Communiquer, coopérer, coexister : Xi Jinping à la Maison Blanche

Le président Xi Jinping a prononcé une allocution lors de la cérémonie de bienvenue organisée par le président américain Donald Trump le 24 septembre à Washington. Un discours de ce type, c’est un exercice codé. Mais celui-ci mérite d’être lu de près, parce que Xi Jinping y dit trois choses importantes à mes yeux. Premièrement, le ton. Le président Xi commence par féliciter les Américains pour le 250e anniversaire de leur indépendance, et rappelle que les deux pays ont combattu ensemble le fascisme pendant la Seconde Guerre mondiale. Il dit venir « pour transmettre l’amitié, élargir la coopération et servir le bien-être des deux peuples ». Ce n’est pas le vocabulaire d’une puissance qui vient négocier en position de force, c’est celui d’une puissance qui veut installer la relation dans la durée. Le mot clé, encore une fois, c’est la stabilité stratégique constructive, la formule adoptée par les deux parties en mai. Deuxièmement, la méthode. Trois verbes : communiquer, coopérer, coexister. Sur la communication, Xi appelle à des échanges réguliers entre les différents ministères, et même entre les organes législatifs des deux pays, ce qui est nouveau. Sur la coopération, il propose une formule simple : « allonger la liste des coopérations, raccourcir la liste des problèmes ». Et il cite des dossiers concrets : l’intelligence artificielle, que les deux pays ont « la capacité et la responsabilité » de garder sous contrôle humain, la lutte contre la drogue, les vols directs. Sur la coexistence, il assume la compétition, mais la définit : une course où chacun cherche à dépasser l’autre, pas un combat de gladiateurs où l’un doit perdre. Et il ajoute que le piège de Thucydide « peut être franchi ». Autrement dit, la rivalité n’est pas une fatalité. Troisièmement, les gestes. 100 000 jeunes Américains invités en Chine sur cinq ans, le double de l’objectif de Woodside en 2023, qui est déjà atteint. Deux pandas, Pingping, dont le nom signifie « paix » en chinois, et Fushuang , « double bonheur » , qui arrivent à Atlanta. Et une phrase qui résume tout : le grand renouveau de la nation chinoise et rendre l’Amérique à nouveau grande « ne s’excluent pas ». C’est un message adressé directement à Trump, dans son propre langage. Ce discours ne règle ni les puces, ni les terres rares. Il ne le prétend pas. Ce qu’il fait, c’est fixer le cadre dans lequel ces dossiers seront traités : un dialogue permanent, une compétition bornée, une ligne rouge, ne jamais glisser vers la confrontation. Xi le dit lui-même : la coopération sino-américaine ne résoudra pas tous les problèmes du monde, mais sans elle, beaucoup de problèmes ne se résoudront pas. C’est la position de la Chine en une phrase, et c’est sans doute celle que les capitales européennes devraient lire avec le plus d’attention. Shanhu i Zhang Présentatrice et chroniqueuse, CGTN