Accord Moscou-Washington sur le pétrole : quelles conséquences après la levée des sanctions américaines ?

Alors qu'une délégation ukrainienne se trouve à Washington et que des discussions sont en cours avec les émissaires de Donald Trump, le président américain a annoncé, le 9 octobre, la levée des sanctions américaines contre le pétrole russe et un accord prévoyant la livraison immédiate de 300 000 tonnes de diesel.
À quelques semaines des élections de mi-mandat et alors que son camp est en grande difficulté, Donald Trump espère faire baisser le prix à la pompe. C'est le sens des accords passés cet été avec le Venezuela, et désormais avec le Kremlin.
On parle ainsi de 300 000 tonnes de diesel livrées dans les prochaines semaines, ce qui, d'après les experts, revient à peu près à 74 000 barils par jour, explique Nathanaël Vittrant, du service économie de RFI.
Au total, la Russie s'est engagée à mettre sur les marchés 1,8 million de tonnes de diesel d'après Donald Trump, soit 440 000 barils par jour d'ici à la fin de l'année. En 2025, d'après les chiffres officiels du gouvernement des États-Unis, le pays a consommé en moyenne un peu moins de quatre millions de barils de diesel par jour.
Cet accord couvre donc un peu plus de 10 % des besoins en diesel des États-Unis, mais c'est à nuancer fortement puisque 440 000 barils par jour, ce n'est pas seulement pour le marché américain, c'est le total. Et aujourd'hui les principaux acheteurs de pétrole russe sont la Chine et l'Inde. Autrement dit, l'impact sur les prix à la pompe aux États-Unis risque d'être très anecdotique.
Augmentation des exportations de pétrole en septembre
Pour la Russie en revanche, c'est une excellente nouvelle. D'abord parce que Moscou n'a pas attendu le feu vert des États-Unis pour mettre son pétrole sur les marchés - les exportations de pétrole brut ont ainsi augmenté de 8 % en septembre. Mais compte tenu des sanctions, il était vendu à prix cassé. Avec leur levée, les Russes vont pouvoir vendre leur pétrole plein prix, d'autant que la demande est importante.
Ensuite, le Kremlin avait cessé d'exporter le diesel, le pétrole raffiné, pour le conserver pour le marché intérieur, parce que les Ukrainiens frappent avec succès les raffineries russes. En acceptant de rouvrir les vannes, le Kremlin espère donc que la Maison Blanche fasse pression sur Kiev pour faire cesser ces frappes qui commencent à peser lourdement sur l'économie russe. Colère du côté ukrainien : les frappes russes sur l'Ukraine sont le « merci » de Moscou pour cet accord avec Washington, dénonce Zelensky.
L’Union européenne critique la levée des sanctions
Ce « coup de poignard » dans le dos est d'autant plus douloureux pour l'Ukraine qu'il suscite, pour l'instant, bien peu de condamnations des autres chancelleries occidentales.
La cheffe de la diplomatie de l’Union européenne, Kaja Kallas, a dénoncé samedi la décision américaine. « Suspendre les sanctions sur le diesel russe offre à Moscou davantage de revenus pour faire la guerre. Ce n'est pas le moment de relâcher la pression sur la Russie, et l'Europe ne le fera pas », a-t-elle écrit sur les réseaux sociaux. L’UE a par ailleurs promis de continuer à renforcer ses propres mesures contre Moscou. Lundi 12 octobre, les ministres des Affaires étrangères de l’UE doivent ajouter officiellement quelque 1 600 noms à la liste noire des personnes et entités visées par les sanctions européennes liées à la guerre en Ukraine.
Union européenne, Allemagne, Royaume-Uni et France y sont représentés, mais cela n’empêche pas le communiqué de Downing Street d’affirmer que gouvernement britannique s’engage à « maintenir la pression » sur le Kremlin avec « les sanctions les plus dures jamais imposées à la Russie » et à travailler étroitement avec ses partenaires internationaux pour assurer les soutien militaire et financier nécessaire à l’Ukraine. Le porte-parole du gouvernement allemand rappelle, quant à lui, que de nouvelles sanctions à l’encontre de la Russie sont en préparation au sein de l’UE mais se contente de « prendre acte » de l’accord américano-russe.
Mais les positions sont cependant clairement établies depuis l’assouplissement par les États-Unis des sanctions à l’égard du pétrole russe en mars 2026, un assouplissement qualifié « d’autodestructeur » par Valdis Dombrovskis, le commissaire européen à l’Économie.