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Franc congolais : un an après le raffermissement historique, le pari de la stabilité gagne

Zoom Eco · Kiala Curnis · 1 octobre 2026 · Source originale

Après des décennies marquées par une tendance presque continue à la dépréciation, le franc congolais a connu à l’automne 2025 un retournement spectaculaire. Un an plus tard, le fait majeur n’est plus seulement l’ampleur de son appréciation : c’est la capacité de la monnaie nationale à conserver l’essentiel du terrain gagné. Autour de 2 200 à 2 300 CDF pour un dollar américain, elle semble avoir trouvé un nouveau palier. Une évolution favorable au pouvoir d’achat, à la maîtrise de l’inflation et à la reconstruction de la confiance, à quelques mois d’une nouvelle étape dans la promotion de la monnaie nationale. Le Groupe de Recherche en Economie et Commerce (GREC) qui regroupe plusieurs chercheurs du Département d’économie et finance du Centre de recherche en sciences humaines (CRESH) livre ci-dessous une analyse de la tendance observée. Il annonce qu’un article scientifique sur le sujet est en cours de finalisation. Pendant longtemps, parler du franc congolais revenait presque inévitablement à parler de sa dépréciation. Depuis sa mise en circulation, le 30 juin 1998, la monnaie nationale a certes connu quelques périodes de stabilité, mais sa trajectoire de long terme est restée marquée par une perte de valeur face au dollar américain. Dans une économie fortement dollarisée , cette évolution a progressivement façonné les comportements : préférence pour l’épargne en devises, recours fréquent au dollar dans les transactions importantes et perception du franc congolais comme une monnaie principalement destinée aux dépenses courantes. L’année 2025 a marqué une rupture D’un raffermissement historique à un nouveau palier Après avoir évolué autour de 2 800 à 2 900 CDF pour un dollar , le taux de change a fortement baissé à l’automne 2025. Le franc congolais s’est apprécié dans des proportions rarement observées dans son histoire récente. Le FMI relève qu’entre fin août et mi-octobre 2025, cette appréciation a atteint 34,2 % sur le marché officiel et 31,7 % sur le marché parallèle , selon sa méthodologie. Il associe notamment ce mouvement aux mesures prudentielles correctives concernant les réserves obligatoires sur les dépôts bancaires en devises. Mais une appréciation rapide pouvait légitimement susciter une question : s’agissait-il d’un ajustement ponctuel ou du début d’un nouvel équilibre ? Près d’un an plus tard, la trajectoire observée apporte un premier élément de réponse. Le franc n’est pas revenu vers son ancien niveau. Après quelques fluctuations normales, il s’est maintenu principalement dans un corridor compris entre 2 200 et 2 300 CDF/USD . Au 30 septembre 2026 , le taux indicatif publié par la Banque Centrale du Congo s’établit à 2 268,7600 CDF pour un dollar américain , avec un cours acheteur moyen de 2 217,5933 CDF et un cours vendeur moyen de 2 319,9267 CDF. Figure : Evolution du taux de change indicatif (CDF pour 1 USD) de fin septembre 2024 à fin septembre 2026 Source : BCC, taux de change indicatifs du jour. Traitement du GREC . C’est sans doute là que réside le fait économique le plus significatif : au raffermissement historique a succédé une phase de consolidation . Le changement de palier observé au dernier trimestre de 2025 ne s’est pas effacé au fil des mois. Cette évolution ne repose d’ailleurs pas uniquement sur des facteurs monétaires. Le FMI relevait également, en 2026, l’amélioration du compte courant, l’évolution favorable des prix de certaines exportations minières et le renforcement des réserves internationales. Celles-ci avaient atteint 8,8 milliards de dollars à fin mars 2026 . Quand le taux de change rejoint le panier de la ménagère Pourquoi cette stabilité est-elle si importante ? Parce qu’en République D émocratique du Congo le taux de change n’est pas une abstraction réservée aux économistes. Il se transmet rapidement à la vie quotidienne. Une part importante des biens consommés, des équipements et des intrants utilisés dans l’économie est importée ou comporte une composante importée. Lorsque le dollar devient plus cher en francs congolais, ces importations coûtent davantage en monnaie nationale et cette hausse peut se répercuter sur les prix. À l’inverse, un franc congolais plus stable et plus fort réduit cette pression, toutes choses égales par ailleurs. Ce mécanisme, appelé pass-through du taux de change , s’est clairement manifesté après l’appréciation de 2025. Le FMI relève que l’inflation en glissement annuel, encore située à 7,8 % en septembre 2025 , est descendue à 2,5 % en octobre , puis à 2,2 % en novembre . Pour les ménages rémunérés en francs congolais, la stabilité monétaire contribue ainsi à protéger le pouvoir d’achat. Pour les entreprises, elle améliore la visibilité nécessaire à la fixation des prix, à l’établissement des budgets et aux décisions d’investissement. Cela ne signifie évidemment pas qu’une appréciation du franc entraîne mécaniquement une baisse généralisée des prix. Le transport, l’énergie, les taxes, les marges commerciales, la concurrence et les conditions d’approvisionnement interviennent également. Mais elle réduit un puissant facteur d’inflation et d’incertitude. Encadré : Ce qu ’un franc g ongolais stable change pour les ménages, les entreprises et l’économie Une stabilité éprouvée par les chocs La consolidation du franc congolais mérite d’autant plus l’attention qu’elle intervient dans un environnement peu favorable à une stabilité spontanée. L’économie congolaise demeure exposée aux tensions géopolitiques internationales, aux perturbations des chaînes d’approvisionnement et aux fluctuations des cours de l’énergie et des matières premières. À l’intérieur du pays, le conflit dans l’Est continue également de peser sur les finances publiques, notamment à travers les dépenses sécuritaires. À ces contraintes s’ajoutent les périodes saisonnières de forte demande de liquidités et de devises, comme la rentrée scolaire. Le maintien de la monnaie nationale congolaise autour de son nouveau palier malgré ces pressions ne signifie pas que la monnaie serait désormais à l’abri de tout choc. Il indique plutôt que sa capacité de résistance s’est sensiblement renforcée . De la stabilité à la confiance L’enjeu dépasse toutefois le seul taux de change. Il concerne désormais la confiance dans la monnaie nationale . Une monnaie est utilisée et conservée parce que les agents économiques anticipent qu’elle continuera à remplir ses fonctions demain. Or, après plusieurs décennies de dollarisation, cette confiance ne peut se reconstruire instantanément. La stabilité prolongée du franc congolais peut progressivement modifier les comportements. Lorsque le salarié constate que son revenu conserve davantage sa valeur, que l’entreprise peut planifier ses dépenses avec moins d’incertitude et que l’épargnant ressent moins fortement le besoin de convertir immédiatement ses encaisses en dollars, le rapport à la monnaie nationale commence à évoluer. Un cercle vertueux peut alors s’installer : stabilité du franc congolais → modération de l’inflation → amélioration des anticipations → confiance accrue et utilisation plus importante de la monnaie nationale . Cette confiance reste néanmoins un acquis à consolider. En matière monétaire, la crédibilité se construit lentement et peut se détériorer rapidement. Le 9 avril 2027 en ligne de mire Cette évolution prend une dimension supplémentaire à l’approche du 9 avril 2027 . À compter de cette date, conformément aux orientations annoncées par la Banque Centrale du Congo, les transactions en espèces en monnaies étrangères ne seront plus acceptées, les opérations en devises devant emprunter les circuits bancaires et électroniques prévus à cet effet. Il ne s’agit donc pas de supprimer les devises de l’économie congolaise, mais de réserver progressivement l’usage des espèces aux francs congolais , tout en maintenant la possibilité d’effectuer des opérations scripturales en devises. Une telle réforme est naturellement plus aisée à mettre en œuvre dans un environnement où la monnaie nationale inspire davantage confiance que dans une période de dépréciation accélérée. La stabilité actuelle constitue donc à la fois un atout et une responsabilité . Après la reconquête, la consolidation L’évolution récente du franc congolais peut finalement se résumer en trois séquences : raffermissement, stabilisation, consolidation . La première a été spectaculaire. La deuxième est désormais observable sur près d’une année. La troisième sera la plus déterminante. Car l’objectif ne saurait être de figer le taux de change à un niveau précis. Une monnaie doit continuer à refléter les fondamentaux de l’économie et à absorber une partie des chocs auxquels celle-ci est confrontée. Le FMI recommande d’ailleurs de préserver ce rôle du taux de change, tout en poursuivant l’accumulation de réserves et une conduite prudente de la politique monétaire. L’enjeu est plutôt d’éviter le retour des mouvements désordonnés qui alimentent l’inflation et détériorent les anticipations. Un an après le raffermissement historique de 2025, le franc congolais a franchi une étape importante : il a non seulement regagné de la valeur, mais il a conservé l’essentiel de ce gain . Le défi consiste désormais à transformer cette stabilité en confiance durable et cette confiance en usage accru de la monnaie nationale. À l’approche du 9 avril 2027, c’est probablement là que se situe la prochaine frontière : faire du franc congolais non seulement la monnaie a yant cours légal en République D émocratique du Congo, mais une monnaie que les Congolais ont davantage confiance à détenir, à utiliser et à conserver . C’est ici que la communication de la Banque Centrale du Congo trouve tout son pesant d’or lorsqu’une phrase interpelle : soyons francs, vivons francs (congolais).

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