphériques jouxtant les zones d’exploitation, dont Luilu, sont paralysés.
Pendant ce temps, l’État reprend la main sur des sites où ils travaillaient, comme Kamilombe.
Lundi, les manifestants ont perturbé les activités économiques dans les quartiers Luilu, Kasulo, UCK, Tshala, Kanina, Musonoie, Kazembe ainsi que l’axe T17.
Une dizaine de véhicules, dont sept camions chargés de minerais, ont été incendiés au quartier UCK. D’autres ont été caillassés sur l’axe Kasulo-Luilu, des passagers blessés, et la police a tiré des gaz lacrymogènes à Kasulo et Kazembe.
Des employés en tenue de travail auraient été pris pour cibles, signe d’une colère qui vise désormais tout ce qui incarne l’économie minière industrielle.
Ce mardi, des tirs ont même retenti jusqu’au centre-ville, que des centaines de manifestants tentent de rejoindre. Ce qui ressemble à une flambée de violence est en réalité l’aboutissement d’un bras de fer qui couve depuis des mois.
Du point de vue des creuseurs, la formalisation du secteur se traduit, sur le terrain, par une dépossession sans alternative.
Le bilan humain de ces deux journées de tensions reste incertain. La Nouvelle société civile congolaise (NSCC) évoque des morts parmi les creuseurs, sans chiffre, mais les autorités politico-administratives n’ont ni confirmé ni commenté.