Au Cameroun, le choléra aggravé par le manque d’eau potable

Dans l'Extrême-Nord du Cameroun, les fortes pluies aggravent les risques de propagation du choléra . Alors que les équipes sanitaires intensifient leurs interventions dans les zones touchées, les populations restent confrontées au manque d'eau potable et à des conditions d'assainissement précaires.
La baisse des financements humanitaires complique également la riposte, au moment où les acteurs internationaux amorcent leur retrait et souhaitent passer le relais aux structures locales.
De fortes pluies s'abattent sur Maroua, dans l'Extrême-Nord du Cameroun, l'une des régions les plus chaudes du pays. Si elles apportent un peu de fraîcheur, elles font aussi craindre une aggravation de l'épidémie de choléra. Les eaux de ruissellement peuvent contaminer les points d'eau, tandis que les latrines débordent et que les insuffisances en matière d'assainissement favorisent la propagation de la maladie.
Au Centre hospitalier régional de Maroua, les équipes sanitaires font face à une recrudescence des cas. "Depuis cinq ans, nous n'avions presque plus reçu de patients du choléra. En 2020, nous avons reçu deux patients, et depuis, plus rien. Aujourd'hui, nous sommes à 66 cas. Il est donc très important d'accélérer la sensibilisation dans les communautés" , explique Gérard Fetse, directeur de l'établissement.
Dans près de 17 districts touchés par l'épidémie, les interventions se multiplient pour limiter les contaminations et sensibiliser les habitants aux mesures de prévention.
Au camp de déplacés de Zarmaye, un seul point d'eau dessert quelque 25 000 personnes. Aucun cas de choléra n'y a encore été signalé, mais la promiscuité et les difficultés d'accès à l'eau potable suscitent des inquiétudes.
Les agents communautaires multiplient les actions de sensibilisation sur le lavage des mains, l'utilisation correcte des toilettes et les risques liés à la défécation à l'air libre. "Nous menons des activités de sensibilisation : lavage des mains, utilisation correcte des toilettes, interdiction de déféquer à l'air libre et tout ce qu'il faut savoir pour éviter le choléra" , explique Mohamat Mamoudou, agent communautaire.
Mais les recommandations sanitaires se heurtent aux difficultés matérielles. Pour les familles déplacées, acheter du savon ou disposer d'une quantité suffisante d'eau reste parfois hors de portée. "Nous n'avons pas assez de moyens pour acheter du savon. Il y a aussi un manque d'eau, ce qui nous oblige souvent à aller à la rivière" , témoigne un déplacé.
À ces contraintes s'ajoute l'insécurité dans certaines zones, qui complique l'accès des équipes humanitaires. La prévention du choléra dépend donc aussi de solutions durables permettant aux communautés de disposer d'eau potable et d'équipements sanitaires adaptés.
La lutte contre le choléra intervient dans un contexte de transition humanitaire, marqué par la diminution des financements internationaux. En raison de ces contraintes budgétaires, le Programme alimentaire mondial a entamé un retrait progressif du Cameroun. L'objectif affiché est de transmettre progressivement le relais aux autorités nationales et aux organisations non gouvernementales camerounaises.
En visite dans la région, Issa Sanogo, coordonnateur résident et humanitaire des Nations unies au Cameroun, appelle à une mobilisation collective pour préserver les acquis et renforcer les capacités locales.
"L'objectif, c'est d'investir un peu plus pour ramener tous les acteurs ensemble avec les ressources dont nous disposons, afin d'accompagner ces initiatives conjointes. Notre priorité, c'est de nous assurer que la transition humanitaire est un succès et de faire en sorte que ces communautés deviennent résilientes grâce à nos efforts conjoints" , souligne-t-il.
Dans l'Extrême-Nord, l'urgence est de contenir l'épidémie. Mais au-delà de la réponse sanitaire immédiate, l'enjeu est de garantir aux populations un accès durable à l'eau potable et à l'assainissement. Car la réduction de l'aide internationale ne doit pas se traduire par un retour des conditions qui favorisent la propagation du choléra.