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Le dialogue et l'entraide pour prévenir les conflits, la stratégie de Mai Zabbi

DW Afrique · Balkissa Sidi Ahmed · 1 octobre 2026 · Source originale

Au Niger , l'accès à la terre reste un défi pour de nombreuses femmes rurales . À Gaya, dans le sud-ouest du pays, une agricultrice de 70 ans a réussi à acquérir son propre champ après des années de précarité.

Aujourd'hui, elle aide d'autres femmes à cultiver et elle coopère avec des éleveurs pour prévenir les conflits autour des terres.

Nous sommes à Lonkon Goma, à trois kilomètres de Gaya, dans le champ de Mai Zabbi , de son vrai nom Amina Tankari, âgée de 70 ans.Depuis la mort de son mari, il y a plus de 25 ans, elle cultive du mil, du sorgho, de l'arachide et des haricots. Une activité qu'elle exerce dans des conditions parfois difficiles comme quand " lors du désherbage, on croise des serpents et des scorpions". Amina assure avoir été aussi "victime de dégâts causés par des animaux" qui ont dévasté son champ à l'aube.

Pendant des années, Mai Zabbi a aussi dû composer avec la précarité foncière. Elle louait des terres que les propriétaires pouvaient lui reprendre à tout moment, souvent pour les confier à des hommes.

"Même en pleine production, on peut aussi te retirer le champ. Mais connaissant les avantages de l'agriculture, je ne pouvais pas abandonner, car c'est la base de la richesse. Alors, j'ai fini par acheter mon propre champ" raconte l'agricultrice .

Cette force, Mai Zabbi, la transmet à d'autres femmes du village . Elle les encourage à continuer de travailler la terre, malgré les difficultés, comme en témoigne Matta, une femme de 65 ans, rencontrée dans sa parcelle.

Elle assure que Mai Zabbi  lui a "remonté le moral l'année dernière" lorsque les animaux ont détruit son champ . "Cette année, elle m'a prêté une partie de son champ. J'ai aussi semé de l'arachide" précise Matta.

Mais soutenir ces femmes, c'est aussi protéger leurs récoltes. Pour limiter les dégâts causés par le bétail et les risques de tensions qui en découlent, Mai Zabbi a noué une amitié avec Garba Maman, un éleveur.

Garba Maman veille ainsi sur le champ de Mai Zabbi, mais aussi sur ceux d'autres femmes. Éleveur depuis cinquante ans et propriétaire de plus d'une centaine de têtes de bétail, il voit dans cette entraide un moyen d'éviter les incidents, avant qu'ils ne dégénèrent en conflits.

Garba Maman résume la situation ainsi : "Si tu confies le troupeau à un enfant mineur, car pour toi il s'agit juste de conduire le troupeau, les bœufs iront dans les champs pour tout dévaster, car le petit n'est pas conscient du problème. Et là, le propriétaire est furieux. Si toi aussi tu ne vas pas t'excuser, alors c'est la bagarre. Mai Zabbi et ses amies nous confient chacune leur champ avant de partir, le soir, lorsque nous revenons du pâturage. Le matin, elles retrouvent leur champ sans aucun problème. Nous n'avons jamais eu de mésentente, parce que nous avons su bien gérer les choses."

Mai Zabbi et Garba Maman sensibilisent aussi les agriculteurs et les éleveurs. Chacun s'adresse à sa communauté pour encourager le dialogue et le respect de certaines pratiques susceptibles de prévenir les incidents.

"Les agriculteurs doivent désherber leurs champs et installer des clôtures pour bien les délimiter. Si cela est fait, les animaux ne vont pas y entrer. Mais tant que les champs ne sont pas bien entretenus, les animaux peuvent y entrer en pensant qu'il s'agit simplement d'herbe " explique Mai Zabbi

À Lonkon Goma, Mai Zabbi a ainsi transformé son champ en espace d'entraide entre agricultrices. À 70 ans, elle continue d'y semer du mil, du sorgho et des haricots. Mais aussi, à sa manière, les graines de la paix.

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