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De Yambuku à Berlin : Jean-Jacques Muyembe, cinquante ans face à Ebola

Beto.cd · Rédaction Kinshasa · 12 octobre 2026 · Source originale

Il a 84 ans et il était à Berlin samedi 10 octobre 2026, au Rotes Rathaus, pour recevoir un prix doté de 500 000 euros. Le professeur Jean-Jacques Muyembe Tamfum et le microbiologiste belgo-britannique Peter Piot ont reçu ensemble le prix Virchow pour la santé mondiale . Cinquante ans après la découverte du virus Ebola, le jury a distingué ce qu’il appelle leur contribution pionnière à la découverte, au contrôle et à la compréhension des menaces épidémiques. « Le prix Virchow est un symbole de reconnaissance internationale pour Peter Piot et pour moi-même », a déclaré le professeur Muyembe, cité par l’Institut de médecine tropicale d’Anvers. Son confrère s’est dit « profondément touché » de partager cette distinction avec lui. 1976, les échantillons de Yambuku Il a trente-quatre ans. Une maladie inconnue tue à Yambuku, dans l’Équateur. Le jeune épidémiologiste est envoyé sur place pour comprendre. Il y prélève des échantillons de sang, et ces échantillons posent les bases de l’identification du virus, qui prendra le nom de la rivière Ebola. C’est là que se noue la relation avec Peter Piot, qui travaillait alors à Anvers sur les prélèvements venus du Zaïre. Un demi-siècle plus tard, les deux hommes montent sur la même estrade. Lovanium, puis Louvain Le parcours académique est celui d’une génération qui a fait ses études au moment où le pays se construisait. Né le 17 mars 1942, il obtient son doctorat en médecine en 1969 à l’université Lovanium, devenue l’université de Kinshasa. Il part ensuite en Belgique et soutient en 1973 un doctorat en virologie médicale à l’institut Rega, à Louvain. Un virologue congolais diplômé en 1973 : trois ans avant Yambuku, le pays disposait déjà de l’homme qu’il faudrait. Kikwit 1995, la première épidémie urbaine Dix-neuf ans après Yambuku, Ebola quitte la forêt. À Kikwit, dans l’ancien Bandundu, le virus frappe une ville. C’est la première épidémie urbaine de fièvre hémorragique à virus Ebola, et le professeur Muyembe participe à sa détection et à sa maîtrise. Kikwit est aussi le laboratoire d’une intuition. Le sang des survivants contient des anticorps. Vingt ans plus tard, cette piste deviendra un médicament. 1998, l’INRB Il prend en 1998 la direction générale de l’Institut national de recherche biomédicale, à Kinshasa, qu’il dirige toujours. L’INRB est devenu le centre nerveux de toutes les ripostes congolaises, de la fièvre hémorragique au choléra, du monkeypox au Covid-19. Professeur ordinaire de microbiologie à la faculté de médecine de l’université de Kinshasa, il est aussi le premier président de l’Académie congolaise des sciences. Faire d’Ebola une maladie qui se soigne C’est sans doute là que se trouve son apport le plus durable. Un brevet américain, le numéro 10 160 795, délivré le 25 décembre 2018, porte sur des anticorps neutralisants dirigés contre la glycoprotéine du virus Ebola. Il en est co-inventeur. De ce travail est sorti le mAb114, approuvé par l’agence américaine du médicament en décembre 2020 sous le nom d’Ebanga. Les Nations unies résument la portée de la chose en une phrase : une maladie longtemps considérée comme une tueuse incurable est devenue une maladie que l’on soigne. Il a aussi été investigateur principal de l’essai de vaccination en anneau du rVSV-ZEBOV-GP mené au Nord-Kivu et en Ituri entre 2018 et 2019. Une vie d’épidémies La liste des terrains dit le reste. Ebola à Mayibout au Gabon en 1996, à Mekambo au Gabon et à Mbomo au Congo-Brazzaville en 2001, puis à Mweka, à Isiro et à Boende en RDC entre 2007 et 2014, dans des comités internationaux placés sous l’égide de l’Organisation mondiale de la santé. Marburg à Watsa et Durba, entre 1999 et 2000. Les distinctions ont suivi. Chevalier de l’ordre national du Léopard en 1996, prix Christophe Mérieux et Royal Society Pfizer Advanced Award en 2015, prix Hideyo Noguchi pour l’Afrique, docteur honoris causa de Lubumbashi, d’Anvers, de Harvard et de Montpellier, prix pour l’ensemble d’une carrière de l’Union africaine et d’Africa CDC. Le prix arrive en pleine dix-septième épidémie La cérémonie de Berlin ne clôt rien. Le 15 mai 2026, la République démocratique du Congo a déclaré sa dix-septième épidémie de maladie à virus Ebola, de sous-type Bundibugyo. Elle a dépassé les 8 600 cas et les 4 178 décès, et la riposte couvre sept provinces . Le rapport des chiffres est brutal. Yambuku, en 1976, avait tué moins de trois cents personnes. L’épidémie en cours en a tué plus de quatorze fois plus, et elle n’est pas terminée. « La RD Congo a frôlé la catastrophe », disait le professeur Muyembe avant de mettre le cap sur le Nord-Kivu pour, selon son mot, matraquer le virus . Ce qui reste à établir Quatre éléments manquent et sont établissables auprès de l’INRB et du ministère de la Santé publique. L’affectation des 500 000 euros du prix, partagés entre les deux lauréats. Le budget annuel de l’INRB et la part qui vient de l’État congolais. La question de la succession à la tête de l’institut, que le professeur dirige depuis vingt-huit ans. Et le nombre de chercheurs congolais formés dans cet institut depuis 1998, qui est la vraie mesure d’un héritage. Odon Bakumba À lire aussi Muyembe et Peter Piot récompensés pour leurs travaux sur Ebola Plus de 8 600 cas d’Ebola et 4 178 décès, la riposte renforcée dans sept provinces « La RD Congo a frôlé la catastrophe » (Jean-Jacques Muyembe) Ebola à Beni : 13 patients guéris en deux jours, dont trois soignants The post De Yambuku à Berlin : Jean-Jacques Muyembe, cinquante ans face à Ebola appeared first on BETO .

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