Le Burkina durcit sa politique vis-à-vis des ONG

La mesure a été adoptée jeudi (24.09.26) en Conseil des ministres du gouvernement burkinabè . Selon les autorités, il s'agit de garantir que l'argent mobilisé au nom des populations vulnérables profite réellement aux bénéficiaires, plutôt qu'aux frais de fonctionnement. Mais les ONG y voient une nouvelle manière de contrôler leurs activités.
Dans le domaine de l'humanitaire, les coûts administratifs ne sont pas forcément synonymes de gaspillage. Les salaires du personnel local, les véhicules, les systèmes de sécurité, les audits financiers ou encore les formations représentent certes des frais de fonctionnement, mais ils sont souvent indispensables à la mise en œuvre des projets.
Selon Raphiou Abdoulaye, directeurs du programme de l'ONG Search for Common Ground, la décision des autorités militaires burkinabè risque de mettre en difficulté certains financements en cours, ainsi que des accords déjà signés avec des bailleurs. Mais c'est aussi une manière de contrôler les activités des ONG.
"Bien sûr, c'est une façon de contrôler. Et aussi, vu la situation actuelle du Sahel , les besoins sont énormes et les autorités militaires font face à l'ampleur des besoins de ces communautés. Donc maintenant, en imposant cette décision, c'est une façon aussi de faire en sorte que l'aide apportée soit réellement répartie au niveau des bénéficiaires."
Raphiou Abdoulaye affirme que plusieurs projets auraient été négociés sur la base de ratios qui s'établissent parfois autour de 40 % pour les activités et 60 % pour les frais de fonctionnement et le personnel.
Avec cette nouvelle exigence, les organisations devront probablement donc renégocier certaines conventions, afin de respecter le ratio désormais imposé par les autorités burkinabè, à savoir 80 % des financements consacrés directement aux activités de terrain et 20 % aux frais de fonctionnement.
A Ouagadougou, la mesure est bien accueillie par les soutiens du régime militaire, comme Karamo Diabaté, joint par la DW.
"On a essayé de réorganiser les conditions d'acceptation des ONG. Les ONG doivent maintenant remplir un certain nombre de critères. À l'issue donc de ces critères, il y a également comment intervenir au pays parce que les plus hautes autorités ont pensé que si une structure, par exemple comme une ONG, veut aider la population à la source, il est intéressant que les ressources partent effectivement aux bénéficiaires. Maintenant, lorsqu'on dit 80 %, nous avons vu des ONG qui travaillent sur le terrain, mais vous allez vous rendre compte que la plupart des ressources collectées partent dans les frais de fonctionnement. Au finish, on dit qu'on vous a envoyé des ressources, mais les mêmes ressources repartent."
Il faut rappeler que les autorités militaires à la tête du Burkina Faso visent les ONG depuis plusieurs mois. Récemment, une autre décision avait suscité beaucoup de controverse : celle de la création d'un compte unique.
Désormais, les ONG agréées doivent domicilier leurs comptes auprès de la Banque des dépôts du Trésor. Une mesure destinée à contrôler l'utilisation des fonds dont disposent ces organisations.
Les informations publiées jusqu'à présent par les autorités burkinabè ne précisent pas encore la définition juridique d'« investissement direct » ni la méthode exacte de calcul du ratio de 80 %.