Allemagne : l’ex-chef du renseignement arrêté

Le parquet fédéral allemand soupçonne August Hanning notamment d'espionnage au détriment de l'État, de tentative de trahison et d'activités au profit de services de renseignement étrangers.
Selon les révélations conjointes des médias WDR, NDR et du quotidien Süddeutsche Zeitung, les enquêteurs ont également arrêté un ancien haut responsable du BND , Manfred D., qui aurait fourni pendant des années des documents classifiés à son ancien supérieur.
D'après les enquêteurs, Manfred D., qui a occupé jusqu'au printemps 2026 des fonctions importantes au sein du BND, aurait transmis à August Hanning environ 2.000 documents confidentiels, parfois en échange d'argent. Ces documents comprendraient notamment des notes destinées aux réunions sécuritaires de la chancellerie allemande , ainsi que des informations sensibles concernant le programme nucléaire iranien, l'armée russe et des renseignements fournis par des services partenaires étrangers.
Les autorités craignent qu'une telle fuite ait pu compromettre la confiance des services de renseignement alliés avec l' Allemagne et affecter les échanges futurs d'informations stratégiques.
Les investigations portent également sur l'utilisation présumée de ces informations sensibles. Les procureurs soupçonnent August Hanning d'avoir rédigé, dans au moins un cas, une analyse sécuritaire destinée à un service de renseignement étranger. Les médias allemands précisent toutefois que la Russie ne serait pas concernée par cette affaire.
Les enquêteurs examinent aussi l'hypothèse selon laquelle l'ancien chef du BND aurait utilisé des informations internes du service dans le cadre de ses échanges avec un agent étranger.
L'affaire aurait été mise au jour à la suite d'une enquête distincte concernant l'héritière allemande de la chaîne de restaurants Steak House, Christina Block. Lors d'une perquisition menée en 2025 au domicile et dans les bureaux de August Hanning, les enquêteurs auraient découvert un support électronique contenant des documents classifiés du BND. Cette découverte aurait conduit les autorités fédérales à ouvrir une enquête secrète en 2026.
August Hanning avait déjà été cité dans le dossier Christina Block, les enquêteurs soupçonnant son implication dans une tentative antérieure d'enlèvement des enfants de l'héritière dans le cadre d'un conflit de garde. Il a toujours contesté ces accusations.
Si les accusations étaient confirmées, l'affaire pourrait constituer l'un des plus graves scandales de renseignement de l'histoire de la République fédérale d'Allemagne. Jamais un ancien dirigeant du BND n'avait fait l'objet d'accusations aussi graves liées à une possible trahison des intérêts de l'État allemand.
Âgé de 80 ans, August Hanning a dirigé le BND entre 1998 et 2005 avant d'occuper le poste de secrétaire d'État au ministère fédéral de l'Intérieur. Après avoir quitté la fonction publique, il s'était reconverti dans le conseil en sécurité et les activités de consulting.
À ce stade, il ne s'agit que d'allégations. La présomption d'innocence demeure jusqu'à une éventuelle décision de justice.