Le rapprochement entre l’AES et la Cédéao ravive beaucoup d’espoir au Bénin

Après plusieurs mois de tensions consécutives au retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la Cédéao, le dialogue entre les deux organisations a repris le samedi (17.10.2026) à Dakar. Cette initiative marque une nouvelle étape dans les relations entre les pays de l'AES et le bloc ouest-africain, sur fond de volonté de coopération régionale.
Au Bénin, cette reprise des échanges diplomatiques est accueillie avec attention. La fermeture de la frontière avec le Niger, qui perturbe les circuits commerciaux entre les deux pays, constitue un enjeu économique majeur pour Cotonou. Pour l'analyste géopolitique Régis Hounkpè, les conséquences de cette situation sont considérables.
"Évidemment, de façon macro, 15 % du chiffre d'affaires du port de Cotonou a été perdu avec la fermeture de cette frontière. Et donc, clairement, cela démontre que pour les commerçants, les entreprises, pour les multinationales, bref, pour tout l'environnement économique et institutionnel, ça a pris un coup extrêmement dur qui fait que le panier de la ménagère continue quand même de s'affaiblir" , explique-t-il.
Au-delà des relations diplomatiques, la question de la frontière entre le Bénin et le Niger reste centrale. Sa fermeture prolongée affecte les échanges commerciaux et fragilise les acteurs économiques qui dépendent du trafic transfrontalier.
Depuis l'arrivée au pouvoir de l'actuel exécutif béninois, plusieurs initiatives diplomatiques ont été engagées pour favoriser l'apaisement avec Niamey. Mais, malgré ces démarches, la frontière reste fermée du côté nigérien.
Pour le politologue Eugène Alossoukpo, la reprise du dialogue entre l'AES et la Cédéao pourrait créer les conditions d'une évolution favorable.
"C'est déjà réjouissant que ces pays-là, qui autrefois avaient tourné le dos aux autres pays de la Cédéao, puissent revenir à de meilleurs sentiments. Le Bénin reste un pays qui a tendu la main au Niger… Et donc, les frontières avec le Niger restent fermées. Et nous osons croire que cette nouvelle option de l'AES avec la Cédéao est de nature à davantage renouer le dialogue avec l'ensemble des pays de la Cédéao" , estime-t-il.
La relance du dialogue régional pourrait également donner un nouvel élan aux démarches bilatérales entre Cotonou et Niamey. Des comités mixtes bénino-nigériens travaillent déjà sur les questions liées aux relations entre les deux pays.
Pour Régis Hounkpè, cette dynamique diplomatique représente une occasion d'accélérer le processus de normalisation engagé par les autorités béninoises.
"Cela peut permettre effectivement d'accélérer le dégel qui a déjà été entamé par la diplomatie béninoise. Je veux rappeler qu'un comité mixte bénino-nigérien travaille déjà sur ces questions. Donc, toutes les solutions diplomatiques allant dans le même sens sont intéressantes à analyser" , souligne l'analyste.
La multiplication des initiatives de dialogue pourrait ainsi contribuer à réduire les tensions et à faciliter la reprise des échanges. Mais l'évolution dépendra notamment de la volonté des autorités nigériennes et béninoises de traduire cette dynamique régionale en avancées concrètes.
Au Bénin, la perspective d'une amélioration des relations entre l'AES et la Cédéao nourrit l'espoir d'une réouverture prochaine de la frontière avec le Niger. Pour les commerçants, les entreprises de transport et les ménages, une telle évolution pourrait contribuer à alléger les difficultés économiques liées à la fermeture.
Régis Hounkpè appelle toutefois à distinguer les avancées diplomatiques de leurs effets réels sur le terrain. "Mais ce qui sera encore davantage plus intéressant à analyser, ce sera la portée concrète et pragmatique" , insiste-t-il.
La reprise du dialogue à Dakar constitue donc un signal politique encourageant, sans pour autant garantir une résolution rapide du différend entre Cotonou et Niamey. Pour les populations et les opérateurs économiques béninois, l'enjeu est désormais de voir cette ouverture diplomatique déboucher sur des mesures concrètes, notamment la reprise de la circulation des personnes et des marchandises à la frontière avec le Niger.