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ONU : pourquoi la Belgique a renoué ses relations diplomatiques avec le Rwanda

Mediacongo · MediaCongo · 26 septembre 2026 · Source originale

Le divorce avait été consommé il y a 18 mois et personne n’y a gagné.

On n’efface rien, mais on renoue le dialogue. La Belgique et le Rwanda ont annoncé ce mardi 22 septembre, en marge de l’Assemble générale des Nations unies, la reprise de leurs relations diplomatiques, rompues le 17 mars 2025 par Kigali. Un divorce qui avait vidé les postes diplomatiques à Bruxelles et Kigali et avait mis un terme à toute discussion éventuelle entre les deux pays.

À l’époque, la séparation était dans l’air depuis plusieurs mois. Le refus belge d’accorder l’agrément diplomatique à l’ambassadeur désigné par Kigali (Vincent Karega) avait fait monter la grogne. Les sanctions adoptées par l’Union européenne contre des responsables militaires rwandais, des dirigeants de la rébellion AFC/M23 et des acteurs économiques accusés de participer au commerce illicite des ressources congolaises, le 17 mars, avaient débouché sur la rupture des relations diplomatiques. Pour Kigali, il ne faisait aucun doute que la Belgique, qui sert généralement de sherpa pour les autres États de l’Union européenne dans les questions relatives à la région des Grands lacs, était le moteur de ces sanctions.

Kigali a alors donné 48 heures aux diplomates belges pour quitter les lieux. Bruxelles a réagi dans la foulée et les diplomates rwandais en poste chez nous ont été priés de quitter le Royaume.

Dix-huit mois plus tard, les deux États se retrouvent, les ambassades devraient rouvrir rapidement et, surtout, le dialogue devrait se rétablir.

Sur le fond, rien n’a changé. Les accusations belges et européennes demeurent sur le rôle joué par Kigali dans la guerre à l’est du Congo et le soutien aux troupes de l’AFC/M23 qui contrôlent une grande partie des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu et les grandes villes de Goma et Bukavu. Les sanctions européennes restent de rigueur et Bruxelles plaide toujours pour l’intégrité territoriale de la République démocratique du Congo (RDC).

Pourtant les ministres des Affaires étrangères des deux pays présents à New York, Maxime Prevot et son homologue Olivier Nduhungirehe, ont officiellement annoncé ces retrouvailles sans concessions. Bruxelles maintient ses critiques tandis que Kigali ne cède rien sur le plan sécuritaire ou militaire.

Pourquoi dès lors cette reprise sans préalable ? La réponse est simple : parce que les deux camps étaient perdants dans cette crise, surtout la Belgique.

En optant pour le divorce, Kigali a démontré qu’il pouvait tourner le dos à notre pays. Que ce n’étaient pas les quelques millions de la Coopération au développement qui pouvaient dicter les règles du jeu, ni le rôle de la Belgique au sein des instances européennes. Le président rwandais Paul Kagame en a même profité pour donner quelques coups de griffes en replaçant cette dispute dans un contexte postcolonial. Mais outre cette posture, le Rwanda n’a rien retiré de cette situation.

La Belgique, elle, avait encore moins à gagner de cette brouille qui se produisait au moment où le gouvernement belge affichait ses meilleurs sentiments à l’égard du régime congolais du président Félix Tshisekedi. Elle perdait dès lors son rôle “historique” d’intermédiaire dans la région des Grands lacs, seule partie du monde où elle peut encore prétendre peser d’un poids réel.

“Il est certain qu’avec cette rupture, la Belgique perdait son rôle moteur dans la région et, du même coup, une grande partie de son poids sur la scène internationale. Quand on parlait de la RDC, du Rwanda et du Burundi, on se tournait vers la Belgique. Avec cette rupture, ce n’était plus le cas”, abonde le politologue et professeur à l’Université de Liège Bob Kabamba. “Il ne faut pas perdre de vue non plus que le Rwanda est un pays qui compte et qui compte de plus en plus sur la scène africaine et mondiale. Questions sécuritaires, bonne gouvernance, sportives…”

Si les relations diplomatiques ont été rompues en mars 2025, il n’a pas fallu longtemps pour que des contacts reprennent entre les ministres des Affaires étrangères des deux pays à l’occasion de rencontres dans divers forums, mais aussi grâce au coup de pouce du Qatar. L’émirat, très proche de Kigali, joue un rôle central dans le dialogue entre Kinshasa et l’AFC/M23. Il a aussi pris une part importante dans le rapprochement entre le Rwanda et la Belgique en accueillant plusieurs rencontres diplomatiques informelles.

Avec la reprise de ces relations, notre pays peut et doit retrouver son rôle d’intermédiaire dans la région des Grands lacs. Il doit reparler avec tous les acteurs de la crise.

Reste à savoir comment réagira Kinshasa qui était jusqu’ici, avec son allié burundais, le seul interlocuteur de Bruxelles. Au début de cet été, dans une prise de parole devant les députés belges, le chef de la diplomatie Maxime Prevot a rééquilibré quelque peu son discours à l’égard des belligérants du conflit dans l’est de la RDC, renvoyant dos à dos Kigali pour son soutien aux rebelles et Kinshasa pour son recours aux FDLR, ces héritiers des génocidaires Rwandais.

Un discours et une reprise diplomatiques qui ne plairont peut-être pas au régime congolais mais qui sont essentiels si notre pays veut retrouver sa place dans les Grands lacs pour tenter d’apaiser la violence et la misère.

Ce rééquilibrage est d’autant plus important que la diplomatie belge doit regarder avec inquiétude l’évolution de la situation politique en RDC où il apparaît de plus en plus évident que Félix Tshisekedi entend prolonger son bail à la tête de l’État en dépit des limites constitutionnelles. Sans parler de la répression de plus en plus violente à l’égard des opposants et de toutes les voix discordantes jusque dans notre pays.

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