Aliko Dangote détient-il la clé du succès en Afrique ?

Parti du commerce de matières premières au Nigeria , dans les années 1980, le milliardaire a bâti, en quelques décennies, un groupe présent aujourd'hui dans une vingtaine de secteurs et dans de nombreux pays africains.
Son premier grand succès, c'est le ciment. En produisant localement et en contrôlant une partie de sa chaîne d'approvisionnement, Aliko Dangote a progressivement étendu son modèle du Nigeria à l' Éthiopie , à la Tanzanie , au Sénégal ou encore à la Côte d'Ivoire .
Mais son pari le plus spectaculaire reste le pétrole. Sa raffinerie géante près de Lagos doit permettre au Nigeria, premier producteur de pétrole d'Afrique, de réduire sa dépendance aux produits pétroliers importés.
À Lamu, au Kenya, où il vient de lancer un nouveau projet de raffinerie, Aliko Dangote défend une ambition clairement panafricaine.
"Notre ambition est de contribuer à changer les termes des échanges commerciaux. Nous voulons voir davantage de navires quitter les côtes africaines avec à leur bord des produits fabriqués en Afrique, par des Africains, pour l'Afrique, mais aussi destinés au reste du monde. Nous voulons inverser la tendance : l'Afrique ne doit plus être le dépotoir du monde. Nous voulons aussi pouvoir exporter nos produits vers les autres marchés."
Et sa stratégie, selon Mma Amara Ekeruche, chercheuse au Centre d'étude sur les économies africaines , peut renforcer l' autonomie économique du continent.
"À terme, cela pourrait réduire notre vulnérabilité face aux chocs énergétiques mondiaux. Mais plusieurs facteurs doivent être pris en compte… Je pense que les investissements à haut risque font partie de la stratégie de Dangote. Lui, comme d'aut res industriels africains, peut contribuer, à terme, à rendre l'Afrique moins dépendante des investissements étrangers."
Mais la chercheuse met aussi en garde contre la concentration des marchés entre les mains d'un seul acteur.
Aliko Dangote, lui, assume une stratégie fondée sur des investissements massifs et de long terme. Son credo : l'Afrique doit désormais croire en sa capacité à réaliser de grands projets.
"Nous devons cesser de nous demander si l'Afrique est capable de construire de grands projets. Nous devons plutôt nous demander à quelle vitesse elle peut construire ce dont elle a besoin. Nous devons arrêter de croire que la transformation nous sera apportée de l'extérieur. C'est à nous de la construire."
Une ambition industrielle qui pourrait contribuer à transformer les économies africaines, mais qui pose aussi la question de la concurrence et de la concentration des marchés.