RDC : Albert Zeufack expose les faiblesses de l’économie et les pistes de solution

Une croissance moyenne de 6,5 % par an sur dix ans, mais une pauvreté passée de 72 % en 2012 à 69 % en 2020. Pour Albert Zeufack, ces chiffres illustrent la difficulté de l’économie congolaise à transformer ses performances en progrès social. Le Directeur des opérations de la Banque mondiale pour la RDC a présenté ce diagnostic, le mardi 29 septembre 2026, au Fleuve Congo Hôtel, à Kinshasa. Cette consultation sur l’entrepreneuriat, l’industrie et les investissements préparait le Cadre de partenariat pays 2027-2036. L’emploi traduit également cette fragilité : plus des deux tiers de la population travaillent, mais deux tiers des travailleurs gagnent moins que le seuil de pauvreté. « Cette croissance, malheureusement, ne se traduit pas par une réduction de la pauvreté proportionnelle », a-t-il déclaré. La première faiblesse tient à une croissance tirée par l’extraction et l’exportation brute de minerais, peu créatrices d’emplois. Les autres activités souffrent de l’insuffisance des infrastructures. L’accès à l’électricité atteint seulement 21 %, contre 42 % en moyenne en Afrique subsaharienne. S’y ajoutent les carences de l’éducation, de la formation, de la santé et de la nutrition. La mauvaise gouvernance, la concentration des revenus, un climat d’investissement peu attractif et les conflits aggravent ces difficultés. L’utilisation des financements pose aussi problème. La Banque mondiale a doublé son portefeuille, porté à 8,2 milliards USD, mais près de la moitié reste non décaissée. « Alors, qu’est-ce qui n’a pas marché, d’après nous ? C’est véritablement la mise en œuvre. », a-t-il soutenu. Pour des projets de quatre à cinq ans, les décaissements devraient atteindre 20 à 25 % annuellement. Or, le seuil de 25 % n’a plus été atteint depuis cinq ans. Les trois derniers taux cités sont de 16 %, 21 %, puis 23,5 % l’année dernière, après des « efforts titanesques ». Le partenariat 2022-2026 reposait sur trois priorités : stabilisation, services de base et capital humain, gouvernance économique et investissement privé. Un tiers du portefeuille était concentré dans trois provinces de l’Est. Des résultats ont néanmoins été obtenus : plus de 21 millions de personnes ont bénéficié de services essentiels de santé et plus de 3 millions d’enfants supplémentaires ont rejoint l’école. Pour l’eau, Albert Zeufack cite plus de 2 millions de personnes desservies à Binza Ozone, avec l’ambition de dépasser 6 millions dans le prochain partenariat. Pour améliorer les conditions de vie, il préconise de diversifier la production et de faciliter le financement des PME afin de créer davantage d’emplois. Développer l’électricité et les liaisons entre les territoires doit soutenir ces activités. Renforcer l’éducation, la formation, la santé et la nutrition doit aussi améliorer les capacités de travail et les revenus. Ces orientations rejoignent la Vision 2050 et le PNSD 2024-2028. Pour accélérer les projets, Albert Zeufack recommande des unités de gestion stables, professionnelles et préservées des interventions politiques. La Banque mondiale devrait raccourcir ses délais d’avis de non-objection. Des dossiers mieux préparés permettraient de réduire les corrections successives, tandis que les procédures environnementales, sociales et de passation des marchés doivent gagner en rapidité. Enfin, il appelle à une gestion transparente des ressources. Il présente les crédits IDA comme des financements à 0,75 % par an, sur vingt-cinq à trente ans, avec des différés de cinq à dix ans. Face à la concurrence entre pays, une exécution plus rapide doit permettre de conserver ces financements. Leur utilisation doit respecter les accords conclus : toute dépense inéligible doit être remboursée par l’État. Flory MUSISWA