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Des relations au plus bas entre l'Allemagne et la Russie

DW Afrique · Christoph Hasselbach · 25 septembre 2026 · Source originale

En Russie , le parti de Vladimir Poutine obtient officiellement près des trois quarts des sièges au Parlement. Une victoire présentée par le Kremlin comme un soutien de la population russe à la guerre en Ukraine. Mais l'opposition anti-guerre était exclue du scrutin et des experts indépendants dénoncent des fraudes électorales. Certains craignent désormais une nouvelle mobilisation militaire.

Ces élections et les nouvelles sanctions décrétées par l'Union européenne contre la chroniqueuse russe Xenia Federova, ancienne responsable de la chaîne pro-russe Russia Today, sont l'occasion de revenir sur l'évolution des relations germano-russes ces dernières années.

Pendant longtemps, l'Allemagne et la Russie ont entretenu une collaboration dont elles retiraient toutes les deux des bénéfices : la Russie fournissait de l'énergie à bas prix, contribuant ainsi au succès des exportations de l'industrie allemande à l'échelle mondiale.

Côté allemand, au début des années 2000, le chancelier SPD Gerhard Schröder, puis la chancelière CDU Angela Merkel. Côté russe, hier comme aujourd'hui : le président Vladimir Poutine.

Même lorsque la Russie a annexé la péninsule ukrainienne de Crimée en 2014, les affaires ont continué entre Moscou et Berlin : l'accord portant sur la construction du gazoduc direct Nord Stream 2 entre la Russie et l'Allemagne, destiné à contourner l'Ukraine en tant que pays de transit, n'a été signé qu'après l'annexion de la Crimée.

Pourtant, d'autres pays européens et les États-Unis avaient déjà averti à l'époque que la Russie disposait, grâce à ce gazoduc, d'un puissant moyen de pression sur les Européens. Ils avaient raison.

Le 24 février 2022, les chars russes ont envahi l'Ukraine , preuve que Vladimir Poutine nie à ce pays le droit d'exister comme Etat souverain.

Les espoirs allemands d'un ordre européen stable, d'une démocratisation de la Russie et de la poursuite de ce modèle économique lucratif se sont alors envolés.

Comment tant de responsables politiques allemands ont-ils pu se tromper à ce point pendant si longtemps ?

"Peu avant l'invasion, une idée était largement répandue, selon laquelle la Russie n'avait aucune raison rationnelle d'attaquer l'Ukraine, car les coûts économiques, militaires, mais aussi politiques de déclencher une guerre seraient bien trop élevés" , analyse Mario Baumann, expert de la Russie à la Société allemande de politique étrangère (DGAP).

Le chercheur revient sur la surprise et le choc à Berlin au moment de l'invasion de la Crimée : "Nous avons projeté notre propre rationalité sur la Russie. Nous avons sous-estimé les ambitions impérialistes et révisionnistes du régime [de Vladimir Poutine]" , déclare-t-il à la DW.

A partir de ce moment-là, tout a changé dans les relations entre les deux pays.

Le chancelier du SPD, Olaf Scholz, annonce un "tournant" dans la politique étrangère et de sécurité. Depuis lors, l'armée allemande fait l'objet d'un réarmement massif.

L'année suivante, le ministre de la Défense, Boris Pistorius, déclare : "Nous devons devenir aptes à la guerre" , ce que ses détracteurs lui reprochent encore aujourd'hui comme une exacerbation des tensions.

L'Allemagne a mis fin à plusieurs décennies de dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie et a stoppé le projet Nord Stream 2. En septembre 2022, une opération dont les auteurs restent inconnus a fait exploser l'un des deux tronçons du gazoduc. Le parquet fédéral soupçonne un groupe ukrainien d'être l'auteur de ce sabotage.

Le train de sanctions adoptées par l'UE a depuis longtemps réduit au minimum les relations commerciales entre la Russie et l'Allemagne.

Les coopérations publiques dans les domaines de la culture, des sciences et de l'éducation ont elles aussi pratiquement disparu.

Le gouvernement dirigé par Olaf Scholz (SPD) hésitait encore avant chaque nouvelle mesure d'aide militaire à l'Ukraine. Son successeur, Friedrich Merz (CDU), a, quant à lui, largement abandonné cette réserve, y compris sur le plan rhétorique. "L'Ukraine doit gagner la guerre. La Russie doit perdre la guerre" , avait-il déclaré en 2024, alors qu'il n'était encore que le chef du parti chrétien-démocrate.

En 2025, devenu chancelier, Friedrich Merz évoque un "épuisement économique" de la Russie, que l'Occident doit "contribuer à provoquer" . Mais cet "épuisement" n'est toujours pas devenu une réalité jusqu'à présent et la Russie ne fait toujours pas preuve d'une réelle volonté de compromis en faveur de la paix.

Le gouvernement fédéral soupçonne depuis longtemps la Russie d'être à l'origine d'attaques informatiques visant des administrations et des infrastructures critiques.

En août 2026, un drone piégé est découvert et désamorcé parmi des avions-cargos ukrainiens à l'aéroport de Leipzig. Cet aéroport est celui par lequel transite une grande partie de l'aide militaire de l'Otan destinée à l'Ukraine. Pour la première fois, l'Allemagne tient publiquement le gouvernement russe pour responsable.

La Maison russe à Berlin a été fermée, tout comme le consulat général russe à Bonn, car le gouvernement fédéral considère ces deux établissements comme des centres d'espionnage.

Moscou a réagi en fermant les Instituts Goethe et le consulat général allemand à Saint-Pétersbourg.

Vladimir Poutine nie toute responsabilité de la Russie dans les événements de Leipzig, parlant d'une "grave erreur" . Son ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, qualifie même ces accusations de "début d'une véritable guerre".

Mais le chercheur de la DGAP, Mario Baumann, estime qu'« il ne faut pas céder à ces craintes qui sont attisées, car elles s'inscrivent dans la stratégie russe visant à affaiblir l'Allemagne et l'Europe. »

Johannes Peters, expert en sécurité maritime à l'université de Kiel, partage ce point de vue concernant les hésitations du gouvernement fédéral à sévir davantage contre les navires de la "flotte fantôme" russe, pourtant accusés de sabotage et d'espionnage : "D'autres pays européens adoptent une approche plus ferme à cet égard, et contrairement aux craintes et surtout contrairement à la rhétorique russe, il ne se passe rien, en réalité ", déclare-t-il à la DW.

Sur le plan intérieur également, le gouvernement fédéral subit des pressions en raison des succès électoraux et des bons résultats dans les sondages du parti de droite radicale AfD ("Alternative pour l'Allemagne").

L' AfD propose de mettre fin au soutien apporté à l'Ukraine et de normaliser les relations avec la Russie, y compris dans le domaine du pétrole et du gaz.

Ce sujet revêt une importance particulière auprès de l'électorat populaire en raison des prix très élevés du carburant en Allemagne.

Dans le Land de Saxe-Anhalt, l'AfD est devenue, le 6 septembre, de loin le premier parti. Elle est également arrivée en tête aux régionales de Mecklembourg-Poméranie et troisième à Berlin.

Au niveau national, l'AfD occupe également la première place dans les sondages depuis des mois.

"Le soutien apporté par l'Allemagne à l'Ukraine inquiète beaucoup de gens" , estime Sven Leunig, politologue à l'université d'Iéna, en Thuringe, après les élections en Saxe-Anhalt. Selon lui, il s'agirait toutefois « moins d'un rejet de principe de ce soutien en soi que d'une réaction motivée par la peur ». Sven Leunig précise : "On préfère "rester en dehors" du conflit pour ne pas s'y retrouver soi-même davantage impliqué."

La proportion de personnes interrogées dans le dernier sondage « ARD-Deutschlandtrend» qui estime que l'aide militaire à l'Ukraine va trop loin s'élève désormais à 42%.

"Si le soutien de la population vient à s'affaiblir sur le long terme, le gouvernement devra tôt ou tard réagir" , estime Sven Leunig.

Jusqu'à présent, le gouvernement fédéral reste sur sa ligne de conduite, comme l'a encore une fois clairement indiqué Friedrich Merz au Bundestag, après les dernières victoires électorales de l'AfD.

Mais les divergences d'opinion sur la manière d'aborder la Russie et la guerre en Ukraine ne se limitent pas au monde politique : elles existent également parmi les politologues et les experts.

Ainsi, Johannes Varwick, de l'université de Halle en Saxe-Anhalt, estime que l'heure est venue depuis longtemps de changer de cap : "La politique allemande et européenne à l'égard de l'Ukraine ressemble à un mélange de discours d'encouragement et de vœux pieux" , estime-t-il au micro de la DW. "Il est grand temps de changer de cap, et l'Allemagne devrait faire pression sur l'Ukraine pour qu'elle se rallie aux récentes propositions américaines, qui visent à trouver un compromis et pourraient ainsi déboucher sur une solution politique."

Mario Baumann, de la Société allemande de politique étrangère, estime, quant à lui, que "le soutien à l'Ukraine reste le meilleur investissement pour préserver les intérêts allemands et européens." Selon lui, il est toutefois important que Berlin agisse de concert avec ses partenaires européens.

Pour rappel, la guerre en Ukraine dure désormais depuis plus longtemps que la Première Guerre mondiale. Or aucune fin de ce conflit ne se profile.

Et les espoirs de voir les relations russo-allemandes revenir à la normale semblent illusoires dans un avenir proche.