CS de l’ONU : « le retrait des forces rwandaises est non négociable » (Zénon Mukongo)

Le Conseil de sécurité de l’ONU s’est réuni mardi 13 octobre pour discuter des efforts visant à promouvoir la paix, la sécurité et la coopération en République démocratique du Congo et dans la région des Grands Lacs. Au cours de ce briefing tenu au lendemain de la création d’un nouveau mouvement politico-militaire dans l’est du territoire congolais, dirigé par l’ancien chef de l’Etat Joseph Kabila et soutenu par le Rwanda, le représentant permanent de la RDC auprès des Nations unies, Zénon Mukongo, a réitéré la position tranchée de son gouvernement : le retrait des forces rwandaises est non négociable.
Les membres de l’organe exécutif de l’ONU ont examiné le rapport du secrétaire général sur la mise en œuvre de l’accord-cadre d’addis-abeba, signé le 24 février 2013, qui interdit aux pays de la région d’héberger, de financer, d’armer ou de fournir un appui logistique et politique à des groupes armés qui déstabilisent l’est de la République démocratique du Congo.
Dans sa déclaration, le diplomate congolais a appelé à privilégier des mécanismes complets de mise en œuvre et de responsabilisation plutôt que de simples « déclarations d’intention ». Zénon Mukongo a été catégorique. « Le retrait des forces rwandaises est non négociable », a-t-il insisté, appelant à la pleine mise en œuvre inconditionnelle de la résolution 2773 du Conseil de sécurité.
Pour Kinshasa, l’ONU doit surveiller les engagements de cessez-le-feu et renforcer les mécanismes de vérification, lesquels doivent être dotés des ressources nécessaires. « La vérification n’est pas une fin en soi », a-t-il souligné, exigeant à ce que des violations avérées entraînent des sanctions appropriées contre ceux qui alimentent le conflit, et à ce que la transparence soit assurée concernant les transferts d’armes et l’utilisation de drones au Rwanda.
Alors que les combats se poursuivent notamment au Nord-Kivu, le délégué de la RDC a appelé à la fin de la guerre et du pillage des ressources naturelles, qui financent activement les groupes armés et le contrôle du territoire par la force, en garantissant la transparence tout au long de la chaîne d’approvisionnement. « La région des Grands Lacs n’a pas besoin de promesses. Elle a besoin que les promesses soient tenues », a-t-il martelé.
Le rapport du secrétaire général de l’ONU présente les principales réunions tenues dans le cadre des diverses initiatives de médiation. Par ailleurs, le 29 septembre, le Qatar a adressé une lettre au Conseil de sécurité faisant le point sur ses efforts de médiation, connus sous le nom de processus de Doha, et notamment sur les progrès accomplis dans la mise en œuvre des mécanismes de cessez-le-feu convenus entre le gouvernement congolais et le M23. La lettre indique également que les parties ont élaboré une feuille de route définissant les étapes et le calendrier des négociations.
Concernant le processus de Washington, la RDC et le Rwanda doivent tenir ce mois-ci une conférence de planification tripartite avec les États-Unis. Cette réunion devrait porter sur la mise à jour et la révision de l’Ordre des opérations (OPORD) dans le cadre du Mécanisme conjoint de coordination de la sécurité (JSCM), l’une des structures établies en vertu des Accords de Washington signés entre la RDC et le Rwanda en décembre 2025.
Selon l’ONU, la RDC et le Rwanda ont des interprétations divergentes du protocole du 28 juillet signé par le gouvernement congolais et les FDLR, qui porte sur le désarmement, la démobilisation, le cantonnement et le rapatriement des combattants des FDLR. La RDC soutient que ce protocole est conforme aux Accords de Washington.
Dans une lettre adressée à António Guterres le 23 septembre, le président de la RDC, Félix Tshisekedi, l’a invité à recommander au Conseil de sécurité de confier explicitement à la MONUSCO le rôle de surveillance de la mise en œuvre de ce protocole dans la résolution relative au renouvellement de son mandat, prévue en décembre.
Le Rwanda a répondu à la lettre de la RDC par une lettre adressée au Conseil de sécurité le 29 septembre, exposant sa position sur la question. Il a qualifié le protocole de manœuvre dilatoire, arguant que les accords de Washington préconisent la neutralisation des FDLR plutôt que des négociations avec le groupe, et a accusé le gouvernement congolais d’intensifier son soutien aux FDLR et d’intégrer leurs membres aux FARDC.
Dans l’est de la RDC, la situation sécuritaire connaît une évolution dangereuse. L’ancien président de la République, Joseph Kabila s’est allié avec le M23, formant un « Front pour la refondation de nation », un groupe politico-militaire qui affiche plusieurs objectifs, notamment mettre un terme à la gouvernance du président Félix Tshisekedi, qualifiée de tyrannique et de corrompue, en revendiquant explicitement le recours à la force.