On ne refonde pas un pays le fusil à la main

En annonçant depuis Goma, le 12 octobre, la création du Front pour la refondation de la nation, sous le giron d’une structure armée, Joseph Kabila a pris un virage dont personne ne mesure encore les conséquences. La réaction de Vital Kamerhe , président de l’Union pour la nation congolaise, a au moins le mérite de rappeler ce que la mémoire républicaine exige : de la cohérence. Car il y a là une contradiction que trois jours suffisent à établir. Le 9 octobre, l’ancien chef de l’État parlait de paix . Le 12, il prenait la tête d’une coalition politico-militaire liée à l’AFC/M23. Un homme qui a présidé aux destinées de ce pays pendant dix-huit ans ne peut ignorer ce que cet écart signifie pour ceux qui l’écoutent. On ne tend pas une main pacificatrice en gardant l’autre sur une arme. Le reniement de son propre bilan est, en politique, un aveu. On n’efface pas dix-huit ans de responsabilités en fustigeant l’action de son successeur. Les stigmates de cette période sont encore trop récents, et trop visibles, pour que l’histoire se réécrive au rythme des opportunités du moment. L’est du pays, lui, connaît par cœur la suite du scénario. Depuis trente ans, chaque aventure armée a promis la sécurité, la justice et le développement. Aucune ne les a apportés. Ce qu’elles ont apporté se compte : 2 186 violations des droits humains attribuées aux groupes armés en six mois , dont la moitié à l’AFC/M23, six millions de déplacés, vingt-six millions de personnes en insécurité alimentaire aiguë. Derrière ces chiffres, des enfants sortis de l’école, des familles qui dorment dehors, des femmes dont on ne dit pas ce qu’elles ont subi. L’appel de Kamerhe à sanctuariser l’ordre constitutionnel et à se ranger derrière le président Félix Tshisekedi relève du sursaut. Il faut l’entendre pour ce qu’il est : un rappel que les institutions, aussi imparfaites soient-elles, restent le seul cadre où un désaccord ne se solde pas par un deuil. On nous dira que tout finit à la table. C’est vrai, et c’est précisément ce qui condamne la méthode. Treize mois après Doha, nous avons établi un taux de mise en œuvre de 18,6 % , et quinze détenus remis sur 477 identifiés. Voilà le rendement réel d’une négociation obtenue par les armes. Les morts, eux, auront été payés d’avance. Il est temps de rompre avec le modèle de la violence comme voie d’accès ou de conservation du pouvoir. Les divergences politiques, aussi profondes soient-elles, s’expriment dans les institutions ou elles ne s’expriment pas. Aux responsables des mouvements armés, il reste la seule voie digne d’un État moderne : déposer les armes et parler. La refondation de ce pays ne sortira pas des décombres de la guerre. Elle sortira du respect de sa souveraineté. Christian Okende À lire aussi Kamerhe à Kabila : « On ne peut proposer la paix tout en recourant aux armes » FRN : ce que le droit congolais prévoit contre une structure dotée d’un chef d’état-major Joseph Kabila : de la rébellion au pouvoir, puis du pouvoir à la rébellion Les silences du discours de Joseph Kabila The post On ne refonde pas un pays le fusil à la main appeared first on BETO .