En RDC, la nouvelle initiative de Joseph Kabila divise les Congolais

La création du Front pour la refondation de la nation, qui marque le remplacement de l'AFC/M23 et place l'ancien président Joseph Kabila à sa tête, suscite des réactions contrastées en République démocratique du Congo (RDC).
Dans l'est du pays, certains dénoncent une initiative susceptible de prolonger les violences, tandis que d'autres y voient une possible issue à la crise. Pour de nombreux habitants, toutefois, la priorité reste le retour à la paix et à une vie normale.
Dans la province du Nord-Kivu, l'annonce de cette nouvelle plateforme a suscité l'inquiétude de certains habitants. Bertin, un jeune entrepreneur de la région, se dit profondément déçu par le rapprochement entre Joseph Kabila et la rébellion de l'AFC/M23 , qu'il accuse d'avoir causé des pertes humaines à Goma et à Bunagana.
"C'est avec tristesse que j'ai constaté cette alliance entre l'ancien président de la République et la rébellion qui a pourtant tué des gens à Goma et à Bunagana" , déplore-t-il.
Pour cet entrepreneur, cette initiative répond davantage à des ambitions politiques personnelles qu'aux aspirations de la population. Il rejette toute démarche susceptible, selon lui, de conduire à de nouvelles violences contre les Congolais.
"Vouloir tuer des citoyens congolais pour des ambitions politiques personnelles est une démarche que nous n'accepterons pas et que nous ne sommes pas prêts à soutenir" , affirme-t-il.
À l'inverse, certains soutiennent l'initiative de Joseph Kabila et considèrent la création du Front pour la refondation de la nation comme une réponse à la crise que traverse le pays.
C'est notamment le point de vue de l'activiste Ezechias Muhongya, qui salue l'émergence de cette nouvelle plateforme dans un contexte marqué par les tensions et l'instabilité. Il défend le rôle politique de l'ancien président et estime que sa démarche pourrait contribuer à sortir la RDC de l'impasse.
"Pour nous, Joseph Kabila est un homme d'initiatives, un créateur de mouvements qui ont toujours permis de sortir le pays de très mauvaises situations" , soutient-il.
Rejetant l'idée selon laquelle l'ancien chef de l'État aurait créé une plateforme rebelle, Ezechias Muhongya présente plutôt cette initiative comme une démarche de libération du Congo. Une lecture qui contraste fortement avec celle des opposants à ce rapprochement.
Cependant, l'annonce du Front pour la refondation de la nation, dans la soirée du 12 octobre à Goma, a également provoqué des ruptures au sein des réseaux de soutien à Joseph Kabila. Plusieurs sympathisants, en RDC et dans la diaspora, ont annoncé leur désolidarisation de cette nouvelle lutte armée.
Au-delà des divergences politiques, une partie de la population exprime surtout son épuisement face aux conséquences de la guerre. À Goma, Jacqueline Matabishi dit ne pas se reconnaître dans les rivalités entre acteurs politiques. Sa principale préoccupation est le retour à des conditions de vie dignes.
"Moi, je n'ai rien à voir avec les discordes politiques. Je vivrai avec le leader qui me sera présenté. J'ai seulement besoin de la paix" , explique-t-elle.
La guerre a, selon elle, profondément bouleversé le quotidien des familles, notamment en privant de nombreux hommes de leur emploi et en compliquant l'accès aux services essentiels.
Jacqueline Matabishi demande ainsi aux dirigeants de garantir la sécurité, l'approvisionnement en eau et en électricité, ainsi que la reprise normale de la scolarité des enfants.
"Que celui qui se dit président nous garantisse seulement la paix, l'accès à l'eau et à l'électricité, et permette à nos enfants d'aller à l'école", insiste-t-elle.
Entre rejet, espoir et lassitude, les réactions recueillies illustrent les divisions suscitées par la nouvelle initiative de Joseph Kabila. Mais pour les habitants confrontés aux conséquences du conflit dans l'est de la RDC, une attente demeure commune : retrouver la sécurité et les conditions nécessaires à une vie normale.