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Stations-service : la RDC n’a aucune distance légale

Beto.cd · Rédaction Kinshasa · 1 octobre 2026 · Source originale

La ministre d’État, ministre des Hydrocarbures, Acacia Bandubola Mbongo, a réuni mercredi 30 septembre dans son cabinet les directeurs généraux des principales sociétés pétrolières du pays pour leur présenter un projet d’arrêté encadrant l’implantation et l’exploitation des stations-service. Le texte, qui doit être signé « dans les prochains jours » selon la cellule de communication du ministère, imposera une autorisation technique préalable de l’administration avant toute nouvelle construction, assortie de critères de distance, de sécurité environnementale et de normes de construction. Cobil, Engen et TotalEnergies ont dit leur soutien. Le diagnostic que le ministère met en avant est partagé par les opérateurs : distances de sécurité ignorées, voisinage immédiat d’habitations, concurrence faussée. « Nous avons constaté, nous les sociétés commerciales, qu’il y a beaucoup de stations qui se mettent juste côte-à-côte ou face-à-face avec nos stations », a déclaré Placide Mutabunga, directeur général de Cobil, cité par le ministère. Le patron d’Engen RDC, Moussa Konaté, a chiffré la distorsion : « Si une société comme Engen, Total ou Cobil investit 2 millions de dollars pour bâtir une station aux normes, et que quelqu’un d’autre crée une station à 200 000 dollars sans respecter les règles, cela crée une distorsion. » Pour Cheick Omar Diallo, directeur général de TotalEnergies Marketing RDC, « une station-service n’est pas un endroit neutre, c’est un site où sont stockés des hydrocarbures ». L’autorisation préalable existe en droit depuis 2015 Ce que l’arrêté annoncé apporte n’est pas le principe, qui figure déjà dans la loi. L’article 113 de la loi n° 15/012 du 1er août 2015 portant régime général des hydrocarbures dispose que « les règles d’aménagement et d’exploitation des installations ainsi que les spécifications et consignes des équipements sont déterminées par le règlement d’hydrocarbures ». Ce règlement existe : le décret n° 25/14 du 4 avril 2025, qui a remplacé celui de 2016, énonce à son article 6 que « toute implantation des installations classées pétrolières fixes ou mobiles est soumise à l’autorisation préalable du ministre », et précise que « les modalités d’exécution sont fixées par arrêté ministériel conformément à l’article 113 de la loi ». C’est cet arrêté d’exécution qui n’a jamais été pris. L’obligation d’autorisation préalable est donc inscrite dans le droit congolais depuis onze ans, et reconduite il y a dix-huit mois, sans que l’administration dispose du texte qui la rend applicable. Le règlement d’hydrocarbures ne consacre du reste qu’une seule définition aux stations-service, à son article 2 : une « installation pétrolière destinée à la commercialisation des produits pétroliers » comportant « divers services complémentaires ». La loi de 2015, elle, n’emploie pas une seule fois le mot. Aucune distance minimale n’existe aujourd’hui La question des distances, au cœur du projet d’arrêté, n’est tranchée par aucun texte en vigueur. Ni la loi de 2015, ni le règlement d’hydrocarbures d’avril 2025, ni le décret n° 13/015 du 29 mai 2013 portant réglementation des installations classées, ni le décret n° 14/019 du 2 août 2014 sur les mécanismes procéduraux de protection de l’environnement ne fixent d’écart minimal entre deux stations, ni entre une station et une habitation, une école ou un hôpital. Le seul repère chiffré du droit congolais est un volume. L’annexe du décret de 2013 range les dépôts de liquides inflammables de moins de 25 mètres cubes en catégorie Ib, soumise à un permis d’exploitation provincial délivré par le gouverneur, et ceux de plus de 25 mètres cubes en catégorie Ia, soumise à un permis national délivré par le ministre de l’Environnement. Les dangers listés sont ceux « d’incendie, d’explosion et de maladies professionnelles ». Le seuil commande l’autorité compétente, pas l’emplacement. À défaut de norme nationale, l’article 115 de la loi de 2015 renvoie aux « normes et spécifications internationales ». Quatre ans d’annonces sans bilan public L’initiative s’inscrit dans une série. Le 15 juillet 2022, en Conseil des ministres, Félix Tshisekedi déplorait la construction de stations-service « au mépris des risques » et invitait le gouvernement à « s’interroger sur les circuits financiers ainsi que les ramifications générées par cette activité », qui « se retrouve souvent au cœur des dispositifs d’ingénierie financière illicite ». Il demandait un état des lieux et des propositions de mesures, sans fixer de délai. Deux semaines plus tard, le 29 juillet 2022, le ministre des Hydrocarbures de l’époque, Didier Budimbu, annonçait un moratoire sur la délivrance des titres , la suspension des chantiers en cours et des missions d’inspection dans tout le pays. Il promettait aussi « l’accélération des travaux d’élaboration des actes d’exécution de la loi portant régime général des hydrocarbures », soit exactement le texte présenté quatre ans plus tard. En novembre de la même année, la démolition des stations en construction anarchique était à son tour annoncée. Aucun bilan public de fermetures, de démolitions ou de sanctions n’a été publié depuis. L’État ignore la taille du parc qu’il veut réglementer Le seul recensement officiel jamais rendu public date de juillet 2022 et ne porte que sur la capitale : 245 stations-service identifiées à Kinshasa, dont 204 opérationnelles, 21 en construction et 20 à l’arrêt. Pour Lubumbashi, le ministère évoquait alors « plus de 40 » établissements dans certains secteurs. Aucun chiffre national n’existe, ni au ministère, ni dans les rapports de l’Initiative pour la transparence des industries extractives. Le cas d’école cité par les techniciens du secteur n’a pas bougé : trois stations au seul rond-point de Super Lemba, à Kinshasa, relevées par Radio Okapi en juillet 2022 puis de nouveau en décembre 2024. Ce que coûte l’absence de règle Le risque n’est pas théorique. Le 24 février 2023, l’incendie d’une station-service à Bunia a fait six morts et trois blessés, le feu s’étant déclaré, selon la police, après un court-circuit dans un camion-citerne ; le boulevard de la Libération comptait alors plus de vingt pompes installées de façon rapprochée, et la ville ne dispose que d’un camion anti-incendie . Le 30 juillet 2024, à Bukavu, l’embrasement d’une station voisine de l’hôpital général a fait trois grands brûlés et contraint à évacuer des patients. En mars 2022, à Matete, un feu de station s’était propagé aux maisons voisines. Le 2 février 2026, un dépôt à ciel ouvert de la commune de Limete brûlait à son tour, sans victime. Acacia Bandubola Mbongo a pris les commandes du ministère le 20 août 2025, première femme à ce poste, après avoir été ministre de l’Économie nationale en 2019 puis ministre des Affaires foncières. Après l’incendie de Limete, elle avait décidé de retirer les agréments des dépôts clandestins. Son ministère porte en parallèle d’autres chantiers, dont un pipeline de 332 kilomètres vers Kinshasa et la valorisation du gaz de Muanda . Deux réserves accompagnent cette annonce. Le texte du projet d’arrêté n’est pas public, et ses critères chiffrés restent donc inconnus. Et sur les trois dirigeants cités par le ministère, deux voient leur fonction confirmée par le site de leur entreprise, Cheick Omar Diallo chez TotalEnergies Marketing RDC, qui exploite une quarantaine de stations dans le pays, et Placide Mutabunga chez Cobil, société du portefeuille de l’État ; la direction générale d’Engen RDC, filiale du groupe Vivo Energy détenu par Vitol, n’est documentée par aucune publication de l’entreprise. À lire aussi Prolifération des stations-service : Tshisekedi invite le gouvernement à s’interroger sur le circuit financier Didier Budimbu annonce la fermeture des stations-service non en règle Hydrocarbures : le gouvernement projette un nouveau pipeline de 332 km vers Kinshasa The post Stations-service : la RDC n’a aucune distance légale appeared first on BETO .

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