Goma : des habitants dénoncent des enrôlements forcés et un « esclavagisme moderne »

Derrière les images de normalité diffusées à la télévision, des habitants de Goma racontent une tout autre réalité. Une mère de famille interrogée par BETO.CD accuse les combattants de traquer les jeunes jusque dans leurs maisons pour remplacer les hommes perdus sur les lignes de front. Selon elle, ces opérations se déroulent notamment la nuit et s’accompagnent de menaces de mort contre ceux qui refusent de rejoindre les rangs des rebelles. « On te dit de choisir entre te battre et mourir », témoigne-t-elle. Des violences jusque dans les foyers Cette habitante rapporte également des violences visant directement les familles. Elle affirme que des dépouilles auraient été laissées plusieurs jours dans des maisons, avec interdiction pour les occupants de sortir ou de procéder à l’inhumation. « Celui qui ose enterrer sa dépouille est systématiquement arrêté ou éliminé physiquement », déclare-t-elle. La mère de famille décrit ainsi des foyers contraints de vivre avec un corps en décomposition, dans la faim et la peur. À ses yeux, les images diffusées à la télévision masquent les souffrances et les humiliations que subissent les habitants. Un autre citoyen, qui s’exprime sous couvert d’anonymat, évoque une population privée d’issue. « Les gens restent à Goma parce qu’ils n’ont pas où aller. Nous avons besoin d’un véritable libérateur, car nous vivons l’enfer à Goma. Il y a une persécution inacceptable », affirme-t-il. Des restrictions et des taxes dénoncées Au-delà de l’insécurité, cet habitant dénonce une hausse des taxes et des contraintes qui toucheraient jusqu’aux gestes les plus ordinaires. « Si tu as un manguier chez-toi, pour couper un fruit de ton arbre il faut obtenir l’autorisation. C’est un véritable esclavagisme. C’est de la pire tyrannie », s’indigne-t-il, décrivant un contrôle qu’il juge étouffant sur la vie quotidienne. Ces témoignages font état d’un profond sentiment d’enfermement chez les personnes interrogées. Entre la crainte des recrutements forcés, les violences rapportées et les pressions économiques, elles expriment une même aspiration : retrouver la sécurité et la liberté de vivre sans peur. Azarias Mokonzi The post Goma : des habitants dénoncent des enrôlements forcés et un « esclavagisme moderne » appeared first on BETO .