Netanyahu : les clés de sa survie politique

Malgré un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale , un procès pour corruption en Israël et les critiques suscitées par les failles sécuritaires ayant précédé l’attaque du 7 octobre 2023 , Benjamin Netanyahu demeure l’une des figures les plus influentes de la politique israélienne.
À l’approche des élections législatives du 27 octobre, le Premier ministre conserve même de réelles chances de se maintenir au pouvoir. Comment expliquer une telle longévité politique ?
Pour ses partisans comme pour ses détracteurs, trois éléments permettent de comprendre la résilience du dirigeant le plus durable de l’histoire d’Israël.
Un leadership forgé autour de sa personne
Depuis son arrivée au poste de Premier ministre en 1996, Benjamin Netanyahu s’est imposé comme le visage incontournable de la politique israélienne. Doté d’un sens aigu de la communication, d’une parfaite maîtrise de l’anglais et d’une image de dirigeant expérimenté sur les questions de sécurité, il a cultivé l’idée qu’il était le mieux placé pour protéger Israël dans un environnement régional hostile.
Selon Alon Liel, ancien directeur général du ministère israélien des Affaires étrangères, Netanyahu s’est très tôt distingué par son ambition et sa vision politique. Son credo est resté le même au fil des décennies : assurer la puissance militaire, économique et technologique d’Israël afin de garantir sa pérennité.
Mais son influence repose aussi sur sa capacité à polariser le débat public. Pour Tal Schneider, correspondante politique au Times of Israel , Netanyahu a fait de la division politique un outil de conquête et de conservation du pouvoir, en opposant régulièrement différents segments de la société israélienne.
Après le 7 octobre 2023, alors qu’une partie de l’opinion réclamait une enquête approfondie sur les défaillances sécuritaires du gouvernement, Netanyahu a recentré le débat sur la guerre et les enjeux de sécurité nationale, reléguant au second plan les appels à sa responsabilité politique.
Une relation privilégiée avec les États-Unis
La deuxième force de Netanyahu réside dans sa capacité à entretenir des liens étroits avec Washington.
Son discours devant le Congrès américain en 2015 contre l’accord nucléaire avec l’Iran avait provoqué des tensions avec l’administration Obama, mais renforcé son image de dirigeant prêt à défier les grandes puissances pour défendre les intérêts israéliens.
Sa proximité avec Donald Trump a également constitué un atout politique majeur. Sous la présidence Trump, Israël a bénéficié de plusieurs décisions favorables, consolidant l’image d’un Netanyahu capable d’obtenir de Washington des avancées diplomatiques inédites.
Toutefois, cette réputation de « magicien diplomatique » semble s’être érodée. Pour Alon Liel, l’aura internationale de Netanyahu s’est affaiblie ces dernières années, notamment dans le contexte de la guerre à Gaza.
Tal Schneider souligne également que le soutien affiché par Donald Trump apparaît aujourd’hui moins évident qu’au cours des précédentes campagnes électorales israéliennes.
Dans un système politique fragmenté comme celui d’Israël, la capacité à bâtir des coalitions est essentielle. C’est sans doute dans cet exercice que Netanyahu a démontré son plus grand talent.
Au fil des années, il a réussi à attirer des élus de partis concurrents et à recomposer les équilibres politiques à son avantage. Son retour au pouvoir en 2022 en est une illustration marquante.
À la tête d’une coalition réunissant le Likoud , les partis ultra-orthodoxes et plusieurs formations d’extrême droite, Netanyahu a constitué ce qui a souvent été décrit comme le gouvernement le plus à droite de l’histoire du pays. Des figures comme Itamar Ben-Gvir et Bezalel Smotrich ont obtenu des portefeuilles stratégiques, renforçant l’influence des courants nationalistes et religieux au sein de l’exécutif.
Pour Alon Liel, la principale réussite politique de Netanyahu a été de fusionner les forces nationalistes et religieuses dans une alliance durable qui reste aujourd’hui au cœur de son socle électoral.
Un héritage qui dépasse son avenir politique
Depuis les attaques du 7 octobre , une partie importante de la société israélienne s’est davantage orientée vers des positions sécuritaires et nationalistes. Cependant, ce déplacement idéologique ne s’est pas automatiquement traduit par un soutien accru à Benjamin Netanyahu.
Pour Alon Liel, un changement de dirigeant reste possible, mais pas nécessairement un changement profond d’orientation politique.
Héros pour les uns, responsable des divisions du pays pour les autres, Benjamin Netanyahu demeure la figure dominante de la vie politique israélienne. Qu’il remporte ou non une nouvelle élection, son empreinte sur Israël semble déjà inscrite dans l’histoire du pays.