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Écoles de police : Shabani évalue un réseau dont le dernier décompte officiel date de 2013

Beto.cd · Rédaction Kinshasa · 8 octobre 2026 · Source originale

Le vice-premier ministre, ministre de l’Intérieur, Sécurité, Décentralisation et Affaires coutumières, Jacquemain Shabani Lukoo Bihango, a tenu le mercredi 7 octobre 2026 une séance de travail avec le commandement de la Police nationale congolaise. Selon le ministère, la rencontre a porté sur l’évaluation des écoles de formation de la police sur l’ensemble du territoire, dans le cadre d’une réforme qui prévoit une formation préalable obligatoire pour toute nouvelle recrue. Le directeur général des écoles de la police, Vital Awashango, y a présenté un état des lieux, l’avancement de travaux de réhabilitation et des perspectives de lancement de formations. Le ministère rapporte aussi que le vice-premier ministre a rappelé au commandement la nécessité de renforcer la discipline et le respect de la loi, et insisté sur la responsabilité individuelle : tout policier auteur d’actes contraires à la loi doit répondre de ses actes devant les instances compétentes. Combien d’écoles ? Le dernier décompte officiel date de 2013 L’état des lieux présenté mercredi n’a pas de dénominateur public. Le seul document officiel qui énumère les écoles de police congolaises est l’ordonnance n° 13/121 du 28 décembre 2013, publiée au Journal officiel du 4 mars 2014. Elle nomme les responsables de l’Académie de police et de huit écoles : Mbankana, Mvula-Matadi, Kasapa, Kapalata, Bunia, Jules Moke, Mugunga et Kasangulu. Depuis, la carte a bougé sans qu’un décompte soit republié. Deux écoles au moins se sont ajoutées, et aucune des deux ne figure dans cette liste. Celle de Tshipuka, au Kasaï-Oriental, a été inaugurée le 23 mars 2021 et construite par l’Organisation internationale pour les migrations : première promotion de 200 agents dont 20 femmes, cursus de quatre modules et un mois de stage. Celle de Kalemie, au Tanganyika, a été inaugurée le 23 octobre 2024, financée par le Japon et construite par la même organisation, avec le lancement simultané d’une formation de 150 membres en police de proximité. Aucune source publique ne dit combien d’écoles la Police nationale congolaise compte aujourd’hui, ni lesquelles fonctionnent. C’est précisément ce qui donne son sens à un état des lieux présenté en séance de travail treize ans après le dernier inventaire officiel. Les bailleurs construisent, l’État inaugure L’école de Kalemie est née d’un projet de 3,8 millions de dollars signé le 15 novembre 2022, financé par le Japon et exécuté par son agence de coopération. À l’inauguration, le représentant de l’Organisation internationale pour les migrations a situé l’opération sans détour : la formation policière et les infrastructures font, selon lui, « partie intégrante de la réponse au départ de la MONUSCO ». La réhabilitation de Kapalata, près de Kisangani, a été annoncée achevée le 1er avril 2025 : treize hectares, capacité portée à plus de 2 000 apprenants dont 200 femmes, plus de 2 000 lits construits et équipés, électricité rétablie. Ni le coût ni le bailleur n’ont été nommés, le commandement provincial remerciant « le Gouvernement ». Le commandant de l’école, Romain Bisiono, résumait l’enjeu : « Quand on est bien formé, on peut bien sécuriser. » C’est là que mille nouvelles recrues ont entamé leur formation en juillet . L’Union européenne avait engagé 60 millions d’euros dans la réforme policière congolaise à l’état de novembre 2020. La troisième phase de son programme d’appui, dotée de 19,6 millions d’euros, avait pour objectif explicite de rendre l’Académie de police opérationnelle. Elle est arrivée à échéance le 15 décembre 2025, et aucun programme successeur n’est documenté. L’académie, elle, figurait déjà en perspective dans les documents du comité de suivi de la réforme. La loi de programmation, et son échéance La réforme dispose pourtant d’un cadre chiffré. L’Assemblée nationale a adopté en juin 2025 le projet de loi de programmation de la réforme pour 2026-2030 , après révision du budget initial de 6 793 milliards de francs congolais à 7 543 milliards, soit environ 2,55 milliards de dollars et une hausse de 11,04 %. Le texte prévoit notamment la construction de 1 046 commissariats dans les entités territoriales décentralisées. L’exercice en cours est donc la première année de cette programmation. L’évaluation des écoles annoncée mercredi en est le premier test mesurable : elle porte sur la ligne la plus coûteuse et la plus visible d’un plan dont le compteur a commencé à tourner en janvier. La formation obligatoire, et ce qu’elle corrige Le ministère présente la formation préalable obligatoire comme un acquis. Le problème qu’elle corrige a été nommé publiquement par la police elle-même. Le 25 janvier 2022, au stade des Martyrs à Kinshasa, le commissaire divisionnaire principal Dieudonné Amuli dénonçait des officiers qui « introduisent certains jeunes sans formation au sein de la Police et leur donnent les armes ». Il les appelait « ces faux policiers » et les désignait comme une source des abus de la corporation. L’histoire de l’institution explique l’enjeu. Le secrétariat exécutif du comité de suivi de la réforme écrivait en 2008 que la Police nationale congolaise était « née des cendres de six forces de police » et comptait dans ses rangs d’anciens militaires, des « combattants de factions », des « miliciens » et des volontaires de niveaux d’instruction très variés, formés en accéléré avant les élections. L’identification devait y remédier. Le recensement biométrique de la police, lancé en 2011 puis relancé le 9 avril 2015 à Kinshasa, n’a jamais donné lieu à un résultat chiffré public. Dix ans plus tard, le programme européen avait encore pour objectif de mettre en place des bases de données fiables et à jour. Les campagnes de recrutement récentes s’inscrivent dans ce cadre. Une police civile jugée par des juges militaires Sur la responsabilité individuelle, le cadre est précis et peu connu : en RDC, un policier est jugé par les juridictions militaires. Le rapport conjoint du Haut-Commissariat aux droits de l’homme et de la MONUSCO le rattache aux articles 18 et 19 du Code judiciaire militaire, la loi n° 023/2002 du 18 novembre 2002, et qualifie cette compétence de « très large », puisqu’elle ne se limite pas aux infractions commises dans l’exercice des fonctions. Le même rapport en signale la limite. Les juges militaires ne peuvent juger des gradés de rang supérieur au leur, de sorte que « de nombreux hauts gradés de l’armée et de la police échappent ainsi de fait à la justice militaire ». Trois décisions de 2026 le confirment en pratique. Le 11 septembre, le tribunal militaire de garnison de Matadi a condamné le commissaire principal José Mbayi wa Mbayi à cinq ans pour « manquement aux consignes de service », après la mort d’un motocycliste tué par balle ; l’auteur du tir, lui, est en fuite. Le 19 février, les tribunaux militaires de Mbuji-Mayi et Tshilenge ont condamné quatre policiers, dont deux à perpétuité, pour une irruption nocturne au domicile d’un collègue au cours de laquelle une fillette de huit ans a été tuée. Le 4 juin, la Cour militaire de Kinshasa-Gombe a condamné deux policiers à deux ans dans l’affaire des enfants Likulia, et acquitté le cadre de l’ANR poursuivi avec eux. Ce que les chiffres des Nations unies disent de la police Le rapport du secrétaire général des Nations unies du 19 mars 2026 attribue à la police 89 des 425 violations vérifiées imputées à des agents de l’État, soit environ 21 %, derrière les forces armées avec 207 cas. Il note que les violations imputées à la police ont continué de diminuer. Les notes mensuelles du Bureau conjoint aux droits de l’homme apportent une nuance. En novembre 2025, dans les provinces non affectées par les conflits, la police était mise en cause dans 32 des 50 violations documentées, et dans la moitié des atteintes à l’espace civique. En janvier 2026, elle comptait pour 31 des 135 violations attribuées à des agents de l’État, et des policiers ont ouvert le feu le 1er janvier à Ango, dans le Bas-Uélé, tuant un homme et une femme. Le volume baisse, la prééminence hors des zones de guerre demeure. Le discours du vice-premier ministre, lui, est constant. Le 5 mai 2025, il ordonnait à l’inspecteur général d’arrêter les policiers véreux : « Arrêtez-moi ces policiers véreux et mafieux ! » et « Nous avons besoin d’une police exemplaire et disciplinée ». Le 22 mai suivant, interrogé à l’Assemblée nationale sur les bavures et les effectifs fictifs, il renvoyait à la loi de programmation et à des contrôles inopinés. L’Inspection générale de la police travaille. Du 11 au 13 septembre 2026, elle a contrôlé des commissariats de Tshangu et de la Nsele à Kinshasa et constaté, dès le premier jour, des arrestations arbitraires et des détentions au-delà des délais légaux de garde à vue à Masina, Ndjili et Kimbanseke. Elle ne publie aucun chiffre, ni de dossiers ouverts, ni de sanctions prononcées. Évaluer des écoles sur un territoire qui n’est pas entièrement contrôlé L’évaluation porte sur l’ensemble du territoire national. L’école de Mugunga, à la périphérie ouest de Goma, figure dans la liste officielle de 2013 ; son état actuel n’est documenté nulle part. En février 2025, une centaine de policiers congolais de Bukavu ont été conduits à Goma puis vers le centre de formation de Rumangabo, pour une formation que l’AFC et le M23 qualifient d’idéologique. À lire aussi Assemblée nationale : adoption du projet de loi portant programmation de la réforme de la PNC 2026-2030 Réforme de la PNC : 1 000 nouvelles recrues entament leur formation à Kapalata Tracasserie routière : Shabani ordonne l’arrestation des policiers véreux The post Écoles de police : Shabani évalue un réseau dont le dernier décompte officiel date de 2013 appeared first on BETO .

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