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Makotipoko : la commission mixte reprend ses travaux à Kinshasa, l’indemnisation des victimes en dépend

Beto.cd · Rédaction Kinshasa · 7 octobre 2026 · Source originale

Le ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation de la République du Congo, Jean Olessongo Ondaye, est arrivé à Kinshasa le mercredi 7 octobre 2026, à la tête d’une délégation, pour la poursuite des travaux de la commission mixte chargée d’établir les circonstances de l’incident de Makotipoko. L’annonce vient du ministère de l’Intérieur de la République démocratique du Congo, sur son compte X. Il a été accueilli à son arrivée au Beach Ngobila par son homologue congolais, le vice-Premier ministre, ministre de l’Intérieur, Sécurité, Décentralisation et Affaires coutumières, Jacquemain Shabani Lukoo Bihango. Le Beach Ngobila, deuxième fois en cinq semaines Le lieu de l’accueil n’est pas anodin dans ce dossier. C’est au même Beach Ngobila que les deux militaires brazzavillois appréhendés après l’échange de tirs avaient été raccompagnés, fin août , un marin et un maréchal des logis-chef de gendarmerie. Le port fluvial de Kinshasa est le point de passage ordinaire entre les deux capitales, les plus proches au monde. Il a servi au geste d’apaisement de la fin août, il sert aujourd’hui à l’arrivée d’une délégation gouvernementale sur le même objet. Ce que la dépêche fixe : la nuit du 26 au 27 août Le communiqué apporte une précision qui manquait. Il situe l’incident « dans la nuit du 26 au 27 août 2026 », là où la date avait varié selon les sources dans les premiers jours. La presse de Brazzaville retenait le 26 août, d’autres récits le 27 , et le compte rendu du Conseil des ministres du 28 août parlait, lui, d’un « incident marin » sans le dater. La localisation retenue par le ministère congolais est « la zone de Makotipoko, en République du Congo ». Les faits s’étaient produits sur le fleuve, à hauteur du territoire de Yumbi, dans le Maï-Ndombe, face à cette localité de la rive droite, à une quarantaine de kilomètres en amont selon les premiers récits. Le bilan, lui, n’est toujours pas officiellement arrêté. Un mort et plusieurs personnes portées disparues ont été évoqués. La ministre d’État chargée des Affaires étrangères de la RDC, Thérèse Kayikwamba Wagner, se trouvait à Brazzaville au moment des faits et avait mentionné des pertes en vies humaines sans les chiffrer. Le dossier est passé de la Défense à l’Intérieur La visite marque un déplacement du traitement du dossier d’un ministère à l’autre. Fin août, le canal était celui de la Défense et des Affaires étrangères. Le Conseil des ministres faisait état de « contacts en cours entre les ministres de la Défense des deux pays et ceux des Affaires étrangères, qui ont activé des mécanismes de coordination et des partages d’informations pour prévenir de situations de ce genre ». La cheffe de la diplomatie congolaise décrivait alors un travail de recoupement en cours. « Je suis à Brazzaville en contact avec mon homologue. Les ministres de la Défense de nos deux pays sont en échange permanent. Nous sommes en train de finaliser la triangulation de l’information », déclarait-elle. Elle ajoutait une ligne que les deux capitales ont tenue depuis. « Cet incident ne reflète pas à l’image des relations que nous avons et des relations que nous voulons continuer à entretenir. Le souci pour nous est de voir comment les mécanismes déjà en place entre nos deux pays doivent être renforcés pour une meilleure anticipation et prévention de tels incidents. » Ces mécanismes existaient déjà avant l’incident. Les ministres de la Défense des deux pays s’étaient rencontrés le 3 avril 2026 à Kinshasa pour renforcer la sécurité aux frontières fluviales et terrestres, dans le prolongement de discussions tenues à Brazzaville en février. Une commission mixte née d’un tête-à-tête présidentiel Le passage à l’Intérieur a été décidé au plus haut niveau. Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo s’est rendu le samedi 3 octobre à Brazzaville pour un entretien avec Denis Sassou Nguesso , consacré notamment à cette question, et il avait emmené dans sa suite ses vice-Premiers ministres de l’Intérieur et de la Défense. Le président congolais l’avait dit lui-même. « J’ai emmené dans ma suite les ministres de l’Intérieur et de la Défense pour qu’ils voient ensemble comment éviter à l’avenir ce genre de dérapages. Nous sommes un même peuple, nous avons la même culture. Nous sommes appelés à vivre ensemble », déclarait-il. La visite de ce mercredi exécute cette orientation. Le ministère de l’Intérieur de la RDC écrit que les travaux se poursuivent « conformément aux orientations des deux Chefs d’État », avec deux objets : « faire toute la lumière sur les circonstances de cet incident » et « renforcer les mécanismes de concertation et de coopération entre les deux pays ». Ce qu’une commission mixte peut faire, et ce qu’elle ne peut pas Une commission mixte est un organe administratif bilatéral. Elle réunit les services de deux États pour confronter leurs versions, arrêter un constat commun et proposer des mesures. La RDC en connaît l’usage avec plusieurs voisins, dont le Gabon , où ce format sert à traiter les dossiers de circulation, de coopération et de frontière. Ce qu’elle ne fait pas : elle ne juge pas et ne poursuit pas. Les deux États ont chacun ouvert une enquête, et l’établissement de responsabilités individuelles relève de ces procédures nationales, pas du constat bilatéral. Un rapport de commission mixte peut documenter et recommander, il ne vaut pas décision de justice. L’indemnisation attend le rapport C’est là que les travaux de Kinshasa pèsent le plus. Le président congolais a exprimé à Brazzaville ses « profonds regrets » et annoncé qu’il rencontrerait les victimes, une fois le rapport des délégations rendu , cette rencontre devant servir à définir les modalités de leur indemnisation par la RDC. L’engagement est donc suspendu à un document que la commission mixte doit produire. Aucun calendrier de remise n’a été communiqué, ni le nombre de victimes retenu, ni la nature des préjudices couverts. Le secteur concerné porte par ailleurs une mémoire lourde. Le territoire de Yumbi a été le théâtre, les 16 et 17 décembre 2018, de violences intercommunautaires qui ont fait au moins 535 morts et 111 blessés selon le rapport d’enquête des Nations unies. Plus de 16 000 Congolais avaient alors franchi le fleuve pour se réfugier en République du Congo, plusieurs milliers à Makotipoko même. Le climat entre les deux rives est resté tendu après l’incident. Des violences et des attaques contre des biens ont ravivé en septembre le spectre de nouvelles expulsions , l’une des hypothèques récurrentes de la relation entre Kinshasa et Brazzaville. À lire aussi Yumbi : une fusillade sur le fleuve entre militaires congolais et brazzavillois Tshisekedi exprime ses « profonds regrets » et promet d’indemniser les victimes Deux militaires brazzavillois raccompagnés au Beach Ngobila Le spectre de nouvelles expulsions ravivé par les tensions entre les deux capitales The post Makotipoko : la commission mixte reprend ses travaux à Kinshasa, l’indemnisation des victimes en dépend appeared first on BETO .

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