Cameroun : dans les coulisses du bras de fer autour de Vision 4, d'abord suspendue, puis rétablie

Au Cameroun , la tempête médiatique entre le Conseil national de la communication et le ministère de la Communication semble s'être apaisée.
Tout est parti de la suspension de la chaîne Vision 4, fin septembre, par le Conseil national de la communication (CNC). Une décision immédiatement contredite par la lettre du 2 octobre du ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, exigeant la reprise de la diffusion au nom de l'équilibre du paysage médiatique et de la sauvegarde des emplois.
Contacté, le président du CNC, Joseph Chebongkeng Kalabubsu, et les services du ministre de la Communication, ont refusé tout commentaire officiel sur cette affaire.
La suspension prononcée par le CNC relève d'une confusion juridique au regard de la loi sur la communication sociale, analyse le politologue juriste Charlemagne Messanga Nyamding.
Selon lui : " cette loi est on ne plus claire. Dans l'article 75, c'est le ministre de la Communication qui sanctionne, sur proposition du Conseil, qui est un Conseil et non une autorité. Je dis bien sur proposition. Le ministre, c'est lui qui détient l'autorité, et le Conseil, comme son nom l'indique, est un véritable Conseil, parce que l'État camerounais n'a jamais voulu d'une autorité de l'audiovisuel, mais d'un Conseil de l'audiovisuel et des médias."
Malgré un nouveau rappel à l'ordre du CNC adressé au distributeur satellitaire de Vision 4, à savoir Canal+ International, début octobre, la sortie de crise a été officiellement actée par la lettre de réactivation du 6 octobre.
Derrière ces frictions institutionnelles, Charlemagne Messanga Nyamding pointe toutefois des dynamiques plus souterraines, liées aux ambitions et aux rivalités de succession au sommet de l'État.
"Le Cameroun est encadré par des textes. Il y a une dimension institutionnelle forte, même si, dans la dimension fonctionnelle, la décision des sanctions appartient au chef de l'État", assure l'expert.
Selon lui " avec l'affaire du CNC, nous pouvons féliciter notre chef du gouvernement, monsieur Dion Ngute, et malgré les tribulations de l'État, des ambitions qui incitent certains à faire n'importe quoi, nous avons quand même un État de droit qui résiste à tout cela ".
La suspension de Vision 4 par le CNC a été décidé à la suite de contenus diffusés par la chaîne concernant l'affaire Martinez Zogo .
L'homme d'affaires Jean‑Pierre Amougou Beling a, propriétaire de Vision 4, est détenu depuis près de quatre ans dans le cadre de l'enquête sur l'enlèvement, la torture et l'assassinat du journaliste Martinez Zogo , retrouvé mort en janvier 2023.
Mis en accusation comme présumé commanditaire, celui-ci nie toute implication, tandis que le procès devant le tribunal militaire de Yaoundé, ouvert en mars 2024, se poursuit.