Bénin : l’attente grandit autour du retour du dieu Gou

Sous le crépitement des braises et le choc du marteau sur l'enclume, c'est ici, dans la cité historique d'Abomey, qu'est née l'une des œuvres les plus emblématiques de la statuaire africaine : la sculpture du dieu Gou, divinité du fer, de la forge et de la guerre.
Pillée en 1892 et réclamée aujourd'hui à la France par le Bénin , parmi 35 autres trésors , la pièce garde sa mémoire vivante au sein de la famille Akati, dépositaire de la forge royale.
Dans la cour familiale, le maître forgeron, Damien Akati, nous montre le sol où son ancêtre créait pour le roi Glèlè.
"Nous n'avons jamais réellement vu cette œuvre, si ce n'est en photo. Si la requête de nos autorités aboutit et que la France restitue la pièce , nous en serons extrêmement fiers. La famille Akati est la dépositaire du Vodoun Gou : c'est notre aïeul Akati, un artisan promu par le roi Guézo, qui a sculpté cette représentation unique pour le roi Glèlè" , assure-t-il.
"Regardez autour de vous : c'est ici même, dans cette forge, que l'œuvre a été conçue. C'est dire toute l'importance qu'elle revêt pour nous, ici, à Abomey."
Pour les plasticiens d'Abomey, la maîtrise technique de cette œuvre façonnée au XIXᵉ siècle demeure un phare. Modeste Affama, artiste sculpteur, est originaire de la cité.
"Ça a une valeur vraiment capitale parce que je suis de la famille des forgerons, je me suis vraiment accroché au métal. Par rapport à mes réalisations, c'est une source d'inspiration. Je ne fais pas une copie, mais je puise beaucoup de ces œuvres pour réaliser les miennes. Donc je suis très content et puis ça va permettre aux générations de savoir le va-et-vient de cette œuvre monumentale" , explique-t-il.
Mais au-delà du chef-d'œuvre visuel, un siècle d'exil muséal a profondément transformé le statut du dieu Gou. Gabin Djimassè, historien et chercheur en patrimoine.
"Le rôle de cette pièce est extraordinaire parce que, comme réalisation artistique dans l'ère culturelle et religieuse vaudou du Danhomè, la pièce est unique. Elle pose le problème de la vie de l'artiste pendant la royauté et pendant la période contemporaine que nous traversons ", estime Gabin Djimassè.
"On constate qu'aujourd'hui, on n'a plus cette chance d'avoir des réalisations du genre : depuis le règne de Glèlè et jusqu'à ce jour, on n'a plus rien eu de comparable."
Une œuvre exceptionnelle, dont l'usage spirituel d'autrefois a toutefois glissé vers un statut purement mémoriel.
"Ce sont des œuvres que nous ne pouvons plus exploiter, utiliser comme au temps royal. Ce n'est plus possible. Elles ont changé de nature, elles ont changé de séjour, elles ont vécu une autre réalité" , assure Gabin Djimassè.
D'objet de culte exposé sous les projecteurs parisiens à symbole mémoriel attendu sur sa terre natale, la statue du dieu Gou attend désormais l'épilogue de son long voyage.